1940


JANVIER 1940



Texte "Le Parti Communiste Français (SFIC) en lutte contre la guerre impérialiste" :
[...] Les causes profondes de la guerre ? Elles sont une fois de plus dans la rivalité des intérêts entre les grands Etats capitalistes. Les communistes fidèles à l'enseignement de Marx-Engels-Lénine-Staline, ont toujours proclamé que c'est le capitalisme qui engendre la guerre. Jaurès n'avait-il pas formulé une juste pensée dans cette image saisissante : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage »  . [...]
Il crève aux yeux que la guerre actuelle est menée des deux côtés pour des buts impérialistes absolument étrangers aux intérêts des travailleurs.
Les politiciens bourgeois et socialistes représentent hypocritement la France sous les aspects idylliques d'une « démocratie » exempts d'appétits impérialistes. Au contraire les communistes ont toujours dit que les apparences démocratiques n'atténuaient en rien le caractère impérialiste de la France capitaliste.
[...] Les principaux actionnaires de ces grandes compagnies financières et industrielles, leurs dirigeants effectifs constituent précisément les « deux cents familles qui dominent l'économie et la politique de la France ». (Daladier au Congrès du parti radical Octobre 1934).
Voilà ceux qui ont voulu la guerre. Voilà ceux qui l'ont déclenché pour satisfaire leurs appétits impérialistes, pour réaliser leurs buts de rapine et de brigandage.
Contre ceux-là, contre les politiciens qui gouvernent en leur nom, contre la réaction, le Parti communiste français reprend le mot d'ordre de Lénine et de Liebknecht : « NOTRE ENNEMI EST CHEZ NOUS ». [...]
Le Parti communiste français entend éclairer les travailleurs sur les conditions d'une lutte efficace contre la guerre impérialiste, il combat sous les mots d'ordre : A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE, PAIX IMMEDIATE, en expliquant aux travailleurs qu'il ne peut y avoir de paix véritable, juste et durable, qu'au prix d'une lutte victorieuse contre la réaction capitaliste de France, contre le gouvernement. Les communistes ont lutté passionnément pour le maintien de la paix. Toutefois, ils ne sont pas des pacifistes, ils sont des combattants révolutionnaires. Ils ont soutenu la guerre juste du peuple espagnol contre ses agresseurs. Ils luttent contre la guerre actuelle parce qu'elle est injuste, réactionnaire. Ils combattent avec courage pour imposer la paix en chassant le gouvernement de la réaction. [...]
(Cahiers du Bochévisme du 2 semestre 1939 diffusés en janvier 1940)
A la suite des instructions de l'IC du 9 septembre 1939, le Parti communiste abandonne sa ligne favorable à la défense nationale pour s'engager en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie. L'adoption le 21 septembre 1939 par son Comité central de la résolution "Il faut la Paix" est le premier acte de ce revirement.

En janvier 1940, le Parti communiste diffuse clandestinement les Cahiers du Bolchévisme du 2ème semestre 1939. Ce numéro, préparé et imprimé en Belgique, publie en éditorial un texte de plusieurs pages rédigé à Moscou par Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, et André Marty, secrétaire de l'IC : "Le Parti Communiste Français (SFIC) en lutte contre la guerre impérialiste".

Dans ce texte de référence qui répond aux exigences de l'IC et de son secrétaire général Georgi Dimitrov, le Parti communiste dénonce le caractère "impérialiste" de la guerre menée contre l'Allemagne nazie et définit en conséquence les mots d'ordre qui guident et guideront son action jusqu'au 22 juin 1941 : "A bas la guerre impérialiste", "Paix immédiate" et "Notre ennemi est chez nous".

Ce texte théorique marque la dernière étape dans le redressement de la ligne politique du Parti communiste qui a débuté avec la résolution du 21 septembre 1939.

Ajoutons que cet éditorial reprend largement le contenu du projet de résolution présenté par André Marty et Maurice Thorez au secrétariat de l'Internationale communiste (IC) le 16 novembre 1939. Le premier a quitté la France à la fin d'août 1939 et le second est arrivé à Moscou le 8 novembre 1939. Dans ce projet on peut notamment lire :

"Le Parti lutte :
Contre la guerre impérialiste et la réaction sous toute ses formes.
Pour la paix immédiate.
Il lutte contre le gouvernement de l'impérialisme français en montrant que les contradictions entre les diverses couches de la bourgeoisie passent au second plan devant la défense des intérêts fondamentaux de classe de l'impérialisme français exprimé par la guerre et son orientation antisoviétique, contre-révolutionnaire. [...]
La position du Parti communiste français est : « Notre ennemi est chez nous ». [...]
La position claire du Parti en ce qui concerne l'estimation de la situation et l'orientation générale doit servir à mobiliser les masses ouvrières et populaires contre l'actuelle guerre injuste et à les engager réellement dans la lutte." (1)

Ce projet de résolution sera à la base du texte adopté par l'IC le 9 février 1940 "sur la situation en France et les tâches du PC français".

(1) Communisme, Les Archives du communismes, n° 32-33-34, 1993 pp. 16-17.


-------------------------------------


5  : Lettre du 5 janvier 1940 de Jacques Duclos à Benoît Frachon :
"Nous vous faisons parvenir ci-joint deux projets de tracts qui pourraient être édités à la ronéo, bien entendu après mise au point éventuelle de votre part.
I°- L'un a trait aux fournitures d'armes et de matériel de guerre aux fascistes d'Helsinki, fournitures annoncées par Daladier tant à la Chambre que dans son télégramme au secrétaire général de la SDN. Il nous semble qu'en présence de ces faits le moment est venu pour nous d'orienter les ouvriers vers le sabotage des fabrications de guerre destinées à la Finlande et d'attirer leur attention sur l'utilisation anti-soviétique du matériel de guerre fabriqué en France". (1)
Le 30 novembre 1939, l'URSS envahit la Finlande avec l'accord tacite de l'Allemagne puisque le protocole secret du Pacte germano-soviétique place ce pays dans sa zone d'intérêt.

Saisie par le gouvernement finlandais, la Société des Nations prendra en décembre deux décisions : 1) exclusion de l'URSS après son refus de mettre fin à son agression, 2) appel à ses membres à soutenir la Finlande.

La France répondra favorablement à cet appel en fournissant des armes à la Finlande.

C'est en réaction à ces livraisons d'armes que le Parti communiste s'engage en janvier 1940 dans le défaitisme révolutionnaire en appelant au sabotage des fabrications de guerre. 

Cette campagne de sabotage touchant les usines travaillant pour la défense nationale est déclenchée par la lettre du 5 janvier 1940 dans laquelle Jacques Duclos demande à Benoît Frachon d'orienter " les ouvriers vers le sabotage des fabrications de guerre destinées à la Finlande" en diffusant le tract joint à sa lettre.

Secrétaire du PCF, Jacques Duclos s'est réfugié à Bruxelles en octobre 1939 où il  a mis en place une direction communiste qui peut compter dans cette ville sur le soutien de l'antenne de l'IC dirigée par Eugen Fried.

Syndicaliste membre du bureau politique du PCF, Benoît Frachon assume en France la direction du Parti communiste.

Benoît Frachon répondra favorablement aux instructions de Jacques Duclos dans une lettre datée du 16 janvier 1940

"Finlande. D'accord avec propositions, avons fait plusieurs tracts, mais sans poser problèmes précis que vous proposez." 

Sur le plan de la propagande, le défaitisme révolutionnaire du Parti communiste se manifestera dans au moins trois textes diffusés en janvier et février 1940 :

1) un tract intitulé "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII" de janvier 1940 :

"Ouvriers, ne soyez pas complices de vos pires ennemis qui combattent dans l'Union Soviétique le triomphe du socialisme sur un sixième du globe par tous les moyens appropriés, en mettant en œuvre toute vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêcher, retarder, rendez inutilisables les fabrications de guerre; contrecarrez ainsi l'action des gouvernants français qui aident les fascistes finlandais, et se préparent, dans le Proche-Orient, à attaquer l'Union Soviétique parce qu'elle est le pays du socialisme.

On peut affirmer que ce tract est le premier appel au sabotage du Parti communiste puisqu'il fait référence au discours prononcé par Daladier à la "Chambre des députés" ainsi qu'à son "télégramme à la SDN" et que ces deux éléments sont mentionnés dans le projet de tract décrit dans la lettre de Jacques Duclos du 5 janvier 1940 .

Concernant sa datation, certains auteurs avancent le mois de février 1940. Pour justifier la thèse que sa diffusion a débuté en janvier 1940 on s'appuiera sur un exemplaire conservé dans les archives de l'IC qui porte les mentions suivantes : "Tract PCF/janvier 1940/(Ronéotypé)".

Ancien secrétaire de rédaction de ;l'Humanité, Robert Blache, dirigeant du réseau "Métropolitain" dont le démantèlement au début de mars 1940 permettra la saisie de nombreux documents (L'OEuvre du 5 mars 1940), sera poursuivi pour avoir notamment diffusé le tract "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII".

2) un Appel au "Peuple de France !" de février 1940 :

"Vous qui travaillez dans les fabrications de guerre, n'oubliez pas que votre devoir est de faire échec aux plans des interventionnistes antisoviétiques qui envoyent du matériel de guerre aux fascistes finlandais; mettez tout en œuvre pour retarder, empêcher, rendre inutilisables les fabrications de guerre".

Ce texte imprimé en Belgique a été rédigé par Jacques Duclos.

3) Un tract intitulé "Pas un homme, Pas un sou, Pas une arme, pour les Fascistes Finlandais" de février 1940 :

"Ouvriers qui travaillez dans les usines de guerre, mettez tout en œuvre pour empêcher l'envoi de matériel de guerre en Finlande et pour rendre ce matériel inutilisable".

La mention de la déclaration de Mannerheim du "17 février dernier" permet de dater ce tract ronéotypé de la fin de février 1940.

On notera que dans ces trois textes, les résistants finlandais qui se battent pour que leur pays ne soit pas annexé par l'Union soviétique sont qualifiés de "fascistes". Les polonais ont été victimes de la même calomnie ce qui signifiait qu'en envahissant la Pologne, l'Allemagne et l'URSS s'étaient engagées dans une guerre anti-fasciste !!!

Le 12 mars 1940, l'URSS et la Finlande signent un Traité de Paix qui marque la fin du conflit soviéto-finlandais.

Dès lors, le Parti communiste n'appellera plus à commettre des acte malveillants dans les usines travaillant pour la défense nationale. Il ira même jusqu'à nier ses appels au sabotage antérieurs en apportant dans l'Humanité n° 34 du 27 mars 1940 un démenti formel à tous ceux qui accusent les ouvriers communistes de commettre sur ordre de tels actes : "Eh bien non ! on ne réussira pas à faire croire que notre Parti, fidèle à l'enseignement de Lénine, partisan de l'action de masse, allant de la pétition, de la manifestation et la grève jusqu'à la levée révolutionnaire du peuple, soit subitement devenu partisan de l'action individuelle, de l'attentat." (2)

Dans les faits, le sabotage des moteurs d'avions à l'usine Farman sera l'un des rares cas où l'enquête aura pu mettre en évidence la responsabilité de militants communistes qui seront d'ailleurs condamnés en mai 1940 à la peine capitale.

Le sabotage de la défense nationale constitue une preuve de la trahison du Parti communiste non seulement pendant la guerre franco-allemande de 1939-1940 mais aussi au cours de l'occupation allemande. En effet, le 20 juin 1940, le Parti communiste mettra en avant son sabotage de la défense nationale pour obtenir des autorités allemandes l'autorisation de faire paraître légalement l'Humanité : "Juif M [Mandel] après Dal [Daladier] nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nat [nationale]" / "Je répète avons lutté contre Dal [Daladier] contre M [Mandel][Reynaud] avons au poteau d'exécution amis fusillés" (Argumentaire du 20 juin 1940).

Pour terminer, on mentionnera qu'après la guerre, l'ancien président du Conseil, Edouard Daladier, sera le premier a évoqué les sabotages communistes dans son discours prononcé à la Chambre des députés le 18 juillet 1946 :

"[M. Edouard Daladier]. Mais il y a eu aussi des sabotages. Il y a eu le sabotage des moteurs d'avions aux usines Farman, à Boulogne-Billancourt, dans des conditions vraiment affreuses.
A droite. Il en est résulté des accidents mortels.
M. Edouard Daladier. Il y a eu un certain nombre de sabotages dans les poudreries, notamment à la poudrerie de Sorgues, où l'ingénieur Muret les a relevés. Il y a eu des sabotages dans les casemates de la région fortifiée de Boulay, des sabotages de fusées d'obus et de balles anti-tank en pleine bataille de France."

(1)  Copie de la lettre du 5 janvier 1940 conservée dans les archives de l'IC.
(2)  Stéphane Courtois, le PCF dans la guerre, 1980, p. 102.

9  : - Refus des députés communistes de s'associer à l'hommage patriotique de la Chambre.
Le 9 janvier 1940, s'ouvre à la Chambre des députés la première séance de la nouvelle session parlementaire.

Après le discours d'usage prononcé par le président d'âge, Georges Lévy-Alphandéry, la Chambre se consacrera uniquement à l'élection de son bureau pour l'année 1940 qui se compose d'un président et de plusieurs vice-présidents, questeurs et secrétaires.

Au final cette séance de rentrée sera marquée par la réélection à la présidence du radical-socialiste Edouard Herriot et par... un incident provoqué par les députés communistes.

En effet, quatre des six députés communistes permissionnaires présents dans l'hémicycle ont refusé de se lever pour applaudir l'hommage rendu aux armées armées françaises par le président d'âge. Ils ont ainsi manifesté publiquement et avec éclat l'opposition du Parti communiste à la guerre contre l'Allemagne nazie.

Pour avoir refusé de s'associer à la manifestation patriotique de la Chambre, Fernand Grenier, Raymond Guyot, André Mercier et Charles Michels reçoivent dans l'Humanité n° 19 du 14 janvier 1940 les "chaleureuses félicitations" du Parti communiste qui précise que ce refus exprime les sentiments de tous ceux qui "condamnent la guerre des capitalistes et réclament la paix".

Publié dans ce même numéro, le texte "La bourgeoisie viole sa propre légalité" rend aussi hommage à ces quatre députés communistes qui ont "refusé de se prêter à l'indigne comédie d'union sacrée".

Dernier élément, cette nouvelle manifestation communiste en faveur de la Paix avec le IIIe Reich aura une conséquence majeure : le vote de la loi du 20 janvier 1940 prononçant la déchéance de tous les élus communistes qui n'ont pas publiquement rompu avec le PCF.


11 : Allocution de Edouard Herriot, président de la Chambre des députés :
Mes chers collègues, voici quatre mois que notre pays est soumis à la plus cruelle, à la plus imméritée des épreuves. [...] Avec une audace qu'en d'autres moments l'on dirait comique, deux dictateurs nous accusent d'impérialisme dans le temps même où ils essaient de chausser les vieilles bottes de Frédéric II ou de Pierre le Grand. (Applaudissements.) Après avoir usé toutes les ressources de la patience, après avoir courageusement sacrifié tous les prétendus prestiges de l'amour-propre à une volonté passionnée de défendre les vies humaines, la France et la Grande-Bretagne ont dû se dresser. Pour défendre quoi ? Avec les premiers ministres de France et de Grande- Bretagne, c'est M. le président Roosevelt qui répond par son message du 3 janvier dernier. Pour défendre la liberté, les droits de la conscience, la loi morale. Pour défendre « la démocratie comme la meilleure forme de gouvernement créée jusqu'ici par l'humanité ». (Vifs applaudissements.) 
Messieurs, nous avons déjà bien des sujets de réconfort. Loin dans le Nord, une petite nation se bat, avec un héroïsme dont le monde s'émerveille, contre un régime qui prétend écraser les peuples faibles et achever les pays blessés. (Vifs applaudissements unanimes et répétés. - Sur tous les bancs, MM. les députés se lèvent et applaudissent longuement.) [...]
Nous avons entendu l'appel de la Chambre finlandaise, cette pathétique déclaration d'un Etat fier qui, fort de son absolue innocence, entend protéger contre le crime sa liberté, son indépendance, son honneur. N'en doutons pas : la Finlande ne représente pas seulement la position avancée de la civilisation occidentale. Sa victoire, pure comme la neige de son sol, représente un premier triomphe de l'esprit sur la matière ;(Vifs applaudissements répétés), des valeurs humaines sur la brutalité. (Nouveaux applaudissements.) Comme l'ont déjà déclaré les Gouvernements français et anglais, notre devoir, l'intérêt même de notre cause nous commandent de lui apporter toute l'aide en notre pouvoir. (Nouveaux applaudissements unanimes.) [...]
Ce qui m'apparaît comme le plus important, mes chers collègues, c'est que rien ne vienne troubler l'indispensable union des Français. Nos ennemis doivent savoir que nous avons compris leur tactique. Elle est, avant d'attaquer ou en attaquant, de dissocier. On cherche, à l'intérieur des pays que l'on menace, des agents. C'est la méthode employée pour l'Autriche, pour les Sudètes, pour la Slovaquie, pour la Bohême, pour Dantzig, pour la Finlande. On utilise les formes les plus diverses ; on cherche à pénétrer dans les milieux les plus variés. (Applaudissements.) Nous entendons fermer notre pays à toutes les formes de la propagande ennemie, c'est-à-dire de la trahison. (Vils applaudissements sur tous les bancs.) La première République nous a donné, sur ce sujet, des préceptes et des exemples, voire assez rudes. (Très bien ! très bien !) En temps de guerre, tout gouvernement est un gouvernement de salut public. (Nouveaux applaudissements unanimes.)".

18 : - Appel du Parti communiste aux "Femmes et mères de France" :
"Le gouvernement Daladier-la-guerre et Paul Reynaud vie-chère veut masquer les desseins impérialistes de cette guerre en disant que c'est une guerre pour la liberté. Allons donc ! De qui se moque le gouvernement.
Les femmes et les mères de France ont déjà entendu cette fable lorsqu'en 1914, partaient leurs maris et leurs fils. Résultat : 4.5000.000 victimes dont 1.500.000 morts ! [...]
Femmes et mères de France, c'est pour la défense des coffres-forts franco-anglais que vos maris et vos fils se font tuer. [...]
Femmes et mères de France, c'est de vous que dépend l'arrêt du carnage qui se prépare !
Femmes et mères de France, ne pleurez pas silencieusement le départ de vos maris et vos fils ! [...]
Unissez-vous autour du Parti Communiste, le seul parti qui lutte sans peur contre la guerre, le seul parti qui a dénoncé cette guerre de brigandage !
Alors, femmes et mères de France, les gouvernements seront obligés de capituler devant les peuples. Et la guerre pourra être arrêtée !
A bas la guerre impérialiste ! Vive la paix ! Vive la Liberté ! Vive la République !"
(L'Humanité n° 20 du 18 janvier 1940)

- Article "Vie chère et restrictions" :
"Systématiquement, le gouvernement organise la vie chère en même temps que, par des prélèvement massifs, il diminue les salaires.
Depuis le mois de Septembre, le prix de la côtelette a doublé et on ne trouve de la viande que 3 fois par semaine. Heureux encore celui qui peut en acheter ! [...]
Mais croyez-vous que Daladier, Paul REYNAUD ou DE WENDEL seront privés d'une côtelette ? Croyez-vous que les gosses de riches seront privés d'un litre de lait ? Non, évidemment, les restrictions c'est pour les pauvres !
Quant à Léon Blum, avec ses 80 000 Frs de Député, ses 125 000 Frs de Conseiller d'Etat, ses honoraires d'Avocats d'affaires, il peut encore s'en tirer. Evidemment !
Mais qu'en pensent les ouvriers socialistes à qui l'on rogne les salaires quand le coût de la vie a augmenté de 60%."
Depuis septembre 1939, les communistes s'opposent à la guerre contre l'Allemagne nazie en avançant deux types d'arguments.

D'une part ils soutiennent que cette guerre n'est pas légitime en raison de son caractère impérialiste. En d'autres termes, ils estiment qu'elle est menée au profit des capitalistes français et non du peuple français et qu'elle a un objectif précis : asservir le peuple allemand.

D'autre part, ils affirment que, sur le plan intérieur, cette guerre permet aux capitalistes français  de s'enrichir considérablement en imposant à la classe ouvrière une exploitation sans limite.

Ce dernier point est illustré par l'article "Vie chère et restrictions" dans lequel l'Humanité dénonce la paupérisation de la population en expliquant qu'elle est organisée par le gouvernement. S'appuyant sur un exemple concret touchant à leurs conditions de vie - la consommation de viande ("les côtelettes") - l'Humanité affirme que les restrictions ne frappent que la classe ouvrière et qu'à l'inverse seuls les responsables de la guerre qui les imposent échappent à la disette : Edouard Daladier, président du Conseil radical-socialiste ; Paul Reynaud, ministre des Finances de l'Alliance démocratique ; François de Wendel, industriel et président du Comité des Forges, syndicat patronal de la sidérurgie et enfin l'un des leaders emblématiques du Parti socialiste : Léon Blum.

Dernier élément, en évoquant la situation personnelle de Léon Blum à savoir ses activités et ses revenus, l'Humanité vise deux objectifs précis : 1) rappeler aux ouvriers socialistes l'origine sociale de leur dirigeant : la bourgeoisie, 2) leur révéler le véritable motif de son soutien à l'Union sacrée : la cupidité.

- Condamnation du Gouvernement Daladier pour son soutien à la Finlande :
"Le fauteur de guerre Daladier envoie des armes et des munitions aux gardes blancs finlandais ! Des troupes françaises sont déjà expédiées en Orient.
On prépare la guerre antisoviétique aux applaudissements de Blum, qui refusa des fusils au peuple espagnol égorgé par le fascisme.
Pas un sou, pas une cartouche, pas un homme pour le gouvernement des gardes blancs finlandais !
Bas les pattes devant l'Union soviétique, patrie des travailleurs! 
A la porte Daladier, agent du grand capital, qui déshonore la France !"
Illustration du soutien communiste à l'agression soviétique de la Finlande, l'Humanité du 18 janvier 1940 condamne avec virulence le Gouvernement Daladier pour ses livraisons d'armes à la Résistance finlandaise.

Particularité de ce texte, il sera lu à la Chambre le 20 février 1940, au cours du débat sur la déchéance des députés communistes, par le rapporteur du projet de loi, le député socialiste Georges Barthélemy :

"Je voudrais vous donner connaissance d'un court passage d'un numéro spécial de l'Humanité, diffusé à profusion dans nos usines et que me communique un camarade socialiste de la section de Suresnes dans les termes que voici :
« En te remerciant encore une fois pour le papier du gouverneur militaire de Paris que tu m'as adressé. » — nous en parlerons tout à l'heure, car il a failli être envoyé dans un camp d'exclus — « .je t'envoie un exemplaire du torchon que je n'ai lu qu'aujourd'hui. Il est peut-être un peu ancien, 18 janvier. Toutefois, il a son importance. Tu goûteras sans nul doute le petit passage de la fin qui te vise particulièrement et nommément, ceci pour te rendre compte de l'état d'esprit qui règne encore parmi l'élément communard de la boîte. »
Cela se passe dans les grandes usines Blériot.
Et voici ce que disait « cet infâme torchon ».
Je ne veux pas parler des attaques contre M. le président Herriot, contre M. Léon Blum, mais de celles dirigées contre le Gouvernement, car en l'attaquant en ce moment, on attaque le pays tout entier. (Très bien ! très bien !)
Voici ce qu'on déclare :
« Le fauteur de guerre Daladier envoie des armes et des munitions aux gardes blancs finlandais. Des troupes françaises sont déjà expédiées en Orient. On prépare la guerre antisoviétique aux applaudissements de Blum, qui refusa des fusils au peuple espagnol égorgé par le fascisme.
« Pas un sou, pas une cartouche, pas un homme pour le gouvernement des gardes blancs finlandais !
« Bas les pattes devant l'Union soviétique, patrie des travailleurs !
« A la porte Daladier, agent du grand capital, qui déshonore la France ! »
Je ne veux pas vous en dire plus long mes chers collègues. Ce que je viens de vous lire suffit à montrer à quelle propagande infâme on se livre." (1)

(1) Journal officiel du 21 février 1940.

20 : Loi du 20 janvier 1940 prononçant la déchéance des élus communistes.

26 : Condamnation de André Marty à cinq ans de prison.
Député de la Seine, André Marty est aussi secrétaire de l'Internationale communiste et c'est à ce titre qu'il rejoint Moscou à la fin d'août 1939. En octobre 1939, il publie dans Le Monde, hebdomadaire de l'Internationale communiste diffusé en Belgique, une lettre pamphlétaire contre Léon Blum coupable de soutenir l'Union sacrée contre l'Allemagne nazie : "lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum". La découverte sur le territoire français d'un stock de cette publication communiste justifie en novembre 1939 l'ouverture d'une procédure contre André Marty pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 qui interdit la diffusion de tout écrit propageant les mots d'ordre de la IIIe Internationale.

Le 26 janvier 1940, le tribunal correctionnel de Dunkerque condamne André Marty par contumace à cinq  ans  de prison et 10 000 francs d'amende et à la privation de ses droits civils et politiques. Cette condamnation sera amnistiée par l'ordonnance du 1er juillet 1943 signée par le Général de Gaulle : "Sont amnistiés : 1° - toutes les infractions prévues par le décret-loi du 26 septembre 1939."

La diffusion de cette lettre illustrant son engagement en faveur d'une puissance étrangère, l'URSS, André Marty sera en outre déchu de la nationalité française par un décret daté du 27 janvier 1940.

Enfin, on citera l'Humanité n° 76 du 27 septembre 1940, consacrée pour partie aux élus communistes emprisonnés, qui dénonce la condamnation de André Marty pour sa lettre au "fauteur de guerre Blum" :

ANDRE MARTY CONDAMNE A 5 ANS DE PRISON
POUR AVOIR PUBLIE UNE LETTRE OUVERTE A BLUM

Pendant que les autres députés étaient poursuivis pour avoir demandé la Paix [Lettre au président Herriot] André Marty, qui avait rendu publique une lettre cinglante au fauteur de guerre Blum, était condamné à 5 ans de prison et 5 000 francs d'amende, soit en réalité 55 000 franc. Au surplus André Marty et Maurice Thorez ont été déchus de la nationalité française par les traitres qui ont vendu la France et l'ont conduite au désastre.

27 : André Marty est déchu de la nationalité  française :
"Est déchu de la nationalité française : Marty (André-Pierre), né le 6 novembre 1886, à Perpignan (Pyrénées-Orientales)."
(Décret du 27 janvier 1940)
Le 27 janvier 1940, André Marty député de Paris et secrétaire de l'IC, est déchu de la nationalité française par un décret signé par le président de la République, Albert Lebrun.

Cette décision s'appuie sur le décret-loi du 9 septembre 1939 qui stipule dans son article 1er que pendant la période des hostilités pourra être déchu de la nationalité française "tout Français qui se sera comporté comme le ressortissant d'une puissance étrangère". Dans le cas présent il lui est reproché d'avoir servi les intérêts de l'Union soviétique. Cet engagement s'étant notamment manifesté dans la diffusion d'un texte intitulé "lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" pour laquelle il a été condamné le 26 janvier 1940.

André Marty sera réintégré dans la nationalité française par un décret du 5 octobre 1945 : "Est rapporté le décret du 27 Janvier 1940 portant déchéance de la nationalité française à l'encontre de M. Marty (André-Pierre), né le 6 novembre 1886 a Perpignan (Pyrénées-Orientales)".

29 : Allocution radiodiffusée de Edouard Daladier, président du Conseil :
"Au bout de cinq mois de guerre, au milieu des alarmes renouvelées qui bouleversent l'Europe, une certitude s'impose de plus en plus clairement à tous les esprits. C'est que l'Allemagne cherche à établir sur le monde une domination absolument différente de celle que l'histoire a déjà connue.
La domination des nazis ne se borne pas, en effet, à déplacer l'équilibre des forces et à imposer la suprématie d'une nation. Elle poursuit l'anéantissement systématique et total des vaincus.
Hitler vainqueur ne traite pas avec les nations qu'il a soumises. Il les détruit. Il leur enlève toute existence politique et économique et cherche même à les dépouiller de leur histoire et de leur culture.
Il ne veut les considérer que comme un espace libre, un territoire vacant sur lequel il a tous les droits. Les êtres humains qui constituaient ces nations ne sont pour lui que des troupeaux; il ordonne leur massacre ou leur migration.
Il les contraint à faire place aux conquérants. Il ne prend même pas la peine de leur imposer des tributs de guerre, car il s'empare de toutes leurs richesses et, pour prévenir tout retour du destin, pour mater à l'avance toute révolte, il décime leurs élites et poursuit scientifiquement leur dégradation physique et morale. [...]
Pendant ce temps, derrière le rempart de son armée, la France a gardé tous les biens que certains peuples ont déjà perdus et que d'autres tremblent de perdre. Comme son alliée la Grande- Bretagne, la France n'a pas d'angoisses, quand elle pense à l'avenir. Elle est sûre de sa victoire. La grande peur qui traverse l'Europe s'arrête à nos frontières devant les fils de fer ou les casemates où veille et combat notre jeunesse. [...]
L'arrière a, du reste, à mener son combat, car devant la résolution de nos armées, c'est sur ses faiblesses et sur ses incertitudes éventuelles que l'Allemagne compte pour nous abattre. [...]
Nos ennemis avaient eu d'abord l'espérance de dresser les Français les uns contre les autres. Ils avaient cru pouvoir enrôler les hommes d'ordre sous le drapeau rouge à la croix gammée, et les ouvriers sous le drapeau rouge à la faucille et au marteau.
Mais en septembre, tandis que l'armée allemande envahissait la Pologne, le masque est tombé. Les deux drapeaux n'en ont plus fait qu'un, seul : celui de la ruée des barbares sur toutes les terres où il y a des biens à prendre et des hommes à asservir.
Mon gouvernement a déjà frappé des agents de l'étranger; il ne cessera pas de mener contre eux une lutte sans merci. Mais il ne veut pas être un gouvernement de vengeance ou de tendance politique. Il est le gouvernement de la France. S'il a frappé les chefs communistes, c'est parce que en restant aux ordres de Moscou ils se mettaient aux ordres de Berlin.
Mais il tend une main fraternelle à tous ceux qui avaient suivi ce parti et retrouvent aujourd'hui la véritable tradition ouvrière qui fut toujours, en France, nationale et patriote. Il pense qu'au delà de l'écroulement de tant de rêves les ouvriers français doivent retrouver le visage de la France, de cette juste patrie infiniment plus douce aux humbles que les dictatures des professionnels et des exploiteurs de la révolution. 
De même, mon gouvernement, qui a frappé et continuera à frapper tous les complices de la propagande nazie, ne songe pas à frapper les Français qui avaient rêvé, dans un sentiment libre et désintéressé, d'un rapprochement franco-allemand. 
Il était, certes, légitimé d'être communiste et de vouloir unir la France et la Russie pour la défense de la paix. Il était, certes, légitime de vouloir le rapprochement de notre pays avec l'Allemagne. Mais ce serait un crime, dans les circonstances présentes, de rester soumis aux mots d'ordre de Berlin et de Moscou.
C'est ce crime seul que nous frappons, mais nous le frapperons sans pitié.
Devant le danger, brisant d'un coup avec ceux qui voulaient la trahir, la France retrouve dans un mouvement de justice, de fraternité et de tendresse, ses véritables enfants."
(Le Temps du 31 janvier 1940)
Le 29 janvier 1940, le Président du Conseil Edouard Daladier prononce une allocution radiodiffusée dans laquelle il dénonce le projet totalitaire de l'Allemagne nazie, rend hommage à la France combattante et souligne l'importance de la mobilisation de la France de l'arrière dans la victoire des armées françaises. Sur ce dernier il fait notamment référence à la répression des propagandes nazies et communistes qui visent l'une comme l'autre à démoraliser le morale de la population civile.

On rappellera que la condamnation de l'Allemagne nazie est absente de la propagande communiste laquelle préfère dénoncer... "la Dictature Daladier" !!! (l'Humanité n° 1 du 26 octobre 1939)

31 : Le gouvernement engage la procédure de déchéance des parlementaires communistes.
Conformément à la loi du 20 janvier 1940, le président du Conseil, Edouard Daladier demande par écrit à la Chambres des députés et au Sénat de constater respectivement la déchéance de 67 députés communistes et celle d'un sénateur communiste.

15 - 31 : Tract "Daladier - Chamberlin - Mussolini - Franco et Pie XII" :
"Ouvriers, ne soyez pas complices de vos pires ennemis qui combattent dans l'Union Soviétique le triomphe du socialisme sur un sixième du globe; par tous les moyens appropriés, en mettant en œuvre toute vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêcher, retarder, rendez inutilisables les fabrications de guerre; contrecarrez ainsi l'action des gouvernants français qui aident les fascistes finlandais, et se préparent, dans le Proche-Orient, à attaquer l'Union Soviétique parce qu'elle est le pays du socialisme."
Dans une lettre du 5 janvier 1940, Jacques Duclos, dirigeant communiste réfugié en Belgique, demande à Benoît Frachon, qui dirige en France l'action du Parti communiste, d'orienter "les ouvriers vers le sabotage des fabrications de guerre destinées à la Finlande" (1) en diffusant le tract joint à sa lettre.

Ce dernier donne son accord à cette initiative dans une lettre datée du 16 janvier 1940 :

"Finlande. D'accord avec propositions, avons fait plusieurs tracts, mais sans poser problèmes précis que vous proposez."

Diffusé dans la seconde quinzaine de janvier 1940, le tract "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII" appelle les ouvriers à saboter les fabrications de guerre et plus précisément celles destinées à la Finlande.

On notera que les résistants finlandais qui se battent pour que leur pays ne soit pas annexé par l'Union soviétique sont qualifiés de "fascistes". Les polonais ont été victimes de la même calomnie ce qui signifiait qu'en envahissant la Pologne, l'Allemagne et l'URSS se s'étaient engagées dans une guerre anti-fasciste !!!

On peut affirmer que ce tract est le premier appel au sabotage du Parti communiste puisqu'il fait référence au discours prononcé par Daladier à la "Chambre des députés" ainsi qu'à son "télégramme à la SDN" et que ces deux éléments sont mentionnés dans le projet de tract décrit dans la lettre de Jacques Duclos du 5 janvier 1940 .

Pour certains auteurs ce texte a été diffusé en février 1940. Pour justifier la thèse que sa diffusion a débuté en janvier 1940 on s'appuiera sur un exemplaire conservé dans les archives de l'IC qui porte les mentions suivantes : "Tract PCF/janvier 1940/(Ronéotypé)".

En appelant à la destruction des matériels de guerre destinés au gouvernement finlandais, le Parti communiste apporte une aide directe à l'agression soviétique de la Finlande.

Dans les faits, les ouvriers communistes commettront leurs actes de sabotage sans se soucier de savoir si les matériels sabotés étaient destinés au gouvernement finlandais ou à l'armée française.

Pour terminer on mentionnera que l'ancien secrétaire de rédaction de l'Humanité, Robert Blache, fondateur du réseau "Métropolitain" dont le démantèlement au début de mars 1940 permettra la saisie de nombreux documents (L'OEuvre du 5 mars 1940), sera poursuivi notamment pour la diffusion du  tract "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII".




FEVRIER 1940



"Vous qui travaillez dans les fabrications de guerre, n'oubliez pas que votre devoir est de faire échec aux plans des interventionnistes antisoviétiques qui envoyent du matériel de guerre aux fascistes finlandaispar tous les moyens appropriés, en mettant en œuvre toute vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêcher, retarder, rendez inutilisables les fabrications de guerre".
Imprimé en Belgique, l'Appel au "Peuple de France" de février 1940 a été rédigé par Jacques Duclos.

Ce texte est un long réquisitoire dressé contre le gouvernement français en raison de son refus de faire la Paix avec l'Allemagne nazie. 

Il présente aussi la particularité d'appeler les ouvriers à saboter les fabrications de guerre et plus précisément celles qui sont destinées au gouvernement finlandais.

On notera que les résistants finlandais qui se battent pour que leur pays ne soit pas annexé par l'Union soviétique sont qualifiés de "fascistes". Les polonais ont été victimes de la même calomnie ce qui signifiait qu'en envahissant la Pologne, l'Allemagne et l'URSS s'étaient engagées dans une guerre anti-fasciste !!!

En appelant à la destruction des matériels de guerre destinés au gouvernement finlandais, le Parti communiste apporte une aide directe à l'agression soviétique de la Finlande.

Dans les faits, les ouvriers communistes commettront leurs actes de sabotage sans se soucier de savoir si les matériels sabotés étaient destinés au gouvernement finlandais ou à l'armée française.

Pour terminer on précisera que le Parti communiste a adopté cette ligne politique - le défaitisme révolutionnaire - en janvier 1940.

- Appel "Aux membres du Parti Communistes Français (SFIC)" :
"Voici cinq mois déjà que les capitalistes ont déclenché la guerre. Les travailleurs peuvent constater, à la lumière des faits que notre Parti Communiste, une fois de plus, leur avait dit la vérité. La guerre est menée pour la défense des intérêts des exploiteurs. [...]
Mais, sous les coups de la répression, le Parti tient ferme et son activité se développe. Ses mots d'ordre de lutte contre la guerre impérialiste, pour la paix, pénètrent dans toutes les couches de la population laborieuse, à l'usine, à la campagne, jusque dans les tranchées. C'est le résultat de l'effort magnifique des militants innombrables, obscurs et modestes, fidèles à la classe et à leur Parti, qui diffusent l'Humanité illégale et répandent à profusion les tracts. C'est le résultat de votre dévouement à tous, camarades du Parti, chers compagnons de lutte, des plus humbles aux plus justement admirés pour leurs actes courageux, Bonte, Fajon, Raymond Guyot, Grenier, Michels, Mercier, Mouton et autres qui continuent et renouvellent la glorieuse tradition de Liebknecht pendant la première guerre impérialiste.
C'est pour essayer, bien en vain, d'enrayer les progrès de la propagande communiste que la réaction exploite la trahison d'une poignée de lâches renégats, passés à l'ennemi capitaliste. C'est pour essayer de jeter le trouble et la méfiance parmi nos militants et nos adhérents que la réaction a découvert ses propres agents, ses mouchards envoyés dans nos rangs, les Gitton, Vassart, Dewez. Par de tels procédés, la réaction croit pouvoir faire hésiter, voire démoraliser d'autres élus, d'autres communistes. Les militants ne seront pas dupes des méthodes policières de chantage, de corruption et de décomposition.
Le Parti est fort. Il applique une ligne claire, nette conforme à l'orientation fondamentale du mouvement ouvrier international. Cette ligne a été fixée, précisée dans la résolution de notre Comité Central, dans l'appel du Comité Exécutif de l'Internationale, dans l'article de son secrétaire générale, Georges Dimitrov, le héros du procès de Leipzig.
Chers camarades, pour le succès de la causes de la classe ouvrière, du socialisme et de la paix, luttez avec toujours plus de confiance et d'ardeur. Soyez, toujours plus fermes, plus disciplinés, plus unis. Qu'à tous, l'unité du Parti soit plus chère que la prunelle de nos yeux. Déjouez les provocations de la police. Ne vous laissez pas imposez par les mensonges et les calomnies. N'accordez pas le moindre crédit aux feuilles de la bourgeoisie et de ses valets socialistes.
Aux vils calomnies de l'ennemi, contre vos dirigeants, ripostez que, bien loin d'abandonner les responsabilités que vous leur avez confiées, ils sont en France, à leur poste de direction. [...]
Luttez pour unir les masses laborieuses de France contre la guerre impérialiste, contre les exploiteurs capitalistes, contre les assassins des meilleurs fils de notre peuple.
Démasquez, flétrissez les lâches, les renégats, les traîtres.
Criez-leur votre mépris et votre dégoût."
En février 1940, le Parti communiste s'adresse directement à ses militants dans un Appel "Aux membres du Parti Communiste Français (SFIC)" signé par Maurice Thorez et Jacques Duclos.

Dans ce tract, il dénonce le caractère impérialiste de la guerre menée contre l'Allemagne nazie, célèbre la fidélité de ses militants et de ses élus et enfin condamne ceux qui l'ont trahi,

La diffusion de ce texte répond à un objectif précis : préserver l'unité du Parti face aux attaques de ses anciens membres qui mettent en cause la légitimité de sa ligne politique et de sa direction.

- "Manifeste du Comité pour l'Indépendance et l'Unité des syndicats" :
"Le Comité pour l'Indépendance et l'unité des syndicats s'affirme pour la lutte contre la guerre impérialiste et pour la paix immédiate.
Il repousse comme une duperie toute tentative d'associer la classe ouvrière à l'effort et au sacrifice pour la guerre des capitalistes.
Il déclare que la paix peut être réalisée en chassant du pouvoir le gouvernement de réaction et de guerre, en rétablissant les libertés et en établissant un pouvoir qui s'appuie sur le peuple (ouvriers, paysans et soldats).
Le Comité dénonce l'Union Sacrée et la collaboration de classe, pratiquées par les chefs traîtres, comme une manœuvre des fauteurs et profiteurs de guerre, tendant à faire retomber tous les frais de la guerre sur le dos des masses laborieuses.
Il lutte pour la libération de tous les travailleurs emprisonnés pour leur action contre la guerre et pour le rétablissement de toutes les libertés démocratiques. [...]
Le Comité, fidèle au but de libération des travailleurs de l'exploitation capitaliste, qui est celui du mouvement syndical, affirme sa fidélité et son attachement à l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, qui, en libérant un sixième du globe des capitalistes exploiteurs, a supprimé l'exploitation de l'homme par l'homme. Il félicite l'URSS, ses dirigeants, STALINE, chef du prolétariat international, pour leur lutte courageuse contre les fauteurs de guerre impérialiste et pour la paix"
(La Vie Ouvrière de février 1940)
Suite à leur exclusion de la CGT en raison de leur soutien au Pacte germano-soviétique, les communistes forment le projet de créer provisoirement une nouvelle centrale syndicale : le "Comité pour l'Indépendance et l'Unité des syndicats". En février 1940, ils publient un manifeste dans lequel ils appellent les travailleurs à former des comités pour l'indépendance et l'unité des syndicats à l'échelle des entreprises, des localités et des départements. Le manifeste présente aussi un "programme d'action" dans lequel le "Comité pour l'Indépendance et l'Unité des syndicats" s'engage notamment à défendre la Paix avec l'Allemagne nazie.


-------------------------------------


5   :  Texte "Syntaxe:
                       SYNTAXE
       Ne dites pas "le citoyen BLUM" 
       mais dites : Le City-oyen BLUM.
       (L'Humanité n° 24 du 5 février 1940)
Dans son numéro du 5 février 1940, l'Humanité accuse Léon Blum d'être un serviteur du capitalisme anglais (la "City") autrement dit de n'être ni français, ni socialiste.

Cette calomnie vise à discréditer le dirigeant socialiste et son soutien à la guerre contre l'Allemagne d'Hitler.

11 : Accord commercial germano-soviétique.
L'Allemagne et l'URSS signent le 11 février 1940 un accord commercial qui concrétise leur engagement du 28 septembre 1939 de développer un "grand programme économique".

Aux termes de cet accord, l'URSS s'engage à fournir à l'Allemagne des matière premières pour un montant de 730 millions de marks sur une période de 18 mois qui seront compensées par des livraisons de biens industriels allemands sur une période de 27 mois.

On rappellera qu'en 1938 les importations allemandes de matières premières soviétiques s'élevaient à... 50 millions de marks.

Par son contenu, l'accord économique germano-soviétique du 11 février 1940 permet à l'Allemagne nazie de s'affranchir du blocus naval imposé par l'Angleterre.

On fera aussi remarquer que c'est avec le pétrole fourni par l'URSS que les chars allemands envahiront la France en mai 1940.

16 : "Léon Blum tel qu'il est' " (article de Maurice Thorez) :
"La classe ouvrière ne manquera pas de clouer au pilori ce monstre moral et politique. Elle ne manquera pas de condamner et de rejeter avec horreur Blum le bourgeois, Blum l'homme de la non-intervention, Blum l'homme de la pause, Blum l'assassin de Clichy, Blum le sbire de la police, Blum l'homme de la guerre. C'est une condition de la lutte victorieuse pour la paix, pour le socialisme."
La revue de l'Internationale communiste Die Welt publie le 16 février 1940 sous le titre "Renégats et politique d'Union Sacrée : Léon Blum tel qu'il est" un texte de Maurice Thorez, secrétaire général du PCF.

Après la "lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum", ce texte est le second pamphlet publié par le PCF contre... Léon Blum dont le soutien à l'Union sacrée contre l'Allemagne nazie est dénoncé comme une trahison des intérêts de la classe ouvrière.

17 : Maurice Thorez est déchu de la nationalité française :
"Est déchu de la nationalité française : Thorez (Maurice), né le 28 avril 1900 à Noyelles-Godault (Pas-de-Calais)".
(Décret du 17 février 1940)
Le 17 février 1940, Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, est déchu de la nationalité française par un décret signé par le président de la République, Albert Lebrun.

Cette décision s'appuie sur le décret-loi du 9 septembre 1939 qui stipule dans son article 1er que pendant la période des hostilités pourra être déchu de la nationalité française "tout Français qui se sera comporté comme le ressortissant d'une puissance étrangère". Dans le cas présent il lui est reproché d'avoir servi les intérêts de l'Union soviétique. Cet engagement s'étant notamment manifesté dans sa désertion d'octobre 1939 pour laquelle il a été condamné le 28 novembre 1939.

Maurice Thorez sera réintégré dans la nationalité française par un décret du 5 octobre 1945 : "Est rapporté le décret du 17 février 1940 portant déchéance de la nationalité française à l'encontre de M. Thorez (Maurice), né le 28 avril 1900 à Noyelles-Godault (Pas-de-Calais)."

19 :  Article "CONTRE LA DICTATURE DALADIER / POUR LA PAIX".
      (L'Humanité n° 27 du 19 février 1940)
En dénonçant la dictature Daladier et en plaidant pour la Paix avec l'Allemagne nazie, l'Humanité du 19 février 1940 illustre parfaitement la ligne du Parti communiste et notamment ces deux mots d'ordre : "L'ennemi est dans notre propre pays" et "Paix immédiate".

20 : - Déchéance de 60 députés communistes.
Le 20 févier 1940, La Chambre des députés adopte une résolution constatant la déchéance de 60 députés communistes sur les 67 qui figuraient dans la demande du gouvernement. La chambre a refusé de déchoir 7 députés communistes au motif qu'ils avaient répudier tout lien avec le PCF dans les conditions prévues par la loi du 20 janvier 1940.

- "vaincre Hitler, c'est assurer la liberté des peuples" (Discours du député ex-communiste Paul Loubradou du 20 février 1940)

29 : Déchéance d'un sénateur communiste.
Dans une résolution en date du 29 février 1940, le Sénat constate la déchéance du sénateur communiste Marcel Cachin. Ayant rompu avec le PCF en décembre 1939, le second sénateur communiste, le maire de Bobigny Jean-Marie Clamamus, conserve son mandat.

Fin fév. :  - Appel "Jeunesse de France à l'action !" :
"Depuis six mois la guerre impérialiste est déchaînée et sème les deuils, la misère et les ruines dans notre pays. [....]
"NON, MILLE FOIS NON ! CETTE GUERRE N'EST PAS LA GUERRE DE LA LIBERTE CONTRE (LE) FASCISME, mais la guerre des riches, la guerre des marchands de canons, la guerre impérialiste des 200 familles pour des buts de rapine : maintien de la domination des banquiers de Londres et de Paris sur leurs esclaves coloniaux, sur les matières premières et débouchés conquis, et pour en conquérir de nouveaux, c'est l'âge d'or des profiteurs, qui accumulent de scandaleux bénéfices de guerre. [...]
C'est la guerre impérialiste qui dresse le bloc impérialiste anglo-français contre l'impérialisme allemand pour un nouveau partage du monde. [...]
La cause profonde de la guerre réside dans le régime capitaliste qui l'engendre, ainsi que le proclamait Jaures en s'écriant :
« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage. » [...]
JEUNES DE FRANCE, à l'appel de la Jeunesse Communiste, unissez-vous !
JEUNES SOLDATS, [....]
JEUNES OUVRIERS, SOLDATS DE DEMAIN, ET JEUNES OUVRIERES [...]
JEUNES CHOMEURS ET JEUNES CHOMEUSES, [...]
JEUNES EMPLOYES ET EMPLOYEES [...]
JEUNES PAYSANS, SOLDATS DE DEMAIN, ET JEUNES PAYSANNES [...]
ETUDIANTS, ETUDIANTES, LYCEENS, LYCEENNES ET JEUNES INTELLECTUELS, [...]
JEUNES FILLES DE FRANCE,
SPORTIFS, AJISTES, JEUNES DES ORGANISATIONS CULTURELLES, [...]
JEUNES SOCIALISTES [...]
Jeunesse de France éprise de liberté et de paix, avec les aînés, derrière le Parti et la Jeunesse Communistes, qui eux ne t'ont pas trahie, tu peux encore arrêter cette guerre, sauver ta vie, ton pain et tes libertés. [...]
De même que les travailleurs d'Allemagne luttent et lutteront contre la guerre, en se dressant contre leurs bourreaux, de même les travailleurs de France, comme ceux d'Angleterre, luttent et lutteront sous le drapeau de l'internationalisme prolétarien et de la fraternité des peuples pour imposer la PAIX IMMEDIATE.
A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE !
A BAS LE GOUVERNEMENT DE REACTION ET DE GUERRE DE DALADIER !
BAS LES PATTES DEVANT L'UNION SOVIETIQUE
VIVE L'UNION DU PEUPLE DE FRANCE ET DE LA JEUNESSE GENEREUSE pour imposer la paix !
Vive l'Internationale Communiste et son Parti Français !
Vive l'Union Soviétique de LENINE et de STALINE, espoir des travailleurs du monde et pays de la jeunesse heureuse !
Vive la France pacifique et heureuse, dans une Europe libérée de l'esclavage capitaliste et où pourra, enfin, régner la grande fraternité des peuples !"
Sur les instructions du PCF, la Fédération des Jeunesses communistes de France publie à la fin de février 1940 un appel à la jeunesse de France intitulé "Jeunesse de France, à l'action !".

Dans ce texte, les Jeunesses communistes dénoncent le caractère "impérialiste" de la guerre menée contre l'Allemagne nazie en soulignant que la cause du conflit n'est pas le nazisme mais "le capitalisme". Sur la base de ses analyses elles appellent toutes les jeunesses de France à se mobiliser pour "la PAIX IMMEDIATE" (libération nationale) et la fin de "l'esclavage capitaliste" (libération sociale). Réalisé, ce projet communiste fera alors "régner la grande fraternité des peuples" autrement dit permettra enfin d'établir des rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand.

Un rapport de février 1940 portant sur l'activité des Jeunesses communistes indique que l'édition ronéotée de ce tract a été décentralisée et que l'édition imprimée à été confiée au Parti communiste :

"1° Le manifeste. Bon contenu à mon avis - projet a été transmis. Texte a été transmis aux régions pour édition par leurs propres moyens. Mais nous avons proposé au parti une édition imprimée pour une large diffusion. Pense qu'un tel document le mériterait."

La lettre de Benoît Frachon du 21 février 1940 permet de préciser que le tract des Jeunesses communistes a été imprimé à Bruxelles où se trouvait une direction communiste dirigée par Jacques Duclos :

"Les Jeunesses [Les jeunesses communistes] : Je vous transmet le manifeste élaboré pour les jeunesses [les jeunesses de France]. Dans l'ensemble il est assez bien fait sauf en ce qui concerne les revendications, c'est un peu faible. Nous vous demandons s'il vous est possible de le faire imprimer et de nous transmettre après les clichés."

L'Appel "Jeunesse de France, à l'action !" est le tract le plus important diffusé par les Jeunesses communistes au cours de la guerre franco-allemande de 1939-1940.

Concernant la période de l'occupation allemande, le tract le plus important diffusé par les Jeunesses communistes entre  juin 1940 (armistice franco-allemand) et juin 1941 (invasion de l'URSS par les armées allemandes) sera un Appel de juillet 1940 intitulé "Jeunesse de France". Dans ce tract les jeunes seront appelés à se mobiliser pour la constitution d'un gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste.

- Tract "Pas un homme, Pas un sou, Pas une arme, pour les Fascistes Finlandais" (1) :
"Ouvriers qui travaillez dans les usines de guerre, mettez tout en œuvre pour empêcher l'envoi de matériel de guerre en Finlande et pour rendre ce matériel inutilisable".
Signé "Le Parti communiste français (SFIC)", le tract "Pas un homme, Pas un sou, Pas une arme, pour les Fascistes Finlandais" appelle les ouvriers à saboter les fabrications de guerre.

On notera que les résistants finlandais qui se battent pour que leur pays ne soit pas annexé par l'Union soviétique sont qualifiés de "fascistes". Les polonais ont été victimes de la même calomnie ce qui signifiait qu'en envahissant la Pologne, l'Allemagne et l'URSS s'étaient engagées dans une guerre anti-fasciste !!!

La mention de la déclaration de Mannerheim du "17 février dernier" permet de dater ce tract ronéotypé de la fin de février 1940.

(1) Exemplaire conservé dans les archives de l'IC.



MARS 1940



5   : Ordre de Staline d'exécuter 25 700 officiers et civils polonais (Massacre de Katyn).
Le 5 mars 1940, Lavrenti Béria, Commissaire du peuple aux Affaires intérieures, soumet à Staline la proposition d'appliquer "le châtiment suprême : la peine de mort par fusillade" à 25 700 officiers et civils polonais détenus dans trois camps de prisonniers de guerre du NKVD (14 700) ainsi que dans plusieurs prisons situées dans la partie occidentale de l'Ukraine et de la Biélorussie (11 000).

Les 14 700 prisonniers de guerres sont essentiellement des officiers (8 400) ainsi que des policiers, des gendarmes, des gardiens de prison et des gardes-frontières (6 200) qui ont été internés dans trois camps spéciaux créés par le NKVD en novembre 1939 : Kozielsk, Starobielsk, Ostachkov.

Quant au 11 000 polonais détenus dans plusieurs prisons situées dans la partie occidentale de l'Ukraine et de la Biélorussie autrement dit dans la partie de la Pologne annexée par l'URSS, il s'agit essentiellement de personnes appartenant à des réseaux de résistance, d'anciens officiers qui n'avait pas été mobilisés en 1939, d'anciens membres de la police ou de la gendarmerie, et enfin de personnes arrêtées soit parce qu'elles ont fui les territoires polonais contrôlés par les allemands, soit parce qu'elles ont tenté de fuir vers la Lituanie, la Hongrie ou la Roumanie pour échapper à l'occupation soviétique.

Béria précise dans sa lettre que cette mesure est nécessaire "étant donné que tous ces individus sont des ennemis acharnés et irréductibles du pouvoir soviétique."

Le Chef du NKVD indique aussi que ces condamnations à mort seront prononcées par un tribunal spécial qui aura au préalable examiné les dossiers individuels "sans comparution des détenus et sans acte d'accusation".

Le projet de Béria est approuvé par six membres du Politburo du Parti communiste de l'Union soviétique : Joseph Staline, Kliment Vorochilov, Viatcheslav Molotov, Anastase Mikoyan, Mikhaïl Kalinine et Lazare Kaganovitch. Les quatre premiers ont apposés leur signature sur le document, celle de Staline est précédée de la mention "Pour". Pour les deux derniers il n'y a pas de signature, leur nom est simplement précédé de la mention "Pour".

Le jour même le Politburo adopte une résolution dans laquelle il donne instruction au NKVD de procéder à l'étude de ces 25 700 cas en vue de leur appliquer "le châtiment suprême : la peine de mort par fusillade".

Ainsi, entre avril et mai 1940, 14 587 (1) prisonniers de guerre polonais sont exécutés par le NKVD avec comme mode opératoire une balle dans la nuque  :
- 4 404 prisonniers du camp de Kozielsk sont abattus dans la forêt de Katyn.
- 3 896 prisonniers du camp Starobielsk sont tués dans la prison du NKVD à Kharkov.
- 6 287 prisonniers du camp d'Ostachkov sont assassinés dans les locaux du NKVD à Kalinine.

En outre, 7 300 détenus polonais subissent le même sort : 3 400 en Ukraine et 3 900 en Biélorussie. (2)

Ce sont donc près de 22 000 polonais qui ont été assassinés dans la cadre de la décision du 5 mars 1940. Symbolisés par le massacre de Katyn, ces crimes de masses seront pendant de nombreuses décennies niés par l'Union soviétique qui en attribuera la responsabilité au régime nazi.

Ajoutons que la répression soviétique a aussi frappé les familles de ces prisonniers. En effet, dans une résolution adoptée le 3 mars 1940, le Politburo a demandé au NKVD de procéder avant le 15 avril 1940 à la déportation vers le Kazakhstan des familles des prisonniers de guerre polonais soit 22 000 à 25 000 familles. Sur la base de cette résolution 60 000 personnes ont ainsi été déportés. (3)

La rafle du 13 avril 1940 est l'une des quatre déportations de masses organisées entre février 1940 et juin 1941 par le pouvoir soviétique dans les territoires polonais annexés. Au total ce sont près de 330 000 personnes qui ont été déportées : 110 000 (140 000 dont 80% de polonais) en février 1940, 60 000 en avril 1940, 80 000 en juin 1940 et enfin  86 000 en mai-juin 1941. (4)

Pour terminer, on citera un extrait du poème "Front rouge", écrit par Louis Aragon en 1931 après un séjour en Union soviétique, dans lequel le poète du Parti communiste célèbre la répression stalinienne :

"L'éclat des fusillades ajoute au paysage 
une gaîté jusqu'alors inconnu
Ce sont des ingénieurs, des médecins qu'on exécute 
Mort à ceux qui mettent en danger les conquêtes d'Octobre
Mort aux saboteurs du Plan Quinquennal"

(1) Stephane Courtois, Le livre noir du communisme, 1997 p. 430.
(2) Decision to commence investigation into Katyn Massacre
(3) Decision to commence investigation into Katyn Massacre.
(4) Stephane Courtois, op. cit. pp. 431-433.

12 : Traité de paix soviéto-finlandais (Traité de Moscou).

"Ainsi, depuis l'entrée en guerre, l'ordre public n'a pas été troublé par la violence communiste, quelque désir et quelque dessein qu'elle en ait eu. Voilà le fait. [...]
Ces résultats de paix intérieure, deux causes les ont produits. Tout d'abord l'admirable santé morale de ce pays qui a résisté à l'intoxication communiste, comme d'ailleurs aux campagnes de panique que certains feuilles lui prodiguent trop souvent.
Ensuite c'est l'action gouvernementale [...].
Oui, c'est l'action du gouvernement, c'est l'effort méthodique et coordonné, sans répit, quotidien d'une répression sur laquelle je puis à présent m'expliquer avec d'autant plus de précision, que j'y ai pris la part d'initiative et de responsabilité la plus directe qui me désignait naturellement, monsieur Reibel, à être interpellé par vous. [...]
C'est ici, messieurs, qu'ayant abrégé mon exposé de tous les longs développements qu'ils pouvaient comporter, je demande votre attention toute particulière pour vous dire le résultat des mesures prises par le Gouvernement, pour vous donner ce que j'appellerai volontiers de cette expression triviale : le tableau de chasse du Gouvernement. [...]

[Bilan de la répression des activités communistes]
Voilà, messieurs, les indications que j'ai à vous fournir et que je résume dans le tableau synthétique que voici :
Perquisitions : 11 000, dont 4 000 dans la Seine; arrestations : 3 400, dont 1 460 dans la Seine, avec 1 500 condamnations déjà prononcées; application du décret du 18 novembre 1939 : 555 arrestations; épuration chez les fonctionnaires à ce jour : environ 700 et d'autres vont suivre; radiations d'affectations spéciales effectuées à la demande des préfets : 3 500, dont 200 concernant des fonctionnaires. En tout, plus de 8 000 mesures individuelles, qui ont eu pour effet de retirer du milieu où ils avaient une action nocive ceux qui en ont été l'objet.
Vous pouvez juger si l'action du gouvernement a manqué d'énergie et d'efficacité. (Très bien ! Très bien !). [...]
Nous avons détruit la structure essentielle du communisme. Nous n'avons pas la prétention d'avoir achevé de mettre hors de combat tous les individus qu'il a endoctrinés. Il reste vrai que s'il a été amputé de toutes les formations régulières, si l'on peut dire, de son armée, il a substitué au combat ouvert qu'il livrait aux intérêts de la patrie une guérilla, une bataille en ordre dispersé, s'exerçant par une action clandestine dont l'arme principale est le tract et l'arme accessoire l'action verbale des propos défaitistes. Mais sur ce terrain encore, quelque difficile et laborieux que soit l'effort, le Gouvernement ne relâche pas la vigilance et la rigueur de son action et j'ai le droit de dire qu'il l'a fait avec efficacité. [...]

[Tracts communistes]
On ne trouve plus à présent de fabrication française — j'expliquerai ce mot — de tracts à la machine à écrire et, de ce côté encore, j'ai agi. Alors qu'au début, en septembre et en octobre, on voyait circuler toute une floraison de tracts, il se passe maintenant des semaine entières sans qu'on signale l'apparition d'un tract nouveau. Le ministère de l'intérieur n'en continue pas moins tous les jours à procéder à des arrestations, à des saisies dont il n'est pas toujours opportun de dévoiler le résultat pour ne pas brûler les pistes.
Si, d'autre part, la statistique de ces répressions ne s'enfle pas avec la rapidité que certains voudraient, c'est parce qu'un souci de justice nous commande de vérifier avec soin certaines accusations. Une des manœuvres communistes actuellement employée consiste, en effet, à faire dénoncer comme tels des hommes qui ne l'on jamais été et dont l'arrestation injuste serait de nature à provoquer dans le monde ouvrier les mécontentements irrités que souhaitent les auteurs de la manœuvre. (Applaudissements.)
Pour en finir, messieurs, avec ce chapitre des tracts, j'indiquerai d'un mot que la chasse que nous avons faite a été d'une  telle efficacité que c'est maintenant à l'étranger que le communisme a transporté leur confection. C'est la seconde raison pour laquelle il ne faut pas s'étonner qu'il en apparaisse encore de temps en temps. [...]

[Propagande hitléro-communiste]
Je crois, messieurs, qu'il est temps conclure. Je voudrais le faire en rassemblant, dans mon dernier propos, la pensée et la doctrine du Gouvernement dans sa lutte contre la propagande ennemie. 
D'abord, je répète que cette propagande est une : il n'y a pas deux propagandes séparées : la propagande communiste et l'hitlérienne. Elles ne font qu'une : la propagande ennemie.
J'ai eu l'occasion de m'en expliquer devant votre commission de législation civile et criminelle. Le chef de cette propagande est le chancelier Hitler, dont le bolchévik est le lieutenant.
S'il était besoin de faire la preuve de cette affirmation, il suffirait d'indiquer, avec le fait que ce sont des avions allemands qui éparpillent les tracts communistes (1), cet autre fait que les postes radio de la propagande communiste : « La voix de la paix », « Radio-Humanité » (2) qui sont exactement repérés, lancent leurs émissions du territoire allemand. [...]
La répression, si indispensable soit-elle, n'est que l'élément négatif d'un vaste problème dont la partie positive, la plus difficile peut-être mais la plus sûrement efficace commande le concours, la bonne volonté, la bonne foi de tous pour pallier, dans toute la mesure du possible, les difficultés, les privations, les infortunes, les misères, les abus, les iniquités mêmes qui sont, dans la vie des particuliers comme dans la vie collective, la conséquence directe de l'état de guerre. (Très bien ! très bien !)
Car c'est tout cela qu'exploite, surtout en ce moment, la propagande ennemie et que vont essayer d'exploiter plus amplement demain les essais de recrudescence des menées hitléro-communistes.
Messieurs, je n'ai pas l'habitude, de met un bandeau sur mes yeux, non plus d'ailleurs que de permettre à aucun péril de déconcerter le calme solide de ma pensée. Je ne me dissimule donc pas, même si je me refuse de m'en effrayer, la valeur de l'aliment nouveau que l'effervescence de la politique extérieure apporte à la propagande communiste et défaitiste. Je sais le parti qu'essayeront d'en tirer les stipendiés du bolchevisme et les capitulards de la paix blanche. Je m'attends, vous vous attendez aussi, à un regain de leurs manœuvres, de leurs chuchotements félons. Les dispositions sont prises pour faire face à ces tentatives nouvelles et pour traquer les trahisons qui voudraient redresser la tête.
Nous ne les craignons pas, nous ne redoutons pas leurs assauts, d'abord parce que, pour les mater, nous avons et la force et le droit dont ils n'ignorent pas que nous nous servir. Ensuite, je devrais dire et surtout parce que le moral intact de l'immense masse de ce pays a montré qu'il était capable de résister aux désagrégation que l'on a tentées.
(Journal officiel - Sénat n° 27 du 20 mars 1940)
A la suite de l'interpellation du sénateur Reibel dénonçant à la séance du 19 mars 1940 l'insuffisance des mesures prises contre les menées  hitléro-communistes, le ministre de l'intérieur, le radical-socialiste Albert Sarraut, prend la parole pour dresser le bilan de la répression des activités communistes. Sont présents dans ce bilan les éléments suivants :

1) la déchéance des élus communistes.
Albert Sarraut indique que 2 718 élus communistes ont été déchus de leur mandat en application de la loi du 20 janvier 1940 et rappelle deux autres mesures prises précédemment contre les élus communistes :
- la suspension des municipalités communistes dont la gestion fut confiée à des délégations spéciales désignées par les pouvoirs publics (décret-loi du 26 septembre 1939 relatif à la tutelle administrative des municipalités).
- la clôture de la session de la Chambre de députés (décret du 4 octobre 1939) qui a permis à la justice militaire de lancer des mandats d'arrêt contre les députés communistes qui ne bénéficiaient plus de l'immunité parlementaire. Rappelons que des poursuites ont été engagées contre les députés communistes à la suite de la lettre pacifiste qu'ils ont adressée le 1er octobre 1939 au Président de la Chambre Edouard Herriot.

2) la suspension de la presse communiste.
Albert Sarraut indique qu'il n'y a plus de presse communiste en rappelant notamment qu'il a suspendu la diffusion de l'Humanité et de Ce Soir en signant le 26 août 1939 un arrêté ministériel sur la base du décret-loi du 24 août 1939 autorisant la saisie et la suspension des publications de nature à nuire à la défense nationale. Suspendue, la presse communiste a en outre été interdite par le décret-loi du 26 septembre 1939 (article 3) prononçant la dissolution des organisations communistes.

3) la dissolution des organisations communistes.
Albert Sarraut fait état de la dissolution de 1 295 organisations communistes dont 675 groupement politiques et 620 syndicats. Fondée sur le décret-loi du 26 septembre 1939  (article 1) prononçant la dissolution du PCF, cette lutte contre les organisations communistes a en outre conduit à 11 000 perquisitions, 3 500 arrestations avec 1 500 condamnations.

3) les sanctions prises contre les fonctionnaires communistes.
La lutte contre les activités communistes au sein des administrations d'Etat (700 mesures) ou locales s'est appuyée sur le décret-loi du 18  novembre 1939 suspendant certaines des garanties accordées aux agents publics dans le cadre d'une procédure disciplinaire.

4) la radiation des affectés spéciaux communistes autrement dit le renvoi au front des ouvriers communistes dont la présence dans les usines de guerre constituaient un danger qui allait du ralentissement de la production au sabotage.

5) l'internement administratif de 555 militants communistes ainsi que de plusieurs centaines d'étrangers communistes fondé sur le décret-loi du 18 novembre 1939 relatif aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale.

(1) Au début du mois de novembre 1939 un avion allemand a largué au dessus de la région parisienne des tracts dans lesquels on pouvaient lire de larges extraits du discours prononcé par Viatcheslav Molotov le 31 octobre 1939 devant le Soviet suprême de l'URSS.
(2) Radio Humanité et La voix de la Paix sont en fait deux "Radios noires" allemandes créées à l'initiative de Gobbels. La première se fait passer pour la radio clandestine du Parti communiste français, la seconde pour une radio pacifiste française.

20 : Début du procès des députés communistes.
Du 20 mars au 3 avril 1940 se tient devant le 3e tribunal militaire de Paris le procès de 44 députés communistes membres du groupe ouvrier et paysan français (GOPF) qui s'est formé le 28 septembre 1939 en remplacement du groupe communiste.

Il sont poursuivis pour deux infractions au décret-loi de dissolution des organisations communistes du 26 septembre 1939.

Pour la justice militaire la formation du GOPF est une violation de l'article 1 de  ce décret-loi qui proscrit toute activité ayant pour objet de propager les mots d'ordre de la IIIe Internationale

En outre, la diffusion d'une lettre datée du 1er octobre 1939 dans laquelle les députés communistes demandaient au président Herriot d'organiser à la Chambre une délibération sur la Paix constitue une infraction à l'article 3 du même décret qui interdit la publication, la circulation et la distribution des écrits tendant à propager les mots d'ordre de la IIIe Internationale.

Les peines encourues sont d'un an à cinq ans de prison et une amende de 100 à 5 000 francs.

21 : Formation du Gouvernement Reynaud.
Ministre des Finances, Paul Reynaud est nommé président du Conseil le 21 mars 1940 (1) à la suite de la démission la veille du Gouvernement dirigé par Edouard Daladier.

Il constitue un gouvernement qui se caractérise par l'entrés des socialistes avec la nomination notamment de Albert Sérol. au  ministère de la Justice au socialiste .

L'ensemble des forces politiques présentes au Parlement sont représentées dans ce gouvernement qui se veut d'union nationale à l'exception de la Fédération Républicaine qui a refusé les propositions que Paul Reynaud a soumises à Louis Marin.

Remanié le 10 mai (entrée de Louis Marin) puis le 18 mai (entrée du Maréchal Pétain), le Gouvernement Reynaud démissionnera le 16 juin 1940.

(1) Journal officiel du 22 mars 1940

28 : Déclaration franco-britannique
Le 6ème Conseil suprême interallié qui se tient le 28 mars 1940 à Londres adopte une Déclaration franco-britannique aux termes de laquelle les gouvernements français et britannique s'engagent à ne pas négocier d'armistice ou de paix séparés avec l'Allemagne.

29 : Discours de Molotov  prononcé à la 6e session du Soviet suprême de l'URSS :
"Les récents événements de la vie internationale doivent être examinés tout d'abord à la lumière de la guerre qui a éclaté en automne dernier en Europe centrale. Jusqu'à présent, le bloc anglo-français et l'Allemagne n'ont pas connu de grande bataille. L'action s'est bornée à des batailles isolées principalement sur mer et dans l'air. On sait que la volonté de paix exprimée par l'Allemagne à la fin de l'an dernier fut rejetée par les gouvernements de l'Angleterre et de la France, ce qui a eu pour résultat d'intensifier des deux côtés les préparatifs en vue d'élargir les hostilités.
L'Allemagne qui a réuni ces temps derniers jusqu'à 80 millions d'Allemands et qui a ployé sous sa domination certains Etats voisins, s'est de beaucoup renforcée du point de vue militaire; elle est devenue, visiblement, un concurrent dangereux pour les principales puissances impérialistes de l'Europe : l'Angleterre et la France.
C'est pourquoi sous prétexte de remplir leurs obligations envers la Pologne, ces deux pays ont déclaré la guerre à l'Allemagne. Aujourd'hui il apparaît de toute évidence combien les buts réels des gouvernements de ces puissances sont éloignés des intérêts de la défense de la Pologne disloquée ou de la Tchécoslovaquie; témoin, le fait que les gouvernements d'Angleterre et de France ont proclamé que dans cette guerre leur but était d'écraser et de démembrer l'Allemagne, encore que ces desseins continuent d'être dissimulés aux yeux des masses populaires et voilés sous les mots d'ordre de défense des pays « démocratiques » et des « droits » des petits peuples.
L'U.R.S.S. ayant refusé de se faire l'auxiliaire de l'Angleterre et de la France dans l'application de cette politique impérialiste contre l'Allemagne, leur attitude d'hostilité s'est encore accentuée envers l'U.R.S.S., témoignant avec évidence combien profondes sont les racines de classes de la politique hostile des impérialistes à l'égard de l'Etat Socialiste. [...]

[Relations germano-soviétiques]
Le brusque tournant vers de meilleures dispositions survenu dans les rapports entre l'U.R.S.S. et l'Allemagne a trouvé son expression dans le pacte de non-agression signé au mois d'août dernier. Ces nouvelles et bonnes relations soviéto-allemandes se sont pratiquement vérifiées lors des événements qui se sont déroulés dans l'ancienne Pologne, elles ont montré suffisamment leur solidité. Le développement des relations économiques, envisagées, déjà dès l'automne dernier, a trouvé son expression concrète dans la convention commerciale d'août 1939, puis dans celle de février 1940. Les échanges commerciaux entre l'Allemagne et l'U.R.S.S. se sont accrus sur la base de la réciprocité des avantages économiques et tout porte à croire qu'ils se développeront ultérieurement.

[Relations entre l'URSS et les puissances française et anglaise]
[...] La question évidemment est que la politique de neutralité pratiquée par l'U.R.S.S. n'est pas du goût des milieux dirigeants anglo-français. Au surplus ils ont apparemment les nerfs un peu malades. (Rires.) Ils voudraient nous imposer une autre politique, politique d'hostilité et de guerre contre l'Allemagne, politique qui leur permettrait d'utiliser l'U.R.S.S. à des fins impérialistes. Ces Messieurs devraient enfin comprendre que l'U.R.S.S. n'a été et ne sera jamais l'instrument d'une politique étrangère, que l'U.R.S.S. a toujours appliqué et continuera d'appliquer une politique à elle sans s'inquiéter de savoir si cela plait ou non à ces Messieurs des autres pays. (Applaudissements frénétiques et prolongés.)"
Dans son discours du 29 mars 1940, le Chef du gouvernement soviétique, Viatcheslav Molotov, rappelle la position de l'URSS sur la guerre qui oppose l'Allemagne aux "principales puissances impérialistes de l'Europe : l'Angleterre et la France". D'abord, l'URSS considère que les gouvernements français et anglais sont responsables de la guerre au motif qu'ils ont refusé les propositions de Paix allemandes formulées par le Chancelier Hitler dans son discours du 6 octobre 1939. Ensuite, l'Etat soviétique estime que la France et l'Angleterre capitalistes ne se sont pas engagées dans cette guerre pour respecter leurs engagement vis-à-vis de la Pologne ou pour détruire l'idéologie nazie au nom de la démocratie mais pour des motifs impérialistes visant à préserver leur hégémonie mondiale des prétentions allemandes. Ces deux points ont été développés dans le discours prononcé par Molotov le 31 octobre 1939 à la 5e session du Soviet suprême au terme de la Campagne de Pologne.

Molotov se félicite aussi des bonnes relations germano-soviétiques tant sur le plan politique avec le respect des engagement pris au moment du partage de la Pologne que sur le plan économique avec le développement des échanges commerciaux.

Enfin, il réaffirme face aux prétentions franco-anglaises que l'URSS n'a nullement l'intention de mener une "politique d'hostilité et de guerre contre l'Allemagne".

On mentionnera pour terminer qu'une grande partie de l'intervention de Molotov est consacrée à la guerre de Finlande qui s'est achevée le 12 mars 1940 avec la signature d'un Traité de Paix.



AVRIL 1940



3  : - Fin du procès des députés communistes .
Le 3 avril 1940, dernier jour de leur procès, 30 des 35 députés communistes présents à l'audience réaffirment leur soutien à la Paix avec l'Allemagne nazie sous la forme d'une Déclaration que François Billoux prononce au nom de ses co-accusés et dans laquelle il affirme notamment :

"Nous sommes poursuivis parce que nous nous sommes dressés et que nous dressons avec la dernière énergie contre la guerre impérialiste qui sévit sur notre pays, parce que nous appelons le peuple à exiger qu'il y soit mis fin par la paix, parce que nous indiquons au peuple de France le moyen de rendre notre pays libre et heureux. [...]
Communistes français. Avec Maurice Thorez, André Marty, Jacques Duclos, et tous nos amis co-inculpés, nous travaillons à la libération de notre pays.
Nous voulons le débarrasser de la guerre.
Nous appelons le peuple à imposer la paix."

Dans son jugement rendu dans la soirée, le tribunal estime que la formation du groupe ouvrier et paysan français et la diffusion de la lettre au président Herriot sont des infractions au décret-loi du 26 septembre 1939 prononçant la dissolution du PCF.

En conséquence, il condamne 36 députés communistes à 5 ans de prison ferme et 8 à 4 ans de prison avec sursis.

Ainsi, Maurice Thorez, secrétaire général et député de la Seine, est condamné par contumace à 5 ans de prison, 4 000 francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille

Toutes ces condamnations seront amnistiées par l'ordonnance du 1er juillet 1943 signée par le Général de Gaulle : "Sont amnistiés : 1° - toutes les infractions prévues par le décret-loi du 26 septembre 1939".

- "Vainqueurs, nous serons les domestiques de Chamberlain" (Procès des députés communistes de mars-avril 1940).

7  : Ribbentrop transmet les instructions suivantes à Schulenburg, ambassadeur allemand à Moscou :
"Recevez ci-joint deux exemplaires d'un mémorandum qui sera présenté par nos envoyés à Oslo et Copenhague le 9 Avril, à 5 h 20 du matin, heure d'été allemande, aux gouvernements concernés. [...]
Le 9 avril, à 7 h du matin, heure d'été allemande, vous solliciterez une entrevue avec M. Molotov en vue de lui remettre au cours de la matinée une copie du mémorandum.
Vous voudrez bien de vive voix souligner que nous avons eu des rapports absolument fiables concernant un débarquement imminent des forces militaires anglo-françaises sur les côtes norvégiennes et danoises et que nous avons donc dû agir sans délai. Comme il est indiqué dans le mémorandum, il s'agit d'une mesure de sécurité. Les territoires suédois et finlandais ne seront en aucun cas affectés par notre action.
Le Gouvernement du Reich estime que nos actions sont également dans l'intérêt de l'Union soviétique, car l'exécution du plan anglo-français, dont nous connaissons le contenu, aurait eu pour conséquence de transformer la Scandinavie en théâtre de guerre, et cela, selon toute probabilité, aurait conduit à la réouverture de la question finlandaise.
Je vous remercie de rendre compte immédiatement par télégramme de l'accueil réservé à votre communication."
(Instructions du 7 avril 1940)
Suivant les instructions de Ribentropp, l'ambassadeur allemand à Moscou informera le 9 avril Viatcheslav Molotov, chef du gouvernement soviétique et ministres des Affaires étrangères, de l'attaque allemande lancée le jour même contre la Norvège et le Danemark.

Point essentiel des explications à donner aux soviétiques : la Finlande, qui appartient à la zone d'intérêt soviétique aux termes du Pacte germano-soviétique, ne sera pas concernée par l'opération allemande qui aura même pour conséquence de préserver son territoire de toute ingérence des impérialistes franco-anglais.

9  : - L'Allemagne envahit le Danemark et la Norvège.
L'objectif de l'Allemagne est de sécuriser ses approvisionnements en fer suédois transitant par le port norvégien de Narvik. Cette intervention fait suite aux opérations menées la veille par les marines française et anglaise qui ont posé des champs de mines dans les eaux territoriales norvégiennes et qui ont donc violé la neutralité de la Norvège dans le but de couper cette voie d'approvisionnement vitale pour l'industrie d'armement allemande.

- Télégramme n° 653 de Schulenburg suite aux instructions du 7 avril :
"Instruction concernant Molotov exécutée aujourd'hui à 10h30, heure européenne. Molotov a déclaré que le gouvernement soviétique comprenait les mesures que l'Allemagne avait été contraintes de prendre. Les Anglais étaient certainement allés beaucoup trop loin, ils avaient totalement ignorés les droits des nations neutres. En conclusion, Molotov a littéralement dit : « Nous souhaitons à l'Allemagne un complet succès dans ses mesures de défense »."

- Décret du 9 avril 1940 (dit décret Sérol) qui assimile à la trahison "l'entreprise de démoralisation de l'armée ou de la nation ayant pour objet de nuire à la défense nationale".

10 : - Article "Il faut arrêter le massacre !" :
"A l'heure présente, des milliers d'hommes se font tuer sur les forteresses flottantes le long des rives de Scandinavie.
C'est pour la domination des mines de fer de Suède qu'ils donnent leur vie !
Le vœu le plus cher des impérialistes de Paris et de Londres est exaucé; enfin, d'autres pays sont entrainés dans la guerre. [...]
Aujourd'hui les brigands impérialistes se sont engagés dans une lutte où ils sont prêts à sacrifier autant qu'il faudra la jeunesse de leurs pays. [...]
IL FAUT ARRETER LE MASSACRE ! Il sera arrêté lorsque le gouvernement des 200 familles sera chassé du pouvoir et remplacé par un gouvernement des ouvriers et des paysans ! [...]
L'ENNEMI EST DANS NOTRE PROPRE PAYS !"
(L'Humanité n° 38 du 10 avril 1940).
Suite à l'ouverture d'un nouveau front en Scandinavie, l'Humanité réagit immédiatement en publiant dans son numéro du 10 avril 1940 un article intitulé "Il faut arrêter le massacre !".

Dans ce texte, l'organe central du PCF réaffirme sa position pacifiste ("il faut arrêter le massacre") en dénonçant le caractère impérialiste de la guerre ("domination des mines de fer de Suède"), en accusant la France et l'Angleterre d'être les responsables de l'extension territorial du conflit ("vœu le plus cher des impérialistes de Paris et de Londres"), et enfin en plaidant pour le renversement du gouvernement de la République ("l'ennemi est dans notre pays !") qui refuse de faire la Paix avec Hitler.

- Article "Le décret scélérat" :
"[....] Quand il s'agit de noyer dans le sang la résistance populaire contre la guerre impérialiste, les chefs socialistes feront aussi bien, et mieux, que la Cagoule ! Mardi, le ministre "socialiste" de la justice, Sérol, a soumis son décret-loi à la signature du Président de la République ! [...]
Vous avez beau prendre des décret copiés sur ceux d'Hitler, vos jours sont comptés messieurs les ennemis du peuple ! [...]
A BAS LE DECRET SCELERAT !
A BAS LE GOUVERNEMENT SOCIAL-FASCISTE !
A BAS LA GUERRE !"
(L'Humanité n° 38 du 10 avril 1940).
Dans son numéro du 10 avril 1940, l'Humanité condamne avec virulence le décret signé la veille par le ministre socialiste de la justice, Albert Sérol, qui assimile à la trahison passible de la peine de mort "l'entreprise de démoralisation de l'armée ou de la nation ayant pour objet de nuire à la défense nationale".

Pour l'Humanité le "Gouvernement social-fasciste" veut réprimer "dans le sang la résistance populaire contre la guerre impérialiste".

12 : Départ de Brest à destination de la Norvège des premiers éléments  du  Corps  expéditionnaire
français en Scandinavie (CEFS) qui est composé pour partie d'unités de l'ancienne armée polonaise.
 
25 : Article "Les "Pitt et Cobourg" de 1940" de Maurice Thorez :

LES "PITT ET COBOURG" DE 1940

[...] Ecoutez-les, ces représentants des 200 familles ! Ils défendent la France. Leur guerre, la guerre des capitalistes, c'est la guerre du droit, de la justice, de la civilisation, de l'indépendance.
Rien de neuf dans ces mensonges usés de 1914 à 1918. Mais leur cynisme ne connait aucune borne. Tandis qu'ils s'enrichissent du sang et de la misère du peuple de France, ils se présentent comme les défenseurs de la Patrie.
Tout ce qui ne s'incline pas devant leur malfaisance, leurs vols et leurs crimes, est jugé ennemi de la Patrie, traitre, agent de l'étranger.
Quels sont-ils ces vertueux personnages ? Comment conçoivent-ils l'indépendance de la France ? Tout simplement à la façon de leurs ancêtres, les aristocrates de 1792. 
"Pitt et Cobourg" tel était le qualificatif que le peuple de France décernait aux contre-révolutionnaires qui complotaient avec les ennemis de la France et de la Révolution, avec l'Autriche, le roi de Prusse et l'Angleterre.
Les "Pitt et Cobourg" de 1940 ne sont pas émigrés, ils ne sont pas en prison, ils dirigent momentanément, et pour son malheur, les destinées de la France. [...]
Quant à ceux qui exécutent les ordres de impérialistes de Londres, ils sont également légion. Notre Président du Conseil se distingue parmi ceux-là. Ce qu'on dit de l'alliance franco-anglaise est particulièrement insultant pour notre pays : "La France est un dominion de l'Angleterre". Le malheur est que c'est vrai et que les responsables se présentent encore comme les défenseurs de l'indépendance de la France. [...]
Peuple de France, il faut nous débarrasser des "Pitt et Cobourg" de 1940. Notre pays mérite un autre sort que celui d'être cité comme l'exemple de la réaction et comme dominion de l'Angleterre. [...]
Le gouvernement que veut le pays n'est pas celui des "Pitt et Cobourg". C'est un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, donnant des garanties contre la réaction, assurant la collaboration avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix générale.
Seulement un tel gouvernement assurera l'indépendance de notre pays en le libérant de la tutelle des agents du capital français et anglais.
Maurice THOREZ,
 secrétaire général du P.C.
(L'Humanité n° 40 du 25 avril 1940)
L'Humanité publie un article du secrétaire général du PCF, intitulé "Les "Pitt et Cobourg" de 1940", accompagné de l'avertissement suivant : "L'article de Maurice Thorez que nous publions ci-dessous, il ne suffit pas de le lire. IL FAUT LE RECOPIER à la main, à la pâte hectographique et le diffuser partout, par milliers !"

Dans ce texte, Maurice Thorez revendique pour la première fois la constitution d'un gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste. Cette revendication, qui sera sous des formes variées une constante de la propagande communiste jusqu'au 22 juin 1941, se décompose en 4 éléments :

1) Gouvernement du Peuple : le gouvernement "s'appuyant sur les masses populaires" sera désigné à partir de juillet 1940 comme le "Gouvernement du Peuple".
2) Paix avec l'Allemagne : depuis septembre 1939 le Parti communiste plaide pour la "Paix immédiate". Les Gouvernements Daladier et Reynaud n'ayant pas répondu à cette revendication, Maurice Thorez propose de constituer un gouvernement qui satisfera cette demande.
3) Soutien de l'URSS : Pour faire la Paix avec le régime hitlérien, le Parti communiste compte sur le soutien de l'URSS dont les relations pacifiques avec l'Allemage nazie sont organisées par le Pacte germano-soviétique du 22 août 1939 et le Traité de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939.
4) Condamnation de la réaction : Le Parti communiste dénonce tous les bellicistes comme des réactionnaires en raison de leur refus de faire la paix avec les nazis !!! Par la suite il les qualifiera de fascistes !!!

Maurice Thorez ajoute que seul un gouvernement dirigé par le Parti communiste sera en mesure d'assurer "l'indépendance" de la France en la libérant de "la tutelle des agents du capital français et anglais". En d'autres termes il plaide pour la Révolution socialiste.

Signalons que ces deux objectifs - la Paix avec l'Allemagne nazie et la Révolution socialiste - ont été fixés par le secrétaire générale de l'IC, Georgi Dimitrov, dans son article "La guerre et la classe ouvrière des pays capitalistes" publié en novembre 1939 :

"Les impérialistes des pays belligérants ont commencé la guerre pour un nouveau partage du monde, pour la domination universelle, en vouant à l'extermination des millions d'hommes. La classe ouvrière est appelée à en finir avec cette guerre à sa façon, dans son intérêt, dans l'intérêt de toute l'humanité travailleuse, et à supprimer, ainsi, à tout jamais, les causes essentielles qui engendrent les guerres impérialistes".

Avec ce texte Maurice Thorez illustre parfaitement la ligne pacifiste (Paix avec l'Allemagne), anti-républicaine (condamnation du gouvernement républicain) et anglophobe (condamnation de l'impérialisme britannique) du Parti communiste et ses mots d'ordre : "Paix immédiate", "Notre ennemi est chez nous", "A bas la guerre impérialiste" auxquels vient désormais s'ajouter "Thorez au pouvoir".

Après la signature de l'armistice franco-allemand le 22 juin 1940, le PCF continuera d'appeler jusqu'au 22 juin 1941 à la formation d'un gouvernement communiste en affirmant que seul un tel gouvernement garantira la libération nationale (Paix avec l'Allemagne nazie) et la libération sociale (révolution socialiste) de la France.



MAI 1940



1er :  Manifeste "1er mai 1940" (destiné aux soldats) :

1er MAI 1940

1er MAI : manifestation ouvrière internationale. Soldats, marins, aviateurs, nous n'oublions pas, sous l'uniforme, que nous restons des travailleurs. [...]
1er Mai 1940 : tout notre passé récent nous appelle à l'union contre les fauteurs et profiteurs de guerre, à l'action résolue pour la paix immédiate ! [...]

POUR QUI, POURQUOI CETTE GUERRE ?
C'est notre sang, sang d'ouvriers et de paysans qui coule pour le plus grand profit des capitalistes. "Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage" disait Jean Jaurès. [...]
La vérité c'est que la guerre actuelle est une guerre impérialiste. Les financiers franco-anglais et les gros industriels allemands se disputent la conquête des matières premières et de nouveaux débouchés. Leur querelle n'est pas notre querelle. [...]

LA GUERRE DES RICHES CONTRE LE PEUPLE
[...] Le coût de la vie augmente dans des proportions catastrophiques. La misère règne dans nos foyers pendant que nous crevons au front. Ouvrières et ouvriers s'exténuent dans les usines au régime des 60 heures, des retenues et des restrictions. Des enfants travaillent 50 heures et davantage. [...]
De riches anglaises insultent nos malheurs par leurs parades en uniforme. Leurs indécentes coquetteries mettent en évidence la soumission de la France envers les ploutocrates britanniques. Asservi économiquement, militairement et politiquement, notre pays est transformé en "dominion" anglais. [...]
Chacun des actes des ministres français est d'ailleurs dicté de Londres et l'on envisage même la création d'un pseudo-parlement franco-britannique !!!.
Il a fallu pour en arriver là, bâillonner le peuple. La France, terre de liberté, est devenue terre d'esclavage. Un régime comparable à celui du régime hitlérien, et qui laisse loin derrière lui les plus sombres périodes du Second Empire, est maintenant installé chez nous. [...]

A BAS LE GOUVERNEMENTS DES JUSQU'AU-BOUTISTES
Prenez garde, bourgeois. Si vous jouez avec le feu c'est à vos risques et périls. Soldats, marins, aviateurs de France, conscients de notre force, nous sommes 6 millions d'hommes sous les armes. En nous grandit la volonté de libérer à jamais notre peuple, nos femmes, nos enfants du cauchemar de l'exploitation capitaliste et des guerres.
Dans les casernes et les cantonnements, dans les casemates de la ligne Maginot, les ports et les navires, partout gronde le peuple-soldat. Nous savons désormais où est l'ennemi. Nous désignons les responsables. A nos yeux les traîtres et les criminels ce sont les hommes qui conduisent notre peuple à l'abattoir, ceux qui sacrifient la vie de la jeunesse française, ceux qui font verser le sang des soldats et des marins tout en se disant hypocritement "avares du sang français"; ce sont les Laval, Flandin, Bonnet, Daladier, Blum, Reynaud, tous ces commis du capital, à plat ventre devant la finance anglaise.
"A bas le gouvernement des jusqu'au-boutistes, à bas les chefs socialistes et réformistes vautrés dans l'union sacrée de guerre et de trahison", voilà notre cri unanime. Jamais les infamies actuelles n'auraient été possibles sans l'appui apporté à la réaction par les Blum, les Paul Faure et les Jouhaux. Pourvoyeurs de prisons et de champs de bataille, les dirigeants de la SFIO et les traîtres de la CGT domestiquée sont passés ouvertement dans le camp des ennemis du peuple et des fauteurs de guerre. Ils sont les acharnés partisans de la guerre antisoviétique, ils couvrent les pires exactions du patronat et réclament la guillotine contre les militants communistes. Les bassesses qui leur valent aujourd'hui les louanges des potentats du capital ne seront pas oubliés à l'heure du grand règlement de comptes. [...]

UNISSONS-NOUS POUR METTRE FIN AU MASSACRE
Opposons aux bourrages de crânes des feuilles kaki les vérités contenues dans le Trait d'Union et l'Humanité qui paraissent à la barbe de la police. [...]
Le 1er Mai proclamons nos revendications : [...]
A la porte le gouvernement Reynaud-Daladier-Monnet
Paix immédiate !
Un gouvernement s'appuyant sur le peuple est seul capable de conclure une paix juste et durable et d'instaurer un régime de liberté. [...]
Notre espoir en un ordre nouveau s'exprime dans le cri des manifestations populaires "Les Soviets partout, Thorez au pouvoir !".
A nous, soldats, marins, travailleurs, de finir cette guerre "à notre façon" comme l'a dit Dimitrov. A nous de conquérir enfin nos droits, nos libertés et la paix. Nous saurons bien alors, envers et contre tous, assurer l'indépendance de la France libre, forte et heureuse, que nous construiront ensemble. 

VIVE LE 1er MAI D'UNION DES OUVRIERS, PAYSANS, SOLDATS ET MARINS !
A BAS LA GUERRE IMPÉRIALISTE !
EN AVANT POUR LA PAIX ET LA LIBERTÉ !
(L'Humanité du Soldat du 1er mai 1940)
Responsable du Parti communiste clandestin, Benoit Frachon confie à Victor Michaut et Danielle Casanova la responsabilité d'organiser la propagande communiste au sein de l'armée.

Cette action se manifestera par la diffusion à partir de janvier 1940 d'une publication clandestine mensuelle, intitulée Trait d'union Soldat - Ouvrier - Paysan puis l'Humanité du soldat, qui s'attachera à convaincre les soldats français d'adhérer à la ligne du Parti communiste et à ses mots d'ordre : "A bas la guerre impérialiste", "Paix immédiate", "L'ennemi est dans notre propre pays" ou encore "Thorez au pouvoir".

Composé de 4 pages au lieu des 2 habituelles, le numéro de mai 1940 publie un seul texte intitulé "1er mai 1940" dans lequel l'Humanité du soldat appelle les soldats, les marins et les aviateurs à s'unir avec les travailleurs "pour mettre fin au massacre".

Avant d'appeler les soldats français à se mobiliser pour la constitution d'un gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste, l'Humanité du soldat rappelle le caractère impérialiste de la guerre menée contre l'Allemagne nazie, s'indigne de la soumission de la France capitaliste à l'Angleterre impérialiste et enfin dénonce les bellicistes, parmi lesquels figurent la SFIO et la CGT, comme les véritables ennemis de la classe ouvrière.

Conforme à la ligne du Parti communiste, ce numéro se caractérise aussi par sa virulence comme l'illustrent les phrases suivantes :
- "Asservi économiquement, militairement et politiquement, notre pays est transformé en "dominion" anglais."
- "La France, terre de liberté, est devenue terre d'esclavage.
- "Un régime comparable à celui du régime hitlérien [...] est maintenant installé chez nous".

L'Humanité du soldat reprend la revendication d'un gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste qui a été formulée pour la première fois par Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, dans son texte publié dans l'Humanité du 25 avril 1940 : "Les "Pitt et Cobourg" de 1940".

La constitution d'un tel gouvernement permettra non seulement de faire la Paix avec l'Allemagne nazie mais aussi de renverser le régime capitaliste et de mettre, ainsi, un terme définitif à la guerre impérialiste puisque "le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage".

Dès lors, les communistes pourront s'engager dans l'édification d'une "France libre, forte et heureuse".

Pacifiste, l'Humanité du soldat du 1er mai 1940 s'oriente même sur la voie du défaitisme révolutionnaire avec cette menace que "partout gronde le peuple-soldat" contre "les traîtres et les criminels" "qui font verser le sang des soldats et des marins".

Au final, c'est un numéro pacifiste, anti-républicain et anglophobe qui sera diffusé aux soldats français présents sur la ligne de front lorsque l'armée allemande lancera son offensive le 10 mai 1940.

7  : Ribbentrop transmet les instructions suivantes à Schulenburg, ambassadeur allemand à Moscou :
"Ci-joint vous trouverez deux copies des deux mémorandums qui seront présentés par nos légations à La Haye, Bruxelles, et Luxembourg aux gouvernements concernés au jour et à l'heure qui vous seront oralement indiqués par le messager [Noté au crayon entre les lignes : 10 mai 1940, 5 h 45, heure d'été allemande]. Jusqu'à l'exécution de la démarche prescrite ci-dessous, ces mémorandums et ces instructions doivent restés strictement secrets et ne faire l'objet d'aucune mention pas même à un membre de l'ambassade.
Je vous demande après la réception de ces instructions d'inscrire sur les copies des mémorandums ci-joints - à la dernière page, sous le texte - la date du jour précédent celui de la remise de ces copies au Gouvernement à Moscou, de préférence avec une machine à écrire ou sinon à l'encre. 
A 7 heures du matin, heure d'été allemande, à la date qui vous a été mentionnée par le messager, je vous demande de solliciter un rendez-vous avec Molotov, en vue de lui remettre dans le courant de la matinée, le plus tôt possible à sa convenance, une copie des mémorandums. Je vous demande de déclarer à M. Molotov que le gouvernement du Reich, au vu de nos relations amicales, est désireux d'informer le gouvernement soviétique de ces opérations à l'Ouest, qui ont été imposées à l'Allemagne par l'imminente offensive franco-anglaise dans la région de la Rhur en passant par la Belgique et la Hollande. 
Pour le reste, je vous demande d'utiliser les points de vue et les arguments qui figurent dans les mémorandums eux-mêmes.
Je vous demande de rendre compte immédiatement par télégramme de l'accueil réservé à votre mission"
(Instructions du 7 mai 1940)
Le 7 mai 1940, Ribbentrop, ministre allemand des Affaires étrangères, envoie par messager des instructions à Schulenburg, ambassadeur allemand à Moscou, aux termes desquelles il lui demande :
- de prendre rendez-vous avec Molotov le 10 mai 1940, jour de l'offensive allemande sur le front Ouest (Belgique, Luxembourg, Hollande, France)
- de remettre au Commissaire du peuple aux Affaires étrangères une copie des deux mémorandums qui ont envoyés le jour même aux gouvernement hollandais et belge d'une part et au gouvernement luxembourgeois d'autre part.
- de déclarer à ce dernier : "le gouvernement du Reich, au vu de nos relations amicales, est désireux d'informer le gouvernement soviétique de ces opérations à l'Ouest".

10 : - Offensive allemande sur le front Ouest (Belgique, Hollande, Luxembourg, France).
Le 10 mai 1940, à 5 heures 45, l'Allemagne déclenche les hostilités sur le front Ouest en attaquant trois pays neutres : la Belgique, les Pays-Bas et du Luxembourg.

Pour justifier son intervention, le gouvernement allemand remet dans la mâtinée, par l'intermédiaire de ses ambassadeurs, un mémorandum identique aux gouvernements belge et hollandais dans lequel il affirme que la Belgique et les Pays-Bas "ont favorisé d'une façon absolument partiale, les adversaires de guerre de l'Allemagne et ont favorisé leurs intentions" et qu'en conséquence il a décidé "d'assurer la neutralité de ces pays par tous les moyens de force militaire dont dispose le Reich".

Dans un second mémorandum envoyé dans les mêmes conditions au gouvernement luxembourgeois, le gouvernement allemand donne les explications suivantes :

"L'offensive que la France et l'Angleterre ont décidée d'accord avec la Belgique et les Pays-Bas comprendra également le territoire luxembourgeois. Aussi le Gouvernement Allemand se voit-il contraint d'étendre à ce dernier territoire les opérations militaires commencées pour repousser l'attaque".

Dans ces deux textes, l'Allemagne dénonce une attaque franco-anglaise imminente devant passer par les territoires belge, hollandais et luxembourgeois et ce en accord avec les gouvernements correspondants. Sur la base de ce mensonge le pouvoir nazi soutient que l'opération lancée le 10 mai ne vise qu'à rétablir la neutralité de ces trois pays.

Signalons que sur les instructions du ministre des Affaires étrangères du Reich, Joachim Ribebentrop, l'ambassadeur allemand à Moscou, Friedrich Werner von der Schulenburg remet au même moment une copie de ces deux mémorandums... au Commissaire du peuple aux Affaires étrangères, Viatcheslav Molotov.

Victimes d'une agression allemande, la Belgique, la Hollande et le Luxembourg sollicite immédiatement l'aide de la France et de l'Angleterre qui répondront favorablement.

L'offensive allemande du 10 mai 1940 marque le début de la Campagne de France qui se terminera le 25 juin 1940 avec l'entrée en vigueur des armistices franco-allemand et franco-italien. Cette Campagne de France connaîtra deux batailles distinctes :
- la Bataille du Nord (10 mai - 4 juin 1940)
- la Bataille de France (5 juin - 25 juin 1940)

- Allocution de Paul Reynaud radiodiffusée à 19 h 30 :
"Trois pays libres, la Hollande. la Belgique, le Luxembourg ont été envahis, cette nuit, par l'armée allemande. Ils ont appelé à leur secours les armées alliées. Ce matin, entre sept et huit heures, nos soldats, les soldats de la Liberté, ont franchi la frontière.
Ce champ de bataille séculaire de la plaine des Flandres, notre peuple le connaît bien. En face de nous, se ruant vers nous, c'est aussi l'envahisseur séculaire.
Partout dans le monde, chaque homme libre, chaque femme libre regarde et retient son souffle devant le drame qui va se jouer. 
Est-ce la force bestiale qui va vaincre ? Hitler le crie. Depuis des années, il se jouait de notre amour de la paix pour préparer sa guerre. Il voulait faire croire à ses voisins les plus menacés qu'il ne dépendait que d'eux, de leur faiblesse, de vivre en bonne intelligence avec lui. Même après la guerre déclarée, il a voulu croire encore à nos divisions, à nos faiblesses.
Il a espéré de la trahison communiste une dislocation intérieure de la France. Il a tenté aussi de séparer les Alliés.  Mais rien n'est venu. Aujourd'hui, il jette le masque. A peine cherche-t-il à couvrir d'un prétexte dérisoire sa nouvelle ruée. C'est la France qu'il montre du doigt à ses armées et à ses avions de guerre. 
« La France qui, à elle seule, dit-il, a déclaré, en 200 ans, 31 fois la guerre à l'Allemagne ». C'est le vieux compte à régler, le compte de la France, dont il est si souvent parlé dans Mein Kampf.
La France calme, forte, est debout. C'est l'heure du rassemblement. Vous savez déjà qu'au sein du Gouvernement, tous les partis se sont rejoints. A l'heure où le meilleur de notre peuple, ce qu'il a de plus jeune, de plus vivant et de plus fort, va risquer sa vie dans un combat solennel, une pensée grave habite chaque maison, chaque chaumière de nos villages, chaque cantonnement de nos armées. Une même pensée nous élève tous au-dessus de nous-mêmes. Chacun se prépare à faire son devoir.
L'armée française a tiré l'épée. La France se recueille."
(Le Petit Parisien du 11 mai 1940)

- Télégramme n° 874 de Schulenburg en réponse aux instructions du 7 mai :
"J'ai rencontré Molotov; instruction exécutée, Molotov a apprécié les nouvelles et ajouté qu'il  comprenait que l'Allemagne devait se protéger contre l'attaque franco-anglaise. Il ne doutait pas de notre succès".
Par la voix de son chef de gouvernement, Viatchelav Molotov, l'URSS, la patrie des communistes français, approuve l'offensive allemande du 10 mai 1940 et souhaite le "succès" de l'Allemagne nazie.  Tel est le contenu du message envoyé à Hitler par l'intermédiaire de son ambassadeur à Moscou.

Mémorandums allemands remis le 10 mai 1940 aux gouvernements belge, hollandais et luxembourgeois

13 : "Je n'ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur".
(Discours de Winston Churchill du 13 mai 1940.)
Nommé Premier ministre du Royaume-Uni le 10 mai 1940, le conservateur Winston Churchill prononce le 13 mai 1940 son premier discours ("Blood, toil, tears and sweat") à la Chambre des Communes.

15 : - Percée de l'armée allemande à Sedan.
L'armée allemande rompt la ligne de défense française en franchissant la Meuse à la hauteur de Sedan après trois jours de combats du 13 au 15 mai 1940.  

 Article "Il faut mater les bandits impérialistes !" :
"Alors que le peuple allemand lutte contre sa bourgeoisie, nous, en France, nous devons lutter contre la nôtre, car c'est elle que nous devons affaiblir et vaincre par l'action dans les usines et à l'armée.
Ce n'est pas autrement que nous en finiront avec le carnage qui est bien trop profitable aux 200 familles et à leurs agents pour qu'ils songent à l'arrêter sans que nous les obligions. C'est ainsi que nous imposeront le gouvernement dont parlait Maurice Thorez dans ce journal : « Un gouvernement de paix s'appuyant sur les masses populaires, donnant des garanties contre la réaction, assurant la collaboration avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix générale ». Un gouvernement assurant « l'indépendance de notre pays en le libérant de la tutelle des agents du capital français et anglais »."
(L'Humanité n° 46 du 15 mai 1940)
Dans son numéro du 15 mai 1940 - le premier numéro publié après l'offensive allemande sur le front Ouest - l'Humanité maintient sa ligne pacifiste, anti-républicaine et anglophobe.

En effet, pour les communistes, la France républicaine demeurent toujours l'ennemi à abattre : "nous, en France, nous devons lutter contre la nôtre [notre bourgeoisie]".

Quant à leurs objectifs, ils correspondent à ceux formulés par Maurice Thorez dans l'Humanité du 25 avril 1940 : la constitution d'un "gouvernement de Paix" et la Révolution socialiste pour libérer la France "de la tutelle des agents du capital français et anglais".

Tous les numéros de l'Humanité publiés pendant l'offensive allemande appelleront à la formation d'un Gouvernement de Paix dirigé par le PCF !!!

17 : Appel "Pour sauver notre pays et notre peuple de la misère, de la ruine et de la mort" :
"Le Parti Communiste a dit et répété que cette guerre a été provoqué par les capitalistes. Pour avoir réclamé la paix, avant que les massacrent ne commencent, des milliers de ses membres ont été jetés en prison, dans les camps de concentration ou dans les bagnes africains. D'autres sont menacés de la peine de mort ! [...]
Aujourd'hui où l'angoisse étreint des millions d'hommes et de femmes de notre pays le Parti Communiste dit, comme toujours, ce qu'il considère être l'intérêt des travailleurs et du peuple de France.
Le rétablissement de la paix, la sécurité et l'indépendance du pays, la liberté et le progrès social exigent que soit impitoyablement chassé le gouvernement des 200 familles qui a entraîné notre pays dans l'aventure présente. [...]
PEUPLE DE FRANCE ! Pour la paix, le pain, la liberté, l'indépendance, SOIS UNIS !
Lutte pour :
Un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, prenant des mesures contre la réaction, un gouvernement qui s'entende sans délai avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la Paix générale dans le monde."
(L'Humanité n° 47 du 17 mai 1940)
Dans son numéro du 17 mai 1940, l'Humanité appelle le "Peuple de France" à se mobiliser pour "un gouvernement de paix" dirigé par le Parti communiste !!!

18 : Remaniement ministériel.
Le 18 mai 1940, le Maréchal Pétain est nommé ministre d'Etat, vice-président  du Conseil, Autre changement dans le Gouvernement Reynaud, Georges Mandel abandonne le ministère des Colonies pour celui de l'Intérieur.

20 : Article "A la porte les banqueroutiers !" :
"Les armées de Hitler ont percée la ligne Maginot prolongée. Ses colonnes sont au-delà de Rethel, elles ont occupé Saint-Quentin. Elles avancent vers le Nord pour couper la retraite de l'armée anglo-franco-belge refoulée de Belgique. [...]
Pendant neuf mois, ils [la bourgeoisie et ses agents au gouvernements] ont mené une guerre contre le peuple, ils ont comploté pour entraîné les neutres dans la guerre, et pour organiser l'intervention contre l'URSS. Aujourd'hui, c'est le désastre !
Mais les criminels, les banquiers qui en sont responsables, s'accrochent au pouvoir. Ils placent MANDEL l'homme à tout faire de Clémenceau à l'Intérieur, sans doute pour traquer encore plus les communistes qui, il y a 8 mois, prévoyant le désastre, demandaient qu'on étudie les possibilités de paix. [...]
Pour sauver notre malheureux pays, il faut chasser cette racaille de fauteurs de guerre et de réactionnaire et leurs valets socialistes ! Il faut libérer les ouvriers emprisonnés et déportés dans les camps, libérer les élus du peuple. [...]
Il faut constituer un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, prenant des mesures immédiates contre la réaction et s'entendant avec l'URSS pour rétablir la paix générale."
(L'Humanité n° 48 du 20 mai 1940)
L'Humanité du 20 mai 1940 indique que les divisions blindées de l'armée allemande ont traversé la France d'est en ouest et qu'elle s'engagent dans le nord pour prendre à revers les armées française et anglaise qui s'étaient engagées en Belgique.

Au vu de la situation militaire, elle estime que "c'est le désastre !".

Quelle est sa proposition pour sauver la France : "Il faut constituer un gouvernement de paix"  !!!

24: - Article "L'intérêt du pays exige que soit chasser le gouvernement des 200 familles" :
"Le désastre militaire s'est encore étendu. Les avant-gardes allemandes sont à Reims, à Amiens et à Abbeville. La région industrielle du Nord est coupée du reste de la France. La perte de l'armée anglo-franco-belge des Flandres est presque certaine. [...]
Ceux qui ont entraîné notre pays dans cette guerre impérialiste et qui imposent la pire réaction au peuple, les responsables des souffrances et des malheur du pays n'ont pas le droit de parler de patrie. Leur patrie, c'est leurs profits et leurs privilèges. [...]
L'intérêt de la patrie, pour le peuple travailleur, se résume dans les mots : PAIN, LIBERTE, PAIX.
Seul un gouvernement du peuple, s'appuyant sur les masses populaires, prenant des mesures contre la réaction, et réalisant une entente avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix, peut lui assurer satisfaction."
(L'Humanité n° 49 du 24 mai 1940)
L'Humanité du 24 mai 1940 affirme que "l'intérêt de la patrie" exige la formation d'un gouvernement communiste qui s'entende avec "l'Union soviétique pour le rétablissement de la paix".

Dans son livre, le PCF à l'épreuve de la guerre / 1940-1943, l'historien communiste Roger Bourderon décrit le contenu des Humanités clandestines de mai 1940. 

L'Humanité n° 49 du 24 mai 1940 est évoquée en ces termes : "Bientôt disparaîtra également celle [l'idée] d'un « gouvernement de paix » : l'Humanité évoquera simplement dans le n° 49 (24 mai) un « gouvernement du peuple »". (1)

L'auteur oublie de préciser - par inadvertance sûrement - que ce "gouvernement du peuple" est appelé à s'entendre avec l'URSS... "pour le rétablissement de la paix".

(1) Roger Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre / 1940-1943, 2012, p. 38.

Article "L'intérêt du pays exige que soit chasser le gouvernement des 200 familles" :
"Des cours martiales seront instaurées dont le jugement sera immédiatement exécutoire et sans recours.
C'est un pas de plus dans la voie de la dictature militaire, dernier espoir des 200 familles, des hommes du gouvernement, Reynaud, Dautry, Marin, Rothschild dit Mandel etc... et de leurs laquais radicaux, socialistes et réformistes, contre le peuple qui pourrait leur demander des comptes."
(L'Humanité n° 49 du 24 mai 1940)
Dans l'extrait cité, l'Humanité dénonce le ministre de l'Intérieur Georges Mandel en ces termes : "Rothschild dit Mandel".

Né Louis Georges Rothschild sans lien de parenté avec la famille de banquiers, Georges Mandel s'est engagé dans le journalisme puis la politique en prenant le patronyme de sa mère, Henriette Mandel, et le prénom Georges pour éviter la confusion avec son oncle maternel Louis Mandel.

Ministre des colonies d'avril 1938 à mai 1940 puis de l'Intérieur de mai à juin 1940, Georges Mandel a été à la cible des attaques du Parti communiste en raison de son rôle dans la répression de leurs activités... pro-allemandes.

Cette action du ministre de l'Intérieur a d'ailleurs été l'un des éléments mis en avant par les communistes le 20 juin 1940 pour obtenir des Allemands la légalisation de l'Humanité :

- "Sommes communistes avons appliqué ligne PC sous Dal [Daladier] Ray [Reynaud] juif Mandel",
- "Juif M [Mandel] après Dal [Daladier] nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nat [nationale]",
- "pas cédé face dictature juif M [Mandel]",
- "Je répète avons lutté contre Dal [Daladier] contre M [Mandel] R [Reynaud] avons au poteau d'exécution amis fusillés". (Argumentaire du 20 juin 1940).

On notera que pour obtenir les faveurs des nazis, les communistes ont mis en cause le "juif Mandel" !!!!

Pendant l'occupation allemande le Parti communiste a continué de dénoncer Georges Mandel et son action au ministère de l'Intérieur.

Ainsi, la brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de janvier 1941 affirme que "La terreur policière devait atteindre son paroxysme lorsqu'au mois de mai 1940 Mandel devint ministre de l'Intérieur." Autre exemple, la brochure "Nous accusons" de janvier 1941 : "M. Mandel, promu ministre de l'Intérieur, le 17 mai, dirigeait l'orchestre qui hurlait à la mort contre les communistes."

Opposant le plus ferme dans le Gouvernement Reynaud à toute demande d'armistice en juin 1940, Georges Mandel a passé toute la période de l'occupation allemande en détention. Il a été fusillé par la Milice le 7 juillet 1944.

- Manifeste "Nous accusons"  :
"Nous accusons la bourgeoisie française d'avoir provoqué la guerre actuelle en réduisant en esclavage le peuple allemand".
Dans son édition du 24 mai 1940, le Daily Worker, organe central du PC anglais, publie un manifeste du PCF intitulé "Nous accusons". Rédigé à Moscou par Maurice Thorez en réaction à l'offensive allemande du 10 mai 1940, ce manifeste est un virulent réquisitoire contre.... le gouvernement français !!!

Ce texte n'a pas été diffusé en France en raison de la situation militaire. Il n'existe donc que dans sa version anglaise. Les traductions françaises sont dues aux auteurs qui font à référence à ce texte. 

27 : Condamnation à mort de 4 ouvriers communistes pour des actes de sabotage.
Le 27 mai 1940, le 3e Tribunal militaire de Paris condamne 4 ouvriers communistes, Roger et Marcel Rambaud ainsi que Leon et Maurice Lebeau, à la peine de mort et 2 autres, Roger Leroux et Raymond Andrieux, à 20 ans de travaux forcés pour les sabotages de moteurs d'avions aux usines Farman. Les moteurs sabotés explosaient en plein vol entrainant la mort des pilotes.

C'est la première application de l'article 76 du code pénal qui depuis la modification apportée par le décret-loi du 29 juillet 1939 stipule que désormais "Sera coupable de trahison et puni de mort" :
"Tout Français qui détruira ou détériorera volontairement un navire, un appareil de navigation aérienne, un matériel, une fourniture, une construction ou une installation susceptibles d'être employés pour la défense nationale, ou pratiquera sciemment, soit avant, soit après leur achèvement, des malfaçons de nature à les empêcher de fonctionner, ou à provoquer un accident."

Cette condamnation pour des actes sabotage présente aussi la particularité d'être l'un des rares cas où l'enquête a pu mettre en évidence la responsabilité d'ouvriers communistes.

Le 10 juin 1940, les quatre condamnés à mort seront transférés à la prison militaire de Bordeaux. Maurice Lebeau, 17 ans et demi, sera gracié le 18 juin 1940 par le président de la République, Albert Lebrun. Quant à Roger Rambaud, Marcel Rambaud et Léon Lebeau, ils seront exécutés à Pessac, près de Bordeaux, le 22 juin 1940.

La mémoire communiste n'a pas retenu les noms de ces morts et pour cause...

28 :  - Capitulation de la Belgique.

 - Prise de Narvik par les Alliés.
Les unités franco-polonaises participent avec les forces terrestres britanniques et norvégiennes à la prise de Narvik et de son port par lequel transite le fer suédois à destination de l'Allemagne. Victoire éphèmère. Les troupes alliées sont effet évacuées à partir du 7 juin suite à la dégradation de la situation militaire en France. Les allemands reprennent alors sans combat le contrôle de Narvik et le 10 juin la Norvège capitule.



JUIN 1940



4 juin 1940 
● Chute de Dunkerque.
Après avoir rompu la ligne de défense des armées françaises dans la région de Sedan le 15 mai, les blindés allemands ont poursuivi leur avancée en direction de la Manche afin de prendre à revers les forces franco-britanniques qui s'étaient engagées en Belgique. Finalement, les troupes franco-britanniques se retrouvent encerclées à Dunkerque d'où elles seront évacués vers l'Angleterre entre le 27 mai et le 4 juin. La chute de Dunkerque le 4 juin 1940 marque la fin de la Bataille du Nord. Le front est alors stabilisé sur la Somme et sur l'Aisne.


5 juin 1940
● Offensive allemande sur la Somme et l'Aisne
L'offensive allemande lancée le 5 juin 1940 sur sur la Somme et sur l'Aisne marque le début de la Bataille de France qui se terminera le 25 juin 1940 avec l'entrée en vigueur des armistices franco-allemand et franco-italien.

● Nomination du Général de Gaulle au poste de sous-secrétaire d'Etat à la défense nationale et à la guerre (décret du 5 juin 1940).


Entre le 5 et le 10 juin 1940
● Tract "Pour la Paix, le Pain, la Liberté, l'Indépendance !" (Bordeaux) :
"Après l'abandon de l'Espagne Républicaine, livrée au fascisme par la non-intervention, nous avons été trahis à Munich lorsque Daladier et tous les Munichois, de Flandin à Blum, ont donné à Hitler les clefs de l'Europe, un armement moderne considérable, les plans de la ligne Maginot, et les usines où l'Allemagne a fabriqué les chars lourds qui marchent sur Paris. [...]
Pour le rétablissement de la Paix et de la Liberté. [...]
Il faut un gouvernement s'appuyant sur les masses populaires et prenant des mesures contre la réaction.
Un gouvernement qui s'entende sans délai avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la Paix dans le monde." (1)
Diffusé dans la région de Bordeaux, le tract "Pour la Paix, le Pain, la Liberté, l'Indépendance !" a été rédigé entre le 5 juin 1940 (offensive allemande sur la Somme) et le 14 juin 1940 (entrée des troupes allemandes dans Paris).

On peut déterminer cette période en s'appuyant sur le texte qui mentionne "les chars lourds qui marchent sur Paris". Le texte faisant référence à "Mussolini" sans évoquer l'entrée en guerre de l'Italie, on peut supposer que la date de rédaction se situe plus précisément entre le 5 et le 10 juin (date de l'entrée en guerre de l'Italie).

La dernière partie de ce tract correspond à celle de l'Appel publié dans l'Humanité n° 47 du 17 mai 1940 sous le titre "Pour sauver notre pays et notre peuple de la misère de la ruine et de la mort". Ce constat permet d'affirmer qu'il y a eu au moins une liaison entre la direction centrale et les communistes bordelais pour la période comprise entre le 17 mai et le 14 juin (voire le 10 juin).

Signé "Le Parti communiste français (SFIC)", le tract "Pour la Paix, le Pain, la Liberté, l'Indépendance !" appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui s'entende sans délai avec l'URSS "pour le rétablissement de la Paix dans le monde" (souligné deux fois dans le texte).

Par son contenu, il est en totale conformité avec la ligne fixée par la direction centrale. Il n'y a donc aucune divergence politique entre Paris et Bordeaux.

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, pp. 38-40 (texte intégral).


10 juin 1940
● L'Italie déclare la guerre à la France et à l'Angleterre.

● Message de Paul Reynaud du 10 juin 1940 adressé au Président Roosevelt :
"Depuis six jours et six nuits, nos divisions se battent sans une heure de répit contre une armée disposant d'une supériorité écrasante en effectifs et en matériel. L'ennemi est aujourd'hui presque aux portes de Paris.
Nous lutterons en avant de Paris, nous lutterons en arrière de Paris, nous nous enfermerons dans une de nos provinces et, si nous en sommes chassés, nous irons en Afrique du Nord, au besoin dans nos possessions en Amérique. [...]
A l'heure où je vous parle, une autre dictature [L'Italie] vient de frapper la France dans le dos. Une nouvelle frontière est menacée. Une guerre navale va s'ouvrir.
Vous avez généreusement répondu à l'appel que je vous ai lancé il y a quelques jours à travers l'Atlantique. Aujourd'hui, 10 juin. c'est un nouveau concours, plus large encore, que j'ai le devoir de vous demander. 
En même temps que vous exposerez cette situation aux hommes et aux femmes d'Amérique, je vous conjure de déclarer publiquement que les Etats-Unis accordent aux Alliés leur appui moral et matériel par tous les moyens, sauf l'envoi d'un corps expéditionnaire. Je vous conjure de le faire pendant qu'il n'est pas trop tard. Je sais la gravité d'un tel geste. Sa gravité même fait qu'il ne doit pas intervenir trop tard.
Le 10 juin 1940, le président du Conseil, Paul Reynaud, remet à l'ambassadeur américain un message dans lequel il demande au Président Roosevelt de déclarer la guerre à l'Allemagne en soulignant la volonté de la France de se battre et de continuer si nécessaire le combat depuis les territoires de son Empire. Comptant sur l'appui de l'aviation et de la marine américaines, il précise que cet engagement ne porterait pas sur l'envoi d'un corps expéditionnaire.  

 Le Gouvernement Reynaud quitte Paris pour s'installer à Tours.


11 juin 1940
Tract "Pour sauver notre pays !" (Bordeaux) :
"Aujourd'hui, Hitler encercle Paris, et Mussolini, « l'ange de Paix » des munichois, a déclaré la guerre. [...]
PEUPLE DE FRANCE !
Pour sauver notre pays des désastres préparés par les deux cents familles et leurs Daladier, Blum, Flandin, écoute la voix du Parti communiste qui ne t'a jamais trompé, soutiens son action !
SOIS UNIS et LUTTE POUR UN GOUVERNEMENT S'APPUYANT SUR LES MASSES POPULAIRES, agissant contre le fascisme, la réaction et tous les traîtres à la classe ouvrière, capable de s'entendre sans délai avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la Paix dans le monde." (1)
Diffusé dans la région bordelaise, le tract "Pour sauver notre pays !" a été rédigé entre le 10 juin 1940 (entrée en guerre de l'Italie) et le 14 juin 1940 (entrée de l'armée allemande dans Paris)

Son titre ainsi que le contenu de la partie intitulée "Peuple de France !" s'inspirent de l'Appel qui a été publié dans l'Humanité n° 47 du 17 mai 1940 sous le titre "Pour sauver notre pays et notre peuple de la misère de la ruine et de la mort" et dans lequel on peut lire  :

"Le Parti Communiste a dit et répété que cette guerre a été provoqué par les capitalistes. Pour avoir réclamé la paix, avant que les massacrent ne commencent, des milliers de ses membres ont été jetés en prison, dans les camps de concentration ou dans les bagnes africains. D'autres sont menacés de la peine de mort ! [...]
Aujourd'hui où l'angoisse étreint des millions d'hommes et de femmes de notre pays le Parti Communiste dit, comme toujours, ce qu'il considère être l'intérêt des travailleurs et du peuple de France.
Le rétablissement de la paix, la sécurité et l'indépendance du pays, la liberté et le progrès social exigent que soit impitoyablement chassé le gouvernement des 200 familles qui a entraîné notre pays dans l'aventure présente. [...]
"PEUPLE DE FRANCE ! Pour la paix, le pain, la liberté, l'indépendance, SOIS UNIS !
Lutte pour :
Un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, prenant des mesures contre la réaction, un gouvernement qui s'entende sans délai avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la Paix générale dans le monde."

Rappelons que cet appel a aussi été utilisé dans la rédaction du tract "Pour la Paix, le Pain, la Liberté, l'Indépendance !" diffusé quelques jours avant.

Signé "Le Parti communiste français (SFIC)", le tract "Pour sauver notre pays !" appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui s'entende sans délai avec l'URSS "pour le rétablissement de la Paix dans le monde".

Par son contenu, il est en totale conformité avec la ligne fixée par la direction centrale. Il n'y a donc aucune divergence politique entre Paris et Bordeaux.

----------------------------------------------------------

Dans son livre On chantait rouge, Charles Tillon affirme qu'il a appelé les Français à se mobiliser contre l'envahisseur allemand dès juin 1940 dans la région de Bordeaux où il exerçait ses fonctions de dirigeant communiste. Il précise que cette ligne politique était distincte de celle suivie par la direction centrale qui était soumise aux directives de l'IC et qui pour cette raison ne disait rien contre les Allemands comme l'illustrait, selon lui, l'Appel au "Peuple de France !" de juillet 1940 signé par Duclos et Thorez.

Pour étayer ces affirmations il s'appuie sur trois documents qu'il a diffusés dans la région bordelaise au cours de l'été 1940 : deux tracts rédigés le 11 juin et le 17 juin sans que soit précisé leur titre et une brochure - "L'ordre nouveau, c'est le fascisme hitlérien" - diffusée à la fin de juillet.

Les extraits cités permettent d'identifier ces trois document qui sont respectivement : le tract "Pour sauver notre pays !", le tract "Appel de Charles Tillon - 17 juin 1940" et la brochure "Union du peuple pour libérer la France" (le titre indiqué par Tillon correspond au sous-titre de la brochure).

Ces extraits ne reflètent pas le contenu réel des textes originaux puisque toutes les références à la Paix avec l'Allemagne ont été élimées. Ainsi, la rédaction d'un tract le 11 juin 1940 est mentionnée en ces termes :

"Le 11 juin, j'avais écrit dans un tract : « Peuple de France, Hitler encercle Paris... Mussolini, l'ange de la paix des munichois, a déclaré la guerre au peuple... Pour sauver notre pays des désastres préparés par les deux cents familles, sois unis contre le fascisme et la réaction. »" (2).

Cet extrait correspond au tract "Pour sauver notre pays !". On notera qu'il y manque l'essentiel : l'appel à former un gouvernement communiste "capable de s'entendre sans délai avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la Paix dans le monde."

Pour transformer un tract pacifiste en Appel à la lutte "contre le fascisme et la réaction", Charles Tillon use d'un procédé communiste très efficace : l'extrait tronqué qui ne reflète pas le contenu réel d'un texte.

La preuve de sa résistance et de sa dissidence est donc fondée sur tract qui dans sa version originale plaidait pour la Paix avec les nazis et reprenait des éléments essentiels de l'Humanité du 17 mai 1940 !!!

Pour souligner le degré de cynisme du dirigeant communiste, on indiquera ce que le même Charles Tillon écrivait sur l'Appel du 17 mai 1940 dans sa brochure d'août 1940 intitulée "Union du peuple pour libérer la France" :

"La classe ouvrière n'oubliera pas qu'une autre issue aurait pu être trouvée pour la France, si tous les partis n'avaient pas ensemble, réprimé l'appel du Parti communiste qui demandait notamment en mai 1940 (par l'Humanité illégale et ses publications éditées au prix de tant d'abnégation) le rétablissement des libertés démocratiques, des mesures brisant la 5e colonne, un gouvernement sans traîtres, et capable de faire appel à l'Union Soviétique pour pratiquer une politique d'amitié confiante, permettant sa collaboration en faveur du rétablissement de la paix véritable dans le monde." (3)

Au vu de tous ces éléments, on comprendra pourquoi l'historiographie officielle préfère s'appuyer sur les témoignages postérieurs à la guerre plutôt que sur les textes publiés pendant l'occupation allemande pour affirmer que les communistes ou des communistes se sont engagés dans la Résistance dès l'été 1940.

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 35 / Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes n° 14, 3e trim. 1983, pp 155-157.
(2) C. Tillon, On chantait rouge, 1977 p. 300.
(3) R. Bourderon, op. cit., p. 48.


12 juin 1940
Appel de l'UELCF intitulé "Etudiants, lycéens communistes, à l'action !" :
"Au bout d'un mois d'offensive, les Allemands sont aux portes de Paris, après avoir bousculé toute résistance, y compris « l'inflexible ligne Weygand ». La bourgeoisie Française est en train d'essuyer une défaite comme l'histoire n'en avait encore jamais vu.
[...] Sans nous lasser, avec plus d'ardeur que jamais, nous devons répandre la vérité et nos mots d'ordre :  [....]
- Vive le gouvernement populaire du pain, de la liberté et de l'indépendance, qui instaurera la paix grâce à une collaboration loyale avec l'URSS." (1)
L'Union des Etudiants et Lycéens Communistes de France (UELCF) publie vers le 12 juin 1940 un appel intitulé "Etudiants, lycéens communistes, à l'action !" dans lequel elle fait le constat que "les Allemands sont aux portes de Paris" avant de plaider pour... un Gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste.

Les Allemands n'auront donc rien à craindre des étudiants et lycéens communistes quand ils entreront dans Paris.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, n° 14, 3e trim. 1983, pp 157-159

● Responsable du Parti communiste clandestin, Benoît Frachon quitte Paris.
Secrétaire de la CGT, membre du Bureau politique du PCF, Benoît Frachon assume la direction du Parti communiste clandestin depuis octobre 1939 en raison des absences de Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, et de Jacques Duclos, secrétaire du PCF qui ont fui le territoire français pour échapper à la justice militaire. Le premier s'est réfugié à Moscou, le second à Bruxelles.

Responsable du Parti communiste clandestin, Benoît Frachon quitte Paris le 12 juin 1940 pour s'installer dans le Limousin.

Quelque jours auparavant - entre le 5 et le 10 juin - les dirigeants communistes se sont réunis et ont pris la décision qu'à l'exception de Gabriel Péri et de Jean Catelas, ils quitteraient tous la capitale avant l'arrivée des troupes allemandes.

● Conseil des ministres au Château de Cangé.
Le 12 juin 1940, un Conseil des ministres est organisé à 19 h 30 au Château de Cangé dans la banlieue de Tours.

Au vu de la situation militaire. Le commandant en chef des armées françaises, le général Weygand, propose au gouvernement de demander immédiatement l'armistice . Il reçoit le soutien du vice-président du Conseil : le Maréchal Pétain. 

En revanche, le président Reynaud s'oppose à cette proposition en arguant qu'on ne peut négocier avec le pouvoir nazi compte tenu de sa nature, que la France peut continuer la guerre si le gouvernement se réfugie en Afrique du Nord et enfin que les accords franco-anglais interdisent aux deux parties de conclure une paix séparée.

Divisé, le Conseil des ministres ne prend aucune décision concernant la proposition de Weygand : ni rejet, ni approbation.

Il s'accorde un délai en décidant de consulter l'Angleterre afin de connaître sa position sur une éventuelle demande d'armistice du gouvernement français.


13 juin 1940
Conseil suprême interallié à Tours.
Le 13 juin 1940 se tient à la préfecture de Tours un Conseil suprême interallié auquel participent, du côté français, Paul Reynaud et Paul Baudoin et, du côté britannique, Winston Churchill, lord Halifax, lord Beaverbrook et le général Spears.

Evoquant l'hypothèse d'une demande d'armistice française Paul Reynaud demande à Winston Churchill si l'Angleterre accepterait de libérer la France de l'Accord du 28 mars 1940 interdisant au deux parties de négocier une Paix séparée.

Opposé à tout armistice franco-allemand, le premier ministre britannique convainc le président du Conseil de solliciter l'intervention des Etats-Unis en arguant qu'une réponse favorable donnera à la France un motif légitime pour continuer la guerre et que le cabinet anglais s'engage dans le cas contraire à étudier la question posée par le gouvernement français.

Au vu de la situation militaire et du Conseil interallié, Paul Reynaud est donc conduit à renouveler son appel au président Roosevelt du 10 juin 1940. Ce second appel prendra la forme d'un discours prononcé le jour même à 23 h 30 et d'un message le lendemain.

"L’armée française a été l’avant-garde de l’armée des démocraties. Elle s’est sacrifiée, mais, en perdant cette bataille, elle a porté des coups redoutables à l’ennemi commun. [...] La France blessée a le droit de se tourner vers les autres démocratie et de leur dire : « J'ai des droits sur vous ! ». Aucun de ceux qui ont le sentiment de la justice ne pourrait lui donner tort. Mais autre chose est d'approuver et autre chose est d'agir.
Nous savons quelle place tient l'idéal dans la vie du grand peuple américain, hésiterait-il encore à se déclarer contre l'Allemagne nazie ? Je l'ai demandé au président Roosevelt [message du 10 juin 1940], vous le savez; je lui adresse ce soir un nouvel et dernier appel. [...]
Notre combat, chaque jour plus douloureux, n'a désormais de sens que si, en le poursuivant, nous voyons, même au loin, grandir l'espoir d'une victoire commune."
Le 13 juin 1940 à Tours, le Président du Conseil Paul Reynaud prononce à 23 h 30 un discours radiodiffusé dans lequel il appelle le Président Roosevelt à déclarer la guerre à l'Allemagne en soulignant, contrairement à son précédent appel du 10 juin, que la France ne poursuivra les combats qu'à la condition d'une entrée en guerre des Etats-Unis.


14 juin 1940
Entrée de l'armée allemande dans Paris.
Le 14 juin 1940, l'Oberkommando der Wehrmacht (OKW) (Haut commandement de l'armée allemande) publie le communiqué suivant :

"Par suite de l'effondrement total de l'ensemble du front français entre la Manche et la ligne Maginot, près de Montmédy, le commandement français a renoncé à sa première intention de défendre la capitale de la France. Au moment où paraît ce communiqué, les troupes allemandes victorieuses font leur entrée dans Paris."

 Article "Sauvons-nous nous-même" :
"L'armée allemande est aux portes de Paris ! [...]
Le peuple en a assez de cette guerre, assez d'un gouvernement qui, au lieu d'arrêter les traîtres comme Flandin, Bonnet et Daladier, a aggravé la répression anti-ouvrière et appliqué aux communistes le décret Sérol sur la peine de mort.
Le peuple veut un gouvernement qui s'appuie sur les masses populaires, qui libèrent les communistes, qui mettent en prison les fascistes et tous les hitlériens et tous les responsables de 5 ans de politique extérieure pro-fasciste, qui rétablisse les libertés démocratiques, qui permettent au parti communiste de s'exprimer librement, aux syndicats dissous de défendre les droits des ouvriers, aux élus communistes de défendre les travailleurs, paysan, petits commerçants, un gouvernement qui soulage les petites gens et prenne des mesures pour la confiscation des bénéfices de guerre et le prélèvement sur les grosses fortunes.
Un gouvernement qui s'entende avec l'Union soviétique pour rétablir la paix générale dans le monde". (1)
(L'Humanité n° 54 du 14 juin 1940)
Composée d'article rédigés la veille, l'Humanité du 14 juin 1940 est diffusée le jour de l'entrée des armées allemandes dans Paris.

Ce numéro appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui aura pour mission de "rétablir la paix générale dans le monde" avec le soutien de l'URSS. Cet appel à former un gouvernement de Paix dirigé par le PCF, représentant de la classe ouvrière, est résumé par le titre de l'article : "Sauvons-nous nous-même".

Plaidoyer pour la paix avec les nazis, l'Humanité du 14 juin 1940 accuse tous ceux qui étaient favorables à la guerre contre l'Allemagne d'Hitler d'être des "fascistes" et des "hitlériens" !!!

Pour l'Humanité, la place de tous ces bellicistes est en "prison" où devront aussi être envoyés "tous les responsables de 5 ans de politique extérieure pro-fasciste". Ainsi, est accusé d'avoir mené une politique étrangère pro-fasciste, Léon Blum, Chef du gouvernement du Front Populaire, auquel le PCF reproche sa politique de non-intervention pendant la guerre d'Espagne !!!

A la lecture de ce numéro les soldats de la Werhmacht ont découvert que l'antifascisme désignait en réalité le combat que le Parti communiste menait contre les ennemis de l'Allemagne nazie.

Concernant la publication de l'Humanité clandestine on précisera qu'aucun exemplaire des numéros 50, 51, 52 et 53 n'a été retrouvé. Soit ces numéros n'ont pas été diffusés soit ils n'ont pas été conservés.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes 1940 n° 42 3e trimestre 1990, p. 75.

Message de Paul Reynaud du 14 juin 1940 adressé au Président Roosevelt :
"Dès lors, la France ne peut continuer la lutte que si l'intervention américaine vient renverser la situation, en rendant la victoire des Alliés certaine.
La seule chance de sauver la nation française, avant-garde des démocraties, et par là de sauver l'Angleterre, aux côtés de qui la France pourra alors rester avec avec sa puissante flotte, c'est de jeter, aujourd'hui même, dans la balance, le poids de la puissance américaine. [...]
Je sais que la déclaration de guerre ne dépend pas de vous seul.
Mais je viens vous dire, à cette heure grave dans votre histoire, comme dans la nôtre, que si vous ne pouvez pas donner à la France, dans les heures qui viennent, la certitude que les Etats-Unis entreront en guerre à très brève échéance, le destin du monde va changer.
Vous verrez, alors, la France s'enfoncer comme un homme qui se noie et disparaître, après avoir jeté un dernier regard vers la terre de liberté d'où elle attendait le salut."
Avant son départ pour Bordeaux, Paul Reynaud adresse un message au Président Roosevelt dans lequel il renouvelle sa demande d'une intervention américaine en soulignant cette fois qu'à défaut d'une entrée en guerre des Etats-unis, la France au vu de sa situation militaire sera dans l'obligation de cesser le combat.

Le Président Roosevelt formulera sa réponse dans un télégramme daté du 15 juin 1940 dans lequel il rendra hommage au courage des armées françaises, renouvellera son soutien sous la forme de livraisons de matériel militaire et s'engagera à ne reconnaître aucune annexion portant atteinte à l'intégrité du territoire français mais il écartera toute idée de déclarer la guerre à l'Allemagne au motif que cette décision appartient au Congrès.

Le Gouvernement Reynaud s'installe à Bordeaux.


15 juin 1940
Jacques Duclos, secrétaire du PCF, arrive à Paris.
En raison de l'invasion du territoire belge par les armées allemandes le 10 mai 1940, l'IC demande à Jacques Duclos et à Maurice Tréand, dans un télégramme du 15 mai 1940, de quitter la Belgique où ils étaient réfugiés depuis octobre 1939 et de rejoindre Paris :  "Considérons opportun installation Jacques [Jacques Duclos] et Legros [surnom de Maurice Tréand] en Suisse. En cas impossibilité ils doivent tenter s'établir en France même" (1).

Pour des questions de sécurité, les deux dirigeants communistes ne sont en mesure de quitter Bruxelles que le 14 juin 1940. Il arrivent le lendemain à Paris qui est occupée depuis la veille par les armées allemandes.

Ils ont effectué ce trajet en compagnie d'Eugen Fried qui repart le lendemain pour Bruxelles où il dirige l'antenne de l'IC qui est chargée de contrôler les Parti communistes d'Europe occidentale.

Secrétaire du PCF, Jacques Duclos assure désormais la direction du Parti communiste clandestin puisque Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, s'est réfugié à Moscou après sa désertion en octobre 1939 et un court séjour en Belgique et que Benoît Frachon qui assumait provisoirement cette responsabilité a quitté la capitale le 12 juin 1940 pour s'installer temporairement en zone non-occupée.

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 226.


16 juin 1940
Le Maréchal Pétain est nommé Président du Conseil.
A Bordeaux tard dans la soirée, le Maréchal Pétain est nommé Président du Conseil suite à la démission de Paul Reynaud qui s'est enfermé dans une double impossibilité :
- Impossibilité de poursuivre la guerre puisque le Conseil des ministres de l'après-midi a rejeté la proposition anglaise d'Union franco-britannique.
- Impossibilité de demander l'armistice puisque l'Angleterre n'a pas renoncé à l'accord du 28 mars 1940 aux termes duquel les deux pays se sont engagés à ne pas négocier de Paix séparée avec l'Allemagne.

Le décret de nomination du Maréchal Pétain est publié au Journal officiel des 14, 15, 16 et 17 juin 1940 : "M. le Maréchal Pétain est nommé président du conseil des ministres, en remplacement de M. Paul Reynaud, dont la démission est acceptée."             


17 juin 1940
● Discours du Maréchal Pétain :
"En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude. C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat. 
Je me suis adressé cette nuit à l'adversaire pour lui demander s'il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l'honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités."
Le 17 juin 1940, soit le lendemain de sa nomination à la présidence du Conseil, le Maréchal Pétain, s'exprime depuis Bordeaux pour annoncer dans un discours radiodiffusé "qu'il faut cesser le combat", autrement dit qu'il faut mettre un terme au conflit avec l'Allemagne, et que pour cette raison il a sollicité le gouvernement allemand afin de connaître les conditions de l'armistice.

Illustration de l'alliance germano-soviétique, le jour même de cette démarche du gouvernement français visant à mettre fin aux hostilités entre la France et l'Allemagne, Viatcheslav Molotov, commissaire du peuple aux Affaires étrangères, convoque sans délai l'ambassadeur allemand à Moscou, Friedrich Werner von der Schulenburg, pour lui exprimer "les plus chaleureuses félicitations du Gouvernement soviétique pour le magnifique succès des forces armées allemandes". (Télégramme n° 1167 du 17 juin 1940)

 Article "Pour la Paix par l'entente avec l'URSS" :
"Est-ce que la Cité de Londres obtiendra la continuation du massacre de nos frères et de nos fils pour permettre à l'Angleterre impérialiste avec ses 40 Millions d'habitants, d'en exploiter 400 Millions ?
Ou la volonté de paix du peuple français obtiendra-t-elle gain de cause ?
C'est du peuple lui-même que dépend la réponse ! Par notre action nous devons imposer une paix dans la sécurité, en exigeant par tous les moyens, un gouvernement s'appuyant sur les masses populaires, s'entendant avec l'URSS, pour le rétablissement de la paix générale dans le monde."
(L'Humanité n° 55 du 17 juin 1940)
Dans l'article "Pour la Paix, par l'entente avec l'URSS", l'Humanité du 17 juin 1940, dénonce "l'Angleterre impérialiste" qui s'oppose à tout armistice franco-allemand et appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui rétablira "la paix générale dans le monde" avec le soutien de l'URSS.

Précisons que ce numéro a été rédigé le 16 juin avant la démission à Bordeaux en fin de soirée du gouvernement de Paul Reynaud et la nomination du Maréchal Pétain.

Appel à fraterniser :
"Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! Proletarier aller Länder, vereinigt euch !"
 (L'Humanité n° 55 du 17 juin 1940)
Dans son numéro du 17 juin 1940, l'Humanité appelle en français et en allemand à l'union des prolétaires : "Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! Proletarier aller Länder, vereinigt euch !".

Cet appel internationaliste s'adresse à la fois aux travailleurs français et... aux soldats allemands.

Pour le Parti communiste les soldats allemands qui occupent Paris ne sont pas des envahisseurs mais des prolétaires avec lequel il faut s'unir contre l'ennemi commun : le capitalisme.

Précisons pour terminer que l'Humanité lance cet appel alors que les combats entre les armées françaises et la Wehmacht se poursuivent. Il est même diffusé avant le discours que le Maréchal Pétain prononcera à 12 h 30 depuis Bordeaux pour annoncer qu'il a engagé avec l'ennemi des négociations de paix. 

Tract "Appel de Charles Tillon (17 juin 1940)" (Bordeaux).
Pour la majorité des historiens, le Parti communiste s'est engagé dans la lute contre l'occupant allemand dès l'été 1940 autrement dit son entrée dans la Résistance n'est pas la conséquence de l'invasion de l'URSS par les armées allemandes le 22 juin 1941

Certains auteurs défendent cette thèse en s'appuyant sur l'Appel au "Peuple de France" de juillet 1940 signé par Maurice Thorez et Jacques Duclos, plus connu comme "l'Appel du 10 juillet 1940". D'autres, estimant que ce tract condamnait le Régime de Vichy sans rien dire sur les Allemands, préfèrent mettre en avant l'Appel que Charles Tillon a diffusé le 17 juin 1940 dans la région de Bordeaux quelques heures après le discours du Maréchal Pétain annonçant qu'il avait pris contact avec l'ennemi pour négocier un armistice.

Titré "Appel de Charles Tillon (17 juin 1940)", l'exemplaire unique de ce tract imprimé est conservé aux archives du Centre Jean Moulin de Bordeaux. Ce texte apporterait la preuve que non seulement les communistes ont appelé à lutter contre l'envahisseur allemand dès l'été 1940 mais qu'en plus ils ont été les premiers résistants français puisque le Général de Gaulle a lancé son Appel à la Résistance le lendemain du discours du Maréchal Pétain.

En réalité, l'Appel de Charles Tillon était totalement conforme à la ligne pacifiste fixée par le centre parisien puisqu'il plaidait pour la constitution d'un Gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste. En outre, ce soi-disant Appel à la Résistance est un faux ou plus exactement une version falsifiée tant sur le fond que sur la forme d'un tract ronéoté intitulé "Appel au Peuple de France" qui a été diffusé par les communistes bordelais à la fin de juin 1940.


18 juin 1940
"Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.
Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas."
Le 18 juin 1940 à Londres, le Général de Gaulle s'exprime à la BBC pour condamner l'initiative de paix du Maréchal Pétain et appeler les Français à poursuivre le combat contre l'envahisseur allemand. L'Appel du 18 juin 1940 qui marque le refus de tout armistice avec le régime hitlérien est l'acte fondateur de la Résistance française : "Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas"

Le Parti communiste condamne l'Appel du 18 juin 1940.

Début de la première négociation entre le PCF et les autorités allemandes.
En accord avec Jacques Duclos, Maurice Tréand confie à une militante communiste, Denise Ginollin, la mission d'obtenir de la Kommandantur l'autorisation de faire paraître l'Humanité. Son premier contact avec la Propaganda Staffel n'est pas concluant. On l'invite toutefois à revenir le lendemain. On fera remarquer que ces négociations débutent le jour où le Général de Gaulle appelle les français à poursuivre le combat contre l'Allemagne.

Tract "Il y a des comptes à régler".
Le 18 juin 1940, soit quatre jours après l'entrée des troupes allemandes dans la capitale, le Parti communiste publie le tract "Il y a des comptes à régler" dans lequel il appelle le Peuple de Paris à se mobiliser pour... "châtier et faire payer les responsables des désastres de la France".

Les responsables sont "tous les politiciens qui ont jeté les députés communistes en prison et les ont déchus de leur mandat parce que, dès le début de la guerre, ils avaient eu le courage de réclamer la paix" ainsi que "les ploutocrates des 200 familles qui ont livré la France aux banquiers anglais".

Tiré à 7 000 exemplaires, ce tract illustrant la ligne pacifiste, anti-républicaine et anglophobe du Parti communiste sera soumis à la censure allemande le 20 juin 1940 dans le but d'être publié dans le premier numéro de l'Humanité légale.


19 juin 1940 
Le 18 juin 1940, le Parti communiste a engagé avec les autorités allemandes des négociations pour obtenir la légalisation de l'Humanité dont la publication avait été suspendue en août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique.

C'est dans ce cadre que les communistes ont préparé un numéro modèle de l'Humanité légale : l'Humanité du mercredi 19 juin 1940.

Composé d'un "communiqué officiel allemand" et de six articles, ce numéro zéro approuve la démarche du Maréchal Pétain de négocier un armistice avec Hitler, dénonce les "banquiers de la Cité de Londres" dont la tutelle sur les dirigeants français explique l'entrée en guerre de la France, demande la libération des "défenseurs de la Paix" autrement dit des communistes et enfin définit clairement le projet du Parti communiste pour la France : "Paix" avec l'Allemagne nazie (libération nationale) et "lutte contre le capitalisme" (libération sociale).

Parfaite illustration de la ligne pacifiste, anglophobe et anti-républicaine du Parti communiste,l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 a été soumise à la censure de la Propaganda Staffel le 20 juin 1940 avec un ensemble de textes devant être publiés dans l'Humanité légale.

Elle a même fait l'objet d'une édition clandestine à part entière dans les jours suivants.

● Appel à fraterniser :
"Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! Proletarier aller Länder, vereinigt euch !"
Dans son numéro du 19 juin 1940, l'Humanité renouvelle son appel à l'union des travailleurs français et des soldats allemands.

Distincte de l'Humanité du mercredi 19 juin 1940, l'Humanité n° 56 du 19 juin 1940 appartient à la série régulière des Humanités clandestines.

● Première rencontre entre Denise Ginollin et le lieutenant Weber.
Denise Ginollin se présente comme prévu au service de presse de la Kommandantur où elle expose cette fois sa requête à un officier, le lieutenant Weber, qui lui répond qu'en principe rien ne s'oppose à la reparution de l'Humanité. Toutefois, il lui précise qu'il ne peut décider de son propre chef et l'invite en conséquence à revenir le lendemain pour avoir une réponse.


20 juin 1940
Fin de la première négociation entre le PCF et les autorités allemandes.
Le 20 juin 1940, Denise Ginollin expose au Lieutenant Weber, à son second rendez-vous de la journée, les motifs pour lesquels il serait légitime d'autoriser la parution de l'Humanité. On signalera le caractère antisémite de cet exposé puisque parmi les arguments prévus par les communistes figure celui-ci : "Pas cédé face dictature Juif M(andel)"

Au terme de cet entretien le lieutenant Weber annonce à Denise Ginollin qu'il accorde au journal l'Humanité l'autorisation de paraître sous censure allemande. Cette reparution se fera d'ailleurs comme le souhaitait les communistes dans les formes qu'avait le journal avant son interdiction c'est-à-dire avec la mention "Organe central du Parti communiste français" et les emblèmes de la faucille et du marteau.

Denise Ginollin, qui doit repasser à 22 heures à la Kommandantur pour soumettre au visa du lieutenant Weber les articles du premier numéro de l'Humanité légale, est arrêtée à 20 h 30 par la police française, en même temps que Maurice Tréand et Jeanne Schrodt, pour infraction au décret de dissolution des organisations communistes et publication irrégulière d'un périodique.

Ce sont ces arrestations ainsi que celle le lendemain de Valentine Grunenberger qui mettent un terme à la première négociation entre le PCF et les autorités allemandes.




21 juin 1940
● Tract "Pour la défense de la liberté et de l'indépendance : Rassemblement" (Bordeaux)
"Maintenant, ils ne pensent plus qu'au meilleur moyen de livrer la France à Hilter et Mussolini, comme ils leur ont livré les peuples de Tchécoslovaquie et d'Espagne. [...]
Maintenant, ils négocient une paix fasciste. [...]

PEUPLE DE FRANCE, TRAVAILLEUR, TRAVAILLEUSES ! [...]
POUR SAUVER L'INDÉPENDANCE ET LA LIBERTÉ

Il faut immédiatement un gouvernement appuyé sur les masses populaires, brisant le complot fasciste de la réaction et faisant appel à l'URSS pour le rétablissement d'une Paix véritable dans le monde !" (1).
Signé "Le Parti communiste français (SFIC)", le tract "Pour la défense de la liberté et de l'indépendance : Rassemblement" a été rédigé entre le 17 juin 1940 (demande d'armistice) et le 22 juin 1940 (signature de l'armistice).

Un rapport du 14 juillet 1940 du ministère de l'Intérieur, intitulé "Note sur les menées communistes", apporte les précisions suivantes quant à sa diffusion :

"La question des responsabilités, qui n'était qu'ébauchée dans les premiers tracts, est posée brutalement dans celui intitulé "Pour la Défense de la Liberté et de l'Indépendance : rassemblement !", qui circulait dans les usines de Bordeaux, dès le 21 juin." (2)

Diffusé dans la région bordelaise au cours des négociations de l'armistice franco-allemand, le tract "Pour la défense de la liberté et de l'indépendance / Rassemblement" accuse le Gouvernement Pétain, représentant des oligarchies capitalistes, de négocier avec les Allemands une "paix fasciste".

L'alternative à cette paix fasciste n'est pas la Résistance mais la constitution d'un gouvernement communiste qui fasse appel à l'URSS "pour le rétablissement d'une Paix véritable dans le monde" (souligné deux fois dans le texte).

En d'autres termes, seul le Parti communiste peut négocier avec Hitler une Paix qui sera véritablement conformes aux intérêt du peuple français.

Au vu de ces éléments, le fascisme pétainiste et l'antifascisme communiste ont le même objectif : la Paix avec l'Allemagne nazie.

Pour terminer on signalera que la phrase "Maintenant, ils ne pensent plus qu'au meilleur moyen de livrer la France à Hitler et Mussolini comme ils leur ont livré les peuples de Tchécoslovaquie et d'Espagne" permet d'établir un lien de parenté et d'antériorité avec le tract "Appel au Peuple de France" qui a été diffusé à la fin de juin 1940 et dans lequel on peut lire :

"Ils ont livré à HITLER et à MUSSOLINI : l’ESPAGNE, l'AUTRICHE, l’ALBANIE et la TCHECOSLOVAQUIE. [...]
ET MAINTENANT, ils LIVRENT LA FRANCE."

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, pp. 45-47 (Texte intégral)
(2) D. Peschanski, Vichy 1940-1944 Archives de guerre d'Angelo Tasca, p. 358.

 Déposition de Denise Ginollin du 21 juin 1940

Déposition de Maurice Tréand du 21 juin 1940


22 juin 1940
Signature de l'armistice franco-allemand.

Télégramme de l'IC du 22 juin 1940 signé par Dimitrov et Thorez :
"Nécessaire réaliser ralliement force du peuple sous forme différents comités assistance, ravitaillement aide pratique aux masses, chômeur réfugiés, blessés, démobilisés.
Déjouant les provocations et actions prématurées néanmoins indispensable soutenir et organiser résistance masses contre mesures violence, spoliations, arbitraire envers peuple de la part envahisseurs. Soulevez haine des masses contre Chiappe et tous les autres agents des envahisseurs.
Indispensable organiser travail correspondant parmi armée occupation et utilisation tout contact population civile avec soldats allemands pour les inciter à renoncer commettre actes de violence et leur faire comprendre que assujettissement peuple français est contraire véritables intérêts peuple allemand.
Indispensable reconstituer immédiatement syndicats introduisant dans directions maximum nos camarades. Obtenir avec concours masses libérations militants communistes et syndicaux emprisonnés et réintégration conseillers et maires communistes à leurs postes.
[...] Utilisez moindre possibilité favorable pour faire sortir journaux syndicaux, locaux, éventuellement l'Humanité en veillant que ces journaux restent sur ligne défense intérêts sociaux et nationaux peuple et ne donnent aucune impression solidarité avec envahisseur ou leur approbation. [...]
Au cas où membres du Parti, conseillers municipaux, responsables syndicaux ou responsables comité d'aide, travailleraient légalement ou semi-légalement, éviter tout ce qui pourrait donner impression solidarité avec envahisseurs." (1)
Le 22 juin 1940, l'IC adopte une Directive qu'elle envoie le jour même dans un télégramme signé par Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC, et Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, à Eugen Fried, représentant de l'IC auprès du PCF, qui depuis Bruxelles assure une liaison avec Jacques Duclos qui assume alors la direction du Parti communiste clandestin.

Ce texte - fondamental - définit l'action du Parti communiste dans une France défaite et occupée par les armées du IIIe Reich.

La Directive du 22 juin 1940 n'appelle pas le Parti communiste à combattre l'occupant allemand mais au contraire à tirer profit de sa présence pour reprendre une activité légale.

En effet, l'IC autorise explicitement le Parti communiste à négocier avec les Allemands sur les points suivants : reparution de sa presse et notamment de l'Humanité, libération de ses militants, reconnaissance de ses syndicats ainsi que de ses comités d'aide à la population et enfin rétablissement des municipalités communistes.

Elle vient ainsi confirmer les consignes orales qu'Eugen Fried a donné à Jacques Duclos le 15 juin 1940 concernant la légalisation de l'Humanité.

L'IC fixe une seule limite : ne pas "donner impression solidarité avec envahisseurs".

La pertinence de cette limite suppose de considérer qu'en elle-même une activité autorisée par les Allemands n'est pas un soutien aux envahisseurs.

Pour illustrer ce point on citera La Pensée Libre de février 1941 dans laquelle est posée le principe suivant : "Aujourd'hui, en France, littérature légale veut dire : littérature de trahison".

Doit-on déduire de cette règle édictée par les intellectuels communistes que toute activité légale est une activité de trahison ?

La Directive du 22 juin 1940 recommande aussi aux militants communistes de fraterniser avec les soldats allemands afin de leur expliquer que tout acte de violence serait "contraire [aux] véritables intérêts [du] peuple allemand".

Jacques Duclos approuvera le contenu des instructions de l'IC dans son rapport du 3 juillet 1940 : "Nous venons de recevoir vos indications avec lesquelles nous sommes entièrement d'accord". (2)

Au vu de ces éléments, on peut affirmer qu'il existe un accord clair entre Jacques Duclos (direction parisienne du PCF), Maurice Thorez (direction moscovite du PCF) et Georges Dimitrov (secrétaire générale de l'IC) pour que le PCF engage des négociations avec les autorités allemandes.

Signalons que dans le but de tempérer et de minimiser la compromission du Parti communiste de l'été 1940, l'historiographie officielle affirme, d'une part, que la direction parisienne du Parti communiste était isolée autrement dit qu'elle n'avait pas de liaison avec l'IC et, d'autre part, que Moscou était opposé à toute négociation avec les Allemands autrement dit le secrétaire général du PCF ne porte aucune responsabilité dans cet épisode.

----------------------------------------

Les négociations entre le Parti communiste et les autorités allemandes ont débuté le 18 juin 1940 pour s'achever le 27 août 1940 sur échec. Elles ont porté sur les points suivants :

- reparution de la presse communiste et notamment de l'Humanité  dont la publication avait été suspendue en août 1939 en raison de son soutien au Pacte germano-soviétique. Ont aussi envisagées les parutions légales de Ce Soir et de la Vie Ouvrière.

libération des élus et militants communistes qui avait été condamnés par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 pour leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie, ainsi que ceux qui pour le même motif avait été internés administrativement sur la base du décret-loi du 18 novembre 1939 relatif aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale.

Jusqu'en juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes ces élus et militants ont été désignés dans la propagande communiste comme les "Défenseurs de la Paix".

- rétablissement des municipalité communistes. Les maires communistes avaient été suspendus de leurs fonctions (décret-loi du 26 septembre 1939) puis déchus de leur mandat (loi du 20 janvier 1940).

- reconnaissance des comités populaires. Ces structures ont été créées par le Parti communiste à partir de juillet 1940. Citons par exemple les comité populaires d'entreprise, appelés aussi comités populaires d'usine, qui rassemblaient les personnels d'une entreprise en vue d'assumer deux fonctions : ravitailler en vivre les familles du personnel et remettre l'entreprise en activité. Ou encore les comités populaires d'entr'aide et de solidarité qui visaient à organiser, à l'échelle locale, le ravitaillement des populations.

- constitution à Paris d'un gouvernement populaire avec la participation de communistes. Scandalisée par ce dernier point, l'IC a réagi vigoureusement dans sa Directive du 5 août 1940 en qualifiant de compromission cette initiative qui sortait totalement du cadre qu'elle avait fixé.

A la suite de ces critiques et au vu de l'absence de résultat concret, le Parti communiste met un terme définitif à ses pourparlers avec les autorités allemandes le 27 août 1940. Pour expier la dérive dénoncée par l'IC, le Parti communiste exclura en septembre le militant qui était chargé des négociations : l'avocat Robert Foissin.

----------------------------------------

Pour les historiens la Directive de l'IC du 22 juin 1940 appