"C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie"

En décembre 1940, le Parti communiste publie clandestinement le premier numéro de la brochure La Politique communiste. Ce numéro, consacré aux relations entre la France et l'Allemagne, est composé d'un seul texte intitulé "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir". Ce titre fait référence à l'engagement pris par le Maréchal Pétain d'entrer dans la voie de la collaboration après sa rencontre avec le Chancelier Hitler le 24 octobre 1940 dans la ville de Montoire-sur-le-Loir.

Dans la première partie du texte, le Parti communiste affirme que "la politique de Montoire" n'apportera pas "la Paix" mais la guerre au motif que cette politique n'est pas fondée sur "la collaboration" mais sur la soumission à l'Allemagne. C'est donc la collaboration pétainiste qui est condamnée et non le principe de la collaboration. D'ailleurs, la politique du Maréchal Pétain est dénoncée en ces termes : "c'est une tromperie que de représenter ce système comme une victoire de l'esprit de collaboration". Quant au mot collaboration, le texte précise que c'est un "mot séduisant" qui traduit le refus de toute "hostilité haineuse" à l'égard du vainqueur allemand. 

La seconde partie du texte présente une alternative à la politique du Maréchal Pétain : "la politique communiste". En matière de politique extérieure, le PCF expose avec clarté son projet pour la France : "Les communistes sont les champions de l'Entente Internationale des peuples. Ils sont les champions de la Paix". Il ajoute que le succès de cette politique pacifiste sera garantie par une collaboration communiste qui sera fondamentalement distincte de celle proposée par le Maréchal Pétain : "La collaboration que conçoivent les communistes est fondée sur l'égalité des droits et le respect de l'indépendance nationale". D'ailleurs, pour bien souligner cette distinction entre collaboration communiste et collaboration pétainiste, le PCF défend sa politique pacifiste en ces termes : "C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie".


Le 24 octobre 1940, le Chancelier Hitler reçoit le Maréchal Pétain dans son train spécial qui stationne dans la ville de Montoire-sur-le-Loir en zone occupée.

Dans son édition du 26 octobre 1940, Le Matin, titre de la presse parisienne soumis à la censure de l'occupant, rend compte de cet événement en indiquant, sur la base d'une dépêche de l'agence de presse officielle allemande DNB, que "l'entrevue des deux chefs d'Etat a eu lieu jeudi après-midi dans une petite gare française" et en publiant un communiqué de "la délégation générale du gouvernement français en territoire occupé" dans lequel on peut lire que "la situation de la France et son avenir dépendront, dans une large mesure, de la rencontre historique du Maréchal Pétain et du Chancelier Hitler".

Le Maréchal Pétain annonce aux français dans une allocution radiodiffusée le 30 octobre 1940 les résultats de cette rencontre avec le Chancelier Hitler  :  "C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française, une unité de dix siècles, dans le cadre d'une activité constructive du nouvel ordre européen, que j'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration".

On rappellera que le projet du Maréchal Pétain vise en politique extérieure la Paix avec l'Allemagne et en politique intérieure la Révolution nationale.


En décembre 1940, le Parti communiste publie clandestinement le premier numéro de la brochure La Politique communiste. Plusieurs numéros seront publiée avant juin 1941 avec page une titre identique sur la forme. Chaque numéro est composé d'un seul texte consacré à l'analyse de la situation internationale : 
- La Politique communiste n° 1 de décembre 1940 : "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir".
- La Politique communiste n° 2 : - .
- La Politique communiste n° 3 de mars 1941 : "L'impérialisme américain et la guerre mondiale".
- La Politique communiste n° 4 de mars 1941 : "L'extrême-Orient et la guerre impérialiste".
- La Politique communiste n° 5 de mars 1941 : "Un an après la paix soviéto-finlandaise".

Consacrée aux relations entre la France et l'Allemagne, La Politique communiste n° 1 de décembre 1940 est composée d'un texte de 6 pages intitulé "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir". Ce titre fait référence à l'engagement pris par le Maréchal Pétain d'entrer dans la voie de la collaboration après à sa rencontre avec le Chancelier Hitler le 24 octobre 1940 dans la ville de Montoire-sur-le-Loir.

Dans ce texte, le PCF expose d'abord les raisons pour lesquelles il condamne la politique de collaboration du Maréchal Pétain. Il présente ensuite comme alternative son projet qui prévoit en politique intérieure la Révolution socialiste et en politique extérieure la Paix avec l'Allemagne.

Dans la première partie du texte, le Parti communiste condamne la "politique de Montoire" pour ses effets négatifs à la fois à court terme et à long terme.

A court terme, "la politique de Montoire" est condamnable pour les raisons suivantes : nomination des ministres du gouvernement français soumis à l'accord des allemands, annexion de l'Alsace-Lorraine, forces italiennes qui s'installent sur les côtes de la Manche, augmentation des frais d'occupation, commerce extérieur français et zone non-occupée soumis au contrôle allemand, et enfin, le "plus grave", retour de la France dans la guerre sous la forme "d'un effort de participation aux opérations militaires contre l'Angleterre". 

A long terme, "la politique de Montoire" est condamnable au motif qu'elle légitime des cessions territoriales au profit de l'Allemagne et de l'Italie et surtout qu'elle s'inscrit dans un nouvel ordre européen fondé sur la domination de l'Allemagne industrielle et la vassalisation de la France dont l'activité économique sera réduite à la sphère agricole. D'ailleurs, ce nouvel ordre économique est condamné tant en raison de sa nature : "c'est une tromperie que de représenter ce système comme une victoire de l'esprit de collaboration", que de ses effets à long terme : "cette organisation pyramidale [...] n'organisera pas la paix, car elle accumulera dans le cœur des opprimés, la volonté de se soustraire à cette tyrannie suffocante."

Ainsi, pour tous ces motifs, le Parti communiste estime que la politique du Maréchal Pétain n'apportera pas la Paix mais la guerre, à court terme, contre l'Angleterre, et, à long terme, contre l'Allemagne. En outre, il considère que cette politique ne reflète en aucun cas "une victoire de l'esprit de collaboration" mais témoigne au contraire d'une soumission à l'Allemagne. C'est donc la collaboration pétainiste qui est condamnée et non le principe de la collaboration. D'ailleurs, le texte indique que le mot "collaboration" est un "mot séduisant" qui traduit le refus de toute "hostilité haineuse" à l'égard du vainqueur allemand. Il précise même que ce terme est impropre pour qualifier le contenu réel de la politique du Maréchal Pétain tout comme "la formule de non-intervention" ne reflétait pas la réalité de "la diplomatie de Léon Blum et de feu Chamberlain" puisque le refus de la France et de l'Angleterre d'intervenir aux cotés des Républicains pendant la guerre d'Espagne revenait en fait, selon les communistes, à soutenir l'intervention italo-allemande en faveur de Franco.

La conclusion de cette première partie est claire : "Voilà pourquoi nous répudions par avance les engagements souscrits à Montoire par le Maréchal et son ministre."

Dans la seconde partie du texte, le Parti communiste propose "la politique communiste" comme alternative à "la politique de Montoire" : 

"Les communistes sont les champions de l'Entente Internationale des peuples. Ils sont les champions de la Paix. Ils ne repoussent pas les négociations avec aucun gouvernement. Les bolchéviks ont montré comment le prolétariat maître du pouvoir pouvait négocier avec les régimes les plus différents du sien et faire sortir de ces négociations des accords conformes à l'intérêt de tous les peuples"....
Les communistes proposent en matière de politique extérieure "l'Entente Internationale des peuples", autrement dit la Paix avec l'Allemagne, en soulignant qu'ils sont "les champions de la Paix". Pour appuyer cette proposition ils précisent que le régime nazi n'est pas un obstacle à la négociation et rappellent l'exemple de l'URSS qui a conclu avec l'Allemagne un Pacte de non agression en août 1939 et un Traité de frontières et d'amitié en septembre 1939 qui sont "conformes à l'intérêt de tous les peuples".

Pour convaincre les français d'adhérer à leur projet pacifiste, la propagande communiste fait constamment référence à l'URSS comme le modèle des relations pacifiques avec l'Allemagne.

D'ailleurs, dans la brochure "Jeunesse de France" diffusée en janvier 1941, les communistes évoquent même l'exemple des bolchéviks de 1918 pour justifier la politique qu'ils auraient mis en œuvre s'ils avaient accédé aux responsabilités en juin 1940 : 

"Jeune homme de vingt ans, les communistes ne veulent pas te farder la vérité. C'est leur héroïque destin d'aller souvent contre le courant. Nous proclamons dès lors sans réticence que si nous avions dirigé les destinées de la France en juin 1940, comme les bolchéviks dirigeaient les destinées de la Russie en 1918, NOUS AURIONS MIS FIN A LA GUERRE, NOUS AURIONS SIGNÉE LA PAIX COMME LES BOLCHEVIKS L'ONT SIGNÉE EN 1918
La paix que signèrent les bolchéviques en 1918 était très dure. Mais elle était signé par un gouvernement du peuple qui s'attachait à la réorganisation socialiste du pays, qui expropriait les capitalistes et les propriétaires fonciers. 
La paix qu'eût signée UN GOUVERNEMENT FRANÇAIS POPULAIRE, AMI ET ALLIE DE L'UNION SOVIÉTIQUE, eût été le signal du relèvement du pays dans l'indépendance".

Dans ce texte rédigé par Gabriel Péri, le PCF affirme que s'il avait dirigé la France en juin 1940 en lieu et place du gouvernement du Maréchal Pétain, il aurait mené sur le plan extérieur et intérieur une politique identique à celle des bolchéviks en 1918 : Paix avec l'Allemagne et Révolution socialiste.

"La collaboration que conçoivent les communistes est fondée sur l'égalité des droits et le respect de l'indépendance nationale"....
Partageant le même objectif que les pétainistes de faire la Paix avec l'Allemagne, les communistes précisent les fondements de leur collaboration : 1) négociation entre la France et l'Allemagne sur un pied d'égalité (égalité de droits), 2) maintien de la France en dehors du conflit entre l'Angleterre et l'Allemagne (indépendance nationale). A l'inverse, la collaboration pétainiste repose sur la soumission à l'Allemagne et la participation de la France à la guerre contre l'Angleterre.

"Nous luttons pour la Révolution Socialiste parce que seul le socialisme permettra au monde de ne plus errer entre l'étroitesse nationale et l'hégémonie d'un groupe de puissance, entre le compartimentage de la planète par des barrières de tarifs ou de baïonnettes, et la sujétion aux volontés de quelques dominateurs; nous luttons pour la Révolution socialiste parce que c'est la course au profit qui fait du monde soit un camp retranché, soit une société de maîtres, de demi-esclaves et d'esclaves qui condamne les uns à briser leurs machines, les autres à demeurer un bétail humain; nous luttons pour la Révolution socialiste parce qu'un monde fondé sur la mise en commun des moyens de production et d'échange, sur le développement des possibilités de production, sur la satisfaction illimité des besoins de l'homme, rend impossible la hiérarchie des nations établie par les "Diktats" de la force"....
En matière de politique intérieure, les communistes ont un objectif clair : la Révolution socialiste.

"Respect de l'indépendance de la France, indépendance des peuples opprimés des colonies, alliance avec le premier état socialiste, entente internationale des peuples, voilà les éléments inséparable de la politique capable de faire régner la paix dans le monde, et de combler le fossé entre les belligérants d'hier. C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie"....
Les communistes détaillent le contenu de leur politique de Paix, qualifiée de "politique de la collaboration vraie" : "Respect de l'indépendance de la France, indépendance des peuples opprimés des colonies, alliance avec le premier état socialiste, entente internationale des peuples".

Ces engagements qui forment la politique extérieure du PCF seront repris dans son programme de gouvernement "Pour le salut du Peuple de France" diffusé en février 1941 : 

"1° Libération du territoire national et des prisonniers de guerre. Pour mener cette tâche à bien, le Gouvernement du Peuple mettrait tout en œuvre pour établir des relations PACIFIQUES avec tous les peuples; il s'appuierait sur la puissance que lui conféreraient LA CONFIANCE DU PEUPLE FRANCAIS, LA SYMPATHIE DES AUTRES PEUPLES ET L'AMITIE DE L'UNION SOVIETIQUE.

2° Etablissement de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand en rappelant l'action menée par les communistes et par le peuple français contre le traité de Versailles, contre l'occupation du bassin de la Rhur, contre l'oppression d'un peuple contre un autre peuple."

Le PCF propose la constitution d'un "Gouvernement du Peuple" qui établira des "relations PACIFIQUES" entre la France et l'Allemagne en s'appuyant sur l'adhésion du peuple français, la sympathie du peuple allemand et le soutien de l'URSS. En outre, pour garantir la pérennité de la Paix, le PCF plaide pour l'établissement "de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand" en rappelant son engagement contre le Traité de Versailles, l'occupation de la Rhur et l'oppression d'un peuple contre un autre peuple. C'est d'ailleurs ce rappel qui devra susciter la sympathie du peuple allemand.

La mise en œuvre de ces mesures permettra de réaliser "l'entente internationale des peuples".

"3° Conclusion d'un pacte d'amitié et d'un traité commercial avec l'URSS et poursuite résolue d'une politique de paix destinée à tenir la France en dehors du conflit impérialiste."

La revendication d'une "alliance avec le premier état socialiste" est une constante de la propagande communiste qui présente l'URSS comme le modèle et la garantie de la Paix avec l'Allemagne.

Quant au maintien de la France "en dehors du conflit impérialiste", autrement dit du conflit qui oppose la démocratie anglaise au régime nazi, il répond à l'objectif des communistes de garantir "l'indépendance de la France". D'ailleurs, le PCF lancera en mai 1941 un Appel "Pour la formation d'un Front national de lutte pour l'Indépendance de la France" dans le but précisément de maintenir la France à l'écart de la guerre entre l'Angleterre et l'Allemagne :
"IL NE FAUT PAS PERMETTRE QUE LE PEUPLE DE FRANCE, LES RESSOURCES DE NOTRE PAYS ET NOTRE TERRITOIRE SOIENT UTILISES DANS LA GUERRE ENTRE L'ALLEMAGNE ET L'ANGLETERRE".

"4° Proclamation du droit [...] pour les peuples des colonies [...] à l'indépendance".

Cette proposition vise en réalité la France Libre qui continue la guerre à partir des territoires de l'Empire français. Pour souligner le lien entre "l'indépendance des peuples opprimés des colonies" et la Paix avec l'Allemagne, on mentionnera l'article "Pas pour l'Angleterre" publié dans l'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940 :
"Le Général de Gaulle et autres agents de la finance anglaise voudraient faire battre les Français pour la City et ils s'efforcent d'entraîner les peuples coloniaux dans la guerre.
Les Français répondent le mot de Cambronne à ces Messieurs; quant aux peuples coloniaux ils pourraient bien profiter des difficultés que connaissent leurs oppresseurs pour se libérer. VIVE L'INDEPENDANCE DES PEUPLES COLONIAUX."

"L'autre celle de Montoire, c'est la politique du vieil ordre impérialiste qui, périodiquement, fait lever les moissons de croix de bois"....
Les communistes considèrent que le capitalisme, indépendamment du régime politique, engendre à intervalles réguliers la guerre impérialiste. Ils résument cette analyse avec une citation de Jaurès : "le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage" Par le passé ce fut la République engagée dans la première guerre mondiale ou plus récemment dans la seconde guerre mondiale aux côtés de l'Angleterre. Pour le PCF, la cause de la guerre de 1939 n'est donc pas l'idéologie nazie. Pour l'avenir, ce sera le Régime de Vichy qui avec la politique de Montoire entraînera la France dans la guerre : à court terme contre l'Angleterre, à long terme contre l'Allemagne. Le régime du Maréchal Pétain est donc dénoncé en raison de sa nature capitaliste et non pour sa politique pacifiste.

"Seul un gouvernement du Peuple, détruisant les privilèges capitalistes, pratiquant une politique d'amitié et de coopération avec l'URSS est capable d'unir la Nation et de gagner la sympathie des travailleurs de tous les pays pour assurer la liberté et l'indépendance de la France"....
En conclusion, les communistes affirment que seul un Gouvernement du Peuple, ayant renversé le régime capitaliste,  pourra, en s'appuyant sur l'adhésion du peuple français, la sympathie du peuple allemand et  le soutien de l'URSS, négocier une Paix durable avec l'Allemagne autrement dit mettre un terme définitif à la guerre impérialiste.


Organe de la Région Paris-Ouest du PCF, La Voix de Paris-Ouest n° 1 de décembre 1940 publie un article intitulé "La situation internationale - Cinq mois après l'armistice, où en sommes-nous ?". Ce texte, qui traite de la situation internationale avec un développement consacré à la politique communiste, peut être attribué à Gabriel Péri en s'appuyant sur deux arguments. D'abord, ses différentes fonctions : membre du Comité central du PCF, député de Seine-et-Oise (banlieue ouest de Paris) et journaliste à l'Humanité chargé de la rubrique Internationale. Ensuite, le contenu du texte dont de nombreux éléments seront repris dans l'article "Au seuil de 1941" rédigé par Gabriel Péri en janvier 1941 pour les Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941.

L'intérêt de mentionner "La situation internationale - Cinq mois après l'armistice, où en sommes-nous ?" réside dans le constat que deux parties de ce texte présentent un contenu similaire à la "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir" :

[...]

LA POLITIQUE DE MONTOIRE

Le 26 octobre, à Montoire, après avoir rencontré successivement Pierre Laval puis Franco et avant de se rendre à Florence conférer avec Mussolini, Adolf Hitler s'entretenait avec Philippe Pétain [NdB : la rencontre Pétain-Hitler a eu lieu le 24 octobre]. Les journaux français ont entouré de mystère les résultats de de cette conversation. On peut cependant définir ainsi les grandes lignes de la politique de Montoire.
1° La politique extérieure de la France confiée désormais à la direction de Laval et Brinon sera plus étroitement asservie aux volontés allemandes.
2° L'Allemagne exige de la France et de l'Espagne une participation directe à la guerre contre l'Angleterre, en Méditerranée (Gibraltar et Suez) et sur le littoral africain (Déat écrit dans L'Œuvre qu'il faut  savoir « mourir pour Dakar »)
3° L'Allemagne et l'Italie ne renoncent pas annexer des territoires français (deux jours avant Montoire, l'Allemagne annexait l'Alsace et procédait à des expulsions en masse de citoyens français de la Meuse et de la Meurthe-et-Moselle) mais au surplus sous le signe de la collaboration, l'Allemagne prétend dicter une organisation de l'Europe et de l'Afrique dans laquelle la France serai transformée en pays semi-colonial dont la vie économique sera entièrement subordonnée aux exigences du Reich.

L'URSS,
LA POLITIQUE  DES COMMUNISTES

[...] La politique que pratique les communistes maîtres du pouvoir en URSS c'est celle que pratiqueraient les communistes français s'ils étaient maîtres du pouvoir en France.
Ils défendraient la vraie collaboration internationale celle qui est fondée sur l'égalité en droit de tous les peuples et le respect de leur indépendance, sur la constitution d'une Fédération des peuples libres analogues à la Fédération Soviétiques; ils proclameraient le droit à l'indépendance des peuples des colonies, ils briseraient l'isolement de la France et, grâce à eux, la France ne serait ni bafouée ni affamée parce qu'elle serait l'alliée de la Grande Union Soviétique et de son invincible Armée Rouge, de sa prodigieuse économie socialiste.

La condamnation de la politique de Montoire repose sur un argumentaire qui est identique à celui développé dans la première partie de "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir". On notera aussi la même erreur concernant la rencontre entre Pétain et Hitler, le 24 octobre dans les deux textes au lieu du 26 octobre ou encore la même référence à Déat et à sa citation sur Dakar. En outre, les éléments qui composent le projet du Parti communiste en matière de politique extérieur sont similaires à ceux exposés dans la seconde partie de "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir". Ainsi, "la vraie collaboration internationale" est une formule qui synthétise "l'entente internationale des peuples" et la "la politique de la collaboration vraie". 

Au vu de ces éléments, on peut considérer que ces deux textes rédigés en décembre 1940 sont du même auteur : Gabriel Péri.

D'ailleurs, on pourrait même montrer que les trois autres numéros de "la Politique communiste" présentent aussi des similitudes avec des écrits de Gabriel Péri.


Le point central de la "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir" est la distinction entre la collaboration pétainiste, synonyme de soumission à l'Allemagne, et la collaboration communiste, qualifiée de "collaboration vraie". Cette distinction est mentionnée explicitement ou implicitement dans plusieurs textes du Parti communiste diffusés entre décembre 1940 et juin 1941, date à laquelle le PCF s'engage dans la Résistance en raison de l'invasion de l'URSS par les armées allemandes.

On commencera en citant trois textes que le Parti communiste attribue à Gabriel Péri :

1) La brochure "Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme" rédigée en avril 1941 :
"Mais la raison d’être des nazillons français est de forger à la France les chaînes de son asservissement à un impérialisme étranger : l’impérialisme allemand. Cet asservissement, sans doute est-il baptisé « collaboration ». [...]
Quand on parle aux Français de « collaboration », certains pensent à des rapports sur la base de la réciprocité et cette idée les séduit."

Dans cette brochure rédigée en avril 1941, Gabriel Péri dénonce la collaboration des pro-nazis comme un asservissement à l'impérialisme allemand. A l'inverse, la collaboration communiste est qualifiée de séduisante au motif qu'elle traduirait des rapports franco-allemands équilibrés.

On fera remarquer que le jugement porté sur le mot collaboration ("cette idée les séduit") est identique à celui mentionné dans le texte "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir" :
"Mais à en croire les commentateurs des milieux qualifiés, les interlocuteurs de Montoire ont des vues autrement lointaines et ambitieuses qu'ils résument d'un mot séduisant "collaboration"."

Cet élément permet d'étayer la thèse selon laquelle Gabriel Péri est l'auteur du texte "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir".

2) Article "Au seuil de 1941" rédigé en janvier 1941 :
"Ces conventions on le voit, correspondent à la conception souvent définie par Molotov des relations germano-soviétiques. Ces relations ne sont pas fondées — a expliqué le Président du Conseil des Commissaires du Peuple [Discours du 1er août 1940] — sur des circonstances fortuites mais correspondent aux intérêts fondamentaux des deux Etats. Voilà qui nous change, n'était-il pas vrai, de la « collaboration-servitude » préconisée par MM. Déat, Laval et Cie."

Dans cet article rédigé par Gabriel Péri en janvier 1941 pour les Cahiers du Bolchévisme, la collaboration prônée par les pro-nazis est qualifiée de "collaboration-servitude" au motif qu'elle marque la soumission de la France à l'Allemagne. A l'inverse, l'URSS est l'exemple d'un gouvernement communiste qui a négocié sur un pied d'égalité avec l'Allemagne pour aboutir à l'établissement de relations qui "correspondent aux intérêts fondamentaux des deux Etats."

3) La brochure "Le Parti Communiste a vingt ans" de février 1941 :
"De même qu'ils ont baptisé de Révolution nationale leur politique de réaction intérieure, ils ont donné à leur politique étrangère de vassalisation le nom fallacieux de « politique de collaboration ». Mais aucun français ne s'y est laissé prendre. Le peuple français enregistre les résultats de la prétendue collaboration" (1).

Dans cette brochure publiée en février 1941, Gabriel Péri souligne que le mot "collaboration" ne peut être utilisé pour qualifier la politique du Maréchal Pétain au motif que cette politique illustre en réalité "la vassalisation" de la France à l'impérialisme allemand.

On mentionnera ensuite deux numéros de l'Humanité clandestine en rappelant que parmi les rédacteurs de l'organe central du PCF figure... Gabriel Péri :

"le peuple français ne marche pas pour une politique de collaboration qui signifie la domestication de la France. Il n'envisage qu'une collaboration celle qui l'unira au peuple allemand, aux soldats allemands, qui ont comme nous à conquérir le droit à une vie nouvelle en abattant à jamais le régime capitaliste."

L'Humanité souligne clairement la différence entre la collaboration pétainiste "qui signifie la domestication de la France" et la collaboration communiste qui "unira [le peuple français] au peuple allemand".

L'extrait cité est tiré d'un article, "La guerre impérialiste", qui est articulé autour de trois thèmes qui seront longuement développées dans le texte "Au seuil de 1941" rédigé par Gabriel Péri en janvier 1941 pour les Cahiers du Bolchévisme :
- "Les Etats-Unis renforcent leur aide à l'Angleterre".
- "Etat de guerre entre le Siam et l'Indochine".
- "Les exigences militaires allemandes à l'origine de la crise Vichy".

2) L'Humanité n° 110 du 20 avril 1941
"A nous, communistes, de montrer à notre peuple que ce n'est ni dans la "collaboration-soumission" à l'impérialisme allemand, ni dans l'attente d'une soi-disant délivrance gaulliste que ses espérances doivent être placées."

L'Humanité rappelle que les communistes combattent et le Maréchal Pétain et le Général de Gaulle. 

Le Maréchal Pétain est condamnée parce qu'il incarne la "collaboration-soumission" à l'impérialisme allemand. Cette formule marque la distinction avec la "collaboration vraie" qui est défendue par les communistes comme celle qui garantira vraiment la Paix avec l'Allemagne.

La "délivrance gaulliste", autrement dit le projet du Général de Gaulle de libérer la France par les armes, est aussi condamné car elle signifierait la victoire de l'impérialisme anglais et le maintien en France d'un régime capitaliste considéré par les communistes comme la cause de la guerre. D'ailleurs, le numéro spécial de l'Humanité du 1er mai 1941 affirme que "la délivrance" de la France sera assurée par la mise en œuvre du programme communiste intitulé Pour le salut du Peuple de France qui prévoit en politique intérieure la Révolution socialiste (libération sociale) et en politique extérieure la Paix avec l'Allemagne (libération nationale) :

Pour le salut du peuple de France
C'est sous ce titre que le Parti communiste a publié son programme de libération sociale et nationale de la France qu'il faut faire connaître à la masse des Français pour leur montrer le chemin de la délivrance.

Enfin, on citera deux textes présentant des similitudes avec des écrits de Gabriel Péri :

1)  La vie du Parti n° 2 du 1er trimestre 1941 :
"le mot "collaboration" est aussi impropre aujourd'hui que celui de "non-intervention" employé par Léon Blum lors de la guerre d'Espagne. La "non-intervention", selon Blum, n'était pas autre chose que la tolérance et le soutien de l'intervention italo-allemande en Espagne, cependant que la "collaboration" définie à Montoire n'est pas autre chose que la soumission de la France à toutes les volontés des maîtres de l'Allemagne.

La Vie du Parti, revue destinée aux cadres et militants communistes, met en évidence que le mot "collaboration"  est "impropre" pour qualifier la politique du Maréchal Pétain au motif que cette politique marque en réalité "la soumission" de la France à l'Allemagne. Pour appuyer cette analyse sémantique, la revue communiste rappelle l'exemple de la politique de "non-intervention" de Léon Blum pendant la guerre d'Espagne en expliquant que celle-ci signifiait en réalité "la tolérance et le soutien de l'intervention italo-allemande en Espagne".

On fera remarquer que cette comparaison avec la politique de non-intervention de Léon Blum est aussi développée dans le texte "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir".

2) L'Appel aux "Etudiants !" de décembre 1940 :
"Maître du pouvoir en France, les communistes, observant les mêmes principes, feraient de la France un pays libre, digne et respecté.
Ils défendraient la vraie collaboration internationale fondée sur l'égalité des droits entre les peuples telle que l'a proclamée la Constitution de l'URSS."

Cet appel de décembre 1940 reprend plusieurs passages tirés de l'article rédigé à la même période par Gabriel Péri : "La situation internationale - Cinq mois après l'armistice, où en sommes-nous ?". Est notamment repris le projet du PCF en politique étrangère : "la vraie collaboration internationale".



  On rappellera que dans "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir", le PCF condamne la politique du Maréchal Pétain au motif qu'elle n'est pas une politique de collaboration et qu'elle n'apportera pas la Paix. En outre, il défend un projet pacifiste : "Les communistes sont les champions de l'Entente Internationale des peuples. Ils sont les champions de la Paix", avec ce commentaire : "C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie".

Ce texte s'inscrit donc pleinement dans la ligne pacifiste défendue par le PCF qui ne s'engagera dans la Résistance qu'après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes le 22 juin 1941. Toutefois, l'historiographie réserve un traitement fort différent à cette brochure comme l'illustre ces deux exemples :

1) Dans son ouvrage, "Le PCF dans la guerre", l'historien Stéphane Courtois écrit :
"Dès la fin novembre 1940, L'Humanité a publié en numéro spécial un article signé Thorez-Duclos. Une note nouvelle y retentit :
« C'est dans le peuple que résident les espoirs de la libération sociale et nationale de la France. »
Un autre article se conclut de la même manière :
« Un seul parti s'est dressé contre la guerre, en a dénoncé les responsables et lutte pour la paix, la libération sociale et l'indépendance nationale de la France, c'est le Parti communiste français, espoir du pays ! »
Le slogan final proclame enfin que « le seul parti du Peuple, le seul parti français, c'est le Parti communiste français ». Depuis, l'appel dit du « 10 juillet », ces accents patriotiques n'avaient plus retenti.
La tendance est reprise très vite dans une brochure intitulée La politique de Montoire-sur-le-Loir. Plus d'un mois et demi après l'événement [NdB : la rencontre Hitler-Pétain], elle constitue la première mise en cause, mesurée mais ferme, des visées impérialistes de Hitler sur la France, et une condamnation sans appel de tous les aspects de la politique de collaboration."

L'auteur analyse "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir" comme un texte qui manifeste... le patriotisme du PCF au motif que cette publication est une dénonciation "des visées impérialistes de Hitler sur la France" et "une condamnation sans appel de tous les aspects de la politique de collaboration". On notera que l'historien ne mentionne ni les motifs pour lesquels la politique du Maréchal Pétain est condamnée !!!, ni les propositions pacifistes du PCF !!!. 

En qualifiant ce texte ou d'autres de patriotiques l'auteur introduit l'idée que la politique du PCF n'est pas uniquement soumise aux intérêts de l'URSS dont les relations pacifiques avec l'Allemagne sont fixées par le Pacte de non agression du 23 août 1939 et le Traité de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939,  mais qu'elle est aussi déterminée par la situation de la France.

Il peut ainsi défendre la thèse que l'engagement du PCF dans la Résistance est le résultat d'une évolution progressive de sa ligne politique et non la conséquence de l'invasion de l'URSS par les armées allemandes le 22 juin 1941 en développant le raisonnement suivant : la condamnation de la collaboration pétainiste et de l'impérialisme allemand au nom du patriotisme constitue une forme de Résistance politique du Parti communiste qui aboutira par étapes successives à la lutte armée après le 22 juin 1941.

Signalons que l'Appel dit du 10 juillet 1940 et les extraits de l'Humanité de novembre 1940 s'inscrivent aussi dans la ligne pacifiste du PCF et ne constituent en rien des appels à la Résistance ou une quelconque forme de patriotisme.

L'Appel au "Peuple de France" du juillet 1940, dit appel du 10 Juillet du 1940, est un texte dans lequel le Parti communiste appelle à la constitution d'un Gouvernement du Peuple qui fera la Paix avec l'Allemagne.

Quant aux citations tirées de l'Humanité de novembre 1940, on fera les commentaires suivants :
- "la libération sociale et nationale de la France" : l'Humanité soutient le projet du PCF qui prévoit en politique intérieure la Révolution socialiste, synonyme de libération sociale, et en politique extérieure, la Paix avec l'Allemagne qui permettra la libération nationale. Pour le PCF la libération nationale sera jusqu'au 22 juin 1941 le résultat d'un Traité de Paix signé entre la France et l'Allemagne et non la conséquence d'une lutte armée.
- "Un seul parti s'est dressé contre la guerre, en a dénoncé les responsables et lutte pour la paix" : l'Humanité rappelle l'opposition du PCF à la guerre jusqu'à la signature de l'armistice franco-allemand et que depuis cette signature les communistes continuent de lutter pour la paix avec l'Allemagne nazie.
- "l'indépendance nationale" : pour le PCF préserver l'indépendance nationale signifie que, dans la guerre qui oppose l'Angleterre à l'Allemagne, la France ne doit s'engager au profit d'aucun des deux belligérants.
- "le seul parti français, c'est le Parti communiste français" : cette formule est une condamnation à la fois de Pétain et de De Gaulle qui sont accusés par le Parti communiste de servir l'impérialisme allemand pour le premier et l'impérialisme anglais pour le second. On rappellera pour illustrer "l'indépendance" du PCF que ce dernier est structurellement soumis à l'Internationale communiste laquelle est totalement contrôlée par l'URSS et Saline.

2) Dans son ouvrage "Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943", l'historien communiste Roger Bourderon présente le premier numéro de la Politique communiste en ces termes :  "Une publication ronéotypée de six pages, « La politique communiste, n° 1 décembre 1940 », sur « La politique de Montoire-sur-Loire [sic] » est consacrée à la vassalisation totale de France sous couvert de collaboration" (3). Après avoir décrit le contenu de la première partie de la brochure en une page, il résume la seconde en une phrase : "L'autre voie [NdB : la politique communiste] est bien entendu dans la lutte pour le socialisme et pour l'indépendance nationale par la désignation d'un gouvernement du peuple appuyé sur l'URSS" (4). Enfin, il conclut : "cette publication concerne certes Vichy, mais l'inféodation à l'Allemagne conduit à viser très directement celle-ci dans ses buts de domination mondiale" (5).

L'auteur analyse "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir" comme une dénonciation de l'Allemagne et une condamnation de la collaboration de Vichy. Là encore, l'historien ne mentionne ni les motifs pour lesquels la politique du Maréchal Pétain est condamnée !!!, ni les propositions pacifistes du PCF !!! 
Ainsi, l'auteur peut, lui aussi, défendre la thèse que l'engagement du PCF dans la Résistance est le résultat d'une évolution progressive de sa ligne politique et non la conséquence de l'invasion de l'URSS par les armées allemandes le 22 juin 1941.


En conclusion, "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir", publiée en décembre 1940, permet de souligner les différences et les points d'accord entre la "politique de Montoire" et la "politique communiste". D'abord, le Maréchal Pétain et le PCF partagent le même objectif de politique étrangère : la Paix avec l'Allemagne. Ils proposent, ensuite, en politique intérieure une révolution anti-républicaine : pour les communistes c'est la Révolution socialiste, pour les pétainistes c'est la Révolution nationale. Enfin, la mise en œuvre de leur politique pacifiste et anti-républicaine repose sur le même principe : la collaboration avec l'Allemagne. Seule différence, le Parti communiste propose la "collaboration vraie".


(1) Cahiers d'histoire de l'Institut de recherches marxistes, Le PCF 1938-1941, n° 14, 1983. p. 200.
2) S. Courtois, Le PCF dans la guerre, 1980, pp. 159-160. (Signalons l'ouvrage remarquable publié sous la direction de S. Courtois : Le livre noir du communisme.)
3) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 104.
4) Ibidem, p. 105.
5) Ibidem, p. 105.

-----------------------------------------------------------------------------

Document 1 : La politique de Montoire-sur-(le-)Loir publiée dans La Politique communiste n° 1 de décembre 1940.

La politique de Montoire-sur-(le-)Loir

L'allègre cohorte des journalistes mis au pas nous a fait connaître avec un très bel ensemble que nous venions de franchir le seuil d'une ère nouvelle et qu'une date glorieuse s'était inscrite au tableau de l'Histoire. Le 25 Octobre, le Chancelier du Reich avait conféré avec Pierre Laval  puis avec Franco [la rencontre Laval-Hitler s'est tenue le 22 octobre et celle entre Franco et Hitler, mentionnée dans la presse parisienne du 25 octobre, s'est déroulée le 23 octobre]. Le lendemain, il rencontrait à Montoire le maréchal Pétain [la rencontre Pétain-Hitler, mentionnée dans la presse parisienne du 26 octobre, s'est tenue le 24 octobre] et il poussait la gentillesse jusqu'à lui faire rendre les honneurs militaires. Il n'en fallut pas moins pour que les teneurs de stylographes  "autorisés" - nous voulons dire ceux qui ont reçu l'autorisation d'écrire pour servir - nous fissent part que l'époque nouvelle où nous venions d'entrer serait celle de la Paix et de la collaboration. "Nous savons par l'histoire de l'Europe, a écrit STALINE, que chaque fois que des traités ont été conclus pour grouper les forces en vue d'une nouvelle guerre, ces traités ont toujours été présentés comme des actes de paix"

Les accords de Montoire-sur-[le-]Loir échappent-ils à cette règle ? Voilà ce que se demandent les Français. Question bien légitime puisqu'en définitive, leur sort dépend de ces conciliabules spectaculaires. Mais à cette question, les hommes de Vichy ont décidé de ne pas répondre. La consigne est de ne pas chercher à comprendre et de suivre le Maréchal Philippe et son équivoque compagnon à cravate blanche. Les interlocuteurs de Montoire sont tombés d'accord pour précipiter dans les prisons et dans les camps les Français qui ne souscrivaient pas à cette consigne. Au surplus, les hardis novateurs qui siègent à Vichy jugent que la vieille diplomatie seule coupable de tant de forfaits et de crise est encore la meilleure découverte de l'ordre nouveau dont ils sont les prédicateurs.

Mais bon gré mal gré, les spécialistes de l'éteignoir et les techniciens du boisseau ont dû laisser filtrer quelques lumières, les contours de la politique de Montoire se sont dessinés et en se dessinant, ils ont justifié l'inquiétude de tous ceux qui ne veulent pas enchaîner le destin de la France à la fortune des aventuriers de Vichy.

Il bien fallu par exemple faire connaître que, quelques heures après l'entrevue de Montoire, Laval avait été désigné comme chef de la diplomatie française, que cette désignation avait été suivie de la promotion au grade d'ambassadeur de M. de Brinon, dont on ne sait pas au juste s'il représente le gouvernement auprès des autorités occupantes, ou les autorités occupantes auprès du gouvernement français, M. de Brinon dont un journal a écrit qu'il était "irremplaçable", entendez qu'il est interdit (verboten) de le remplacer. Le récent mouvement ministériel est le quatrième que subit l'équipe du Maréchal depuis sa naissance. Or, chacun de ces mouvements a été précédé d'une entrevue Franco-allemande. C'est au cours de ces conversations que sont désignés désormais les ministres de la France, c'est là et là seulement que l'on décerne les investitures.

Ce n'est pas tout. Si discret que l'on fut, il a été difficile de cacher aux Français que la veille de l'entrevue de Montoire, préalablement à toute négociation alors qu'aucune disposition de ce genre n'avait été prévue par l'armistice, l'Alsace-Lorraine a été annexée à l'Allemagne; qu'au lendemain d'une entrevue historique, contrairement aux clauses d'armistice, des forces italiennes étaient venues s'installer sur les côtes de la Manche, que l'article 18 de l'armistice relatif aux frais d'entretien des troupes occupantes avait été aggravé et que l'avance de la Banque de France à l'état [sic] était passée de ce chef de 50 à 65 milliard; que l'office des Devises et des compensations avait été rattaché au ministère des Finances, et que le règlement des importations et des exportations françaises dépendait désormais de l'office de Berlin; que sous prétexte d'assouplissement de la ligne de démarcation entre les deux zones, le secteur français non occupé, ses usines et ses administrations passaient graduellement sous le contrôle du Reich.

Voilà ce que nous donnent déjà quelques renseignements visibles et vérifiables sur la politique de Montoire.

Il y a plus grave : les journaux allemands ont établi un parallélisme très exact entre les entretiens Hitler-Pétain et les conversations Hitler-Franco. De la France et de l'Espagne, le Chancelier du Reich exige un effort de même nature, un effort de participation aux opérations militaires contre l'Angleterre. La presse du Reich parle des "décisions militaires" de Montoire. Elle évoque la nécessité d'une action commune vers Gibraltar, Suez, l'Afrique. Que quelques jours après Montoire, la flotte française ou ce qu'il en reste ait été autorisée à manœuvrer en Méditerranée, voilà qui permet de discerner quelle sera dans le proche avenir la destination des unités navales françaises. Bien plus, on serait infiniment curieux de connaître l'origine exacte des sous-marins qui après l'entrevue de Montoire se livrent à une très grande activité. Les 8 et 9 novembre, des entretiens consécutifs aux conversations Pétain-Hitler se sont déroulés à Paris entre M. Laval, M. Goering, les chefs de l'armée et de la marine des deux pays. On n'a pas été sans remarquer que M. Déat, commis au soin de préparer les esprits aux entreprises suspectes, a déjà avisé les Français qu'ils devaient être prêts à mourir pour Dakar et Libreville.

Voilà pour l'avenir immédiat. Mais à en croire les commentateurs des milieux qualifiés, les interlocuteurs de Montoire ont des vues autrement lointaines et ambitieuses qu'ils résument d'un mot séduisant "collaboration". Il parait qu'ayant à choisir entre l'hostilité haineuse et la collaboration, les hommes qui se rencontrèrent le 26 octobre ont choisi la collaboration [la rencontre Pétain-Hitler s'est tenue le 24 octobre]. Tout cela serait fort beau si l'on ne devait craindre à certains indices que le terme "collaboration" ne joue dans l'histoire de la politique lavalienne un rôle assez comparable à celui que joua la formule de non-intervention dans la diplomatie de Léon Blum et de feu Chamberlain. Que signifie la collaboration telle que l'entendent les gens de Montoire ? Pour répondre, reportons-nous aux plans d'organisation de l'Europe tels que les expose depuis semaine la presse allemande. En décidant de collaborer, le Reich renonce-t-il à procéder à des annexions  territoriales ? En aucune façon. Encouragé par lui, son partenaire de l'Axe ne témoigne d'aucun désir de renoncement. M. Gayda [Virginio Gayda, journaliste du Giornale d'Italia] eu soin de rappeler ces jours-ci que la satisfaction des exigences territoriales de l'Italie en Afrique était la pierre de touche de la "sincérité" de la France.

Ces cessions de territoires seront, si nous avons bien compris, le prix auquel la France achètera la collaboration  de l'Allemagne. Mais cette collaboration sous quelle forme s'exprimera-t-elle ? M. Funk [Walter Funk, ministre allemand de l'Economie] et ses collaborateurs l'ont cent fois exposé : autour du noyau central constitué par l'Allemagne se grouperont en cercles concentriques les pays annexés, protégés ou admis à la collaboration. Ceux-là devront mettre au pas  leur production, leur organisation économique, sociale et politique. Les maîtres du grand quartier général installés au centre du noyau exploiteront les peuples de la périphérie lesquels seront conviés à ramasser les miettes du festin colonial dont la table sera dressée en Afrique. La suppression des barrières douanières, la désindustrialisation de la France, la surindustrialisation de l'Allemagne devront permettre à la Nation maîtresse d'inonder de ses produits industriels les nations vassales. En échange celles-ci procureront au suzerain et au prix imposé par lui des produits agricoles. Elles ne pourront commercer à leur gré. C'est le bureau central de Berlin qui contrôlera leurs exportations et leurs importations.

Tel est le schéma. On peut dire que la note est lourde, qu'elle est la rançon fatale de la défaite. Mais c'est une tromperie que de représenter ce système comme une victoire de l'esprit de collaboration. Le contrat que prépare l'entretien de Montoire sera une édition aggravée du Traité de Versailles. Tous les peuples en supporteront le fardeau, le peuple français à l'état de paria colonial, les peuples des colonies condamnés à l'esclavage, le peuple allemand lui-même commis au soin de jouer le rôle de geôlier de l'Europe. Cette organisation pyramidale de l'Europe enrichira quelques élus, elle n'organisera pas la paix, car elle accumulera dans le cœur des opprimés, la volonté de se soustraire à cette tyrannie suffocante.

Voilà pourquoi nous répudions par avance les engagements souscrits à Montoire par le Maréchal et son ministre.

Les communistes sont les champions de l'Entente Internationale des peuples. Ils sont les champions de la Paix. Ils ne repoussent pas les négociations avec aucun gouvernement. Les bolchéviks ont montré comment le prolétariat maître du pouvoir pouvait négocier avec les régimes les plus différents du sien et faire sortir de ces négociations des accords conformes à l'intérêt de tous les peuples.

La collaboration que conçoivent les communistes est fondée sur l'égalité des droits et le respect de l'indépendance nationale. Nous luttons pour la Révolution Socialiste parce que seul le socialisme permettra au monde de ne plus errer entre l'étroitesse nationale et l'hégémonie d'un groupe de puissance, entre le compartimentage de la planète par des barrières de tarifs ou de baïonnettes, et la sujétion aux volontés de quelques dominateurs; nous luttons pour la Révolution socialiste parce que c'est la course au profit qui fait du monde soit un camp retranché, soit une société de maîtres, de demi-esclaves et d'esclaves qui condamne les uns à briser leurs machines, les autres à demeurer un bétail humain; nous luttons pour la Révolution socialiste parce qu'un monde fondé sur la mise en commun des moyens de production et d'échange, sur le développement des possibilités de production, sur la satisfaction illimité des besoins de l'homme, rend impossible la hiérarchie des nations établie par les "Diktats" de la force.

Respect de l'indépendance de la France, indépendance des peuples opprimés des colonies, alliance avec le premier état socialiste, entente internationale des peuples, voilà les éléments inséparable de la politique capable de faire régner la paix dans le monde, et de combler le fossé entre les belligérants d'hier. C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie. 

L'autre celle de Montoire, c'est la politique du vieil ordre impérialiste qui, périodiquement, fait lever les moissons de croix de bois.

Seul un gouvernement du Peuple, détruisant les privilèges capitalistes, pratiquant une politique d'amitié et de coopération avec l'URSS est capable d'unir la Nation et de gagner la sympathie des travailleurs de tous les pays pour assurer la liberté et l'indépendance de la France.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire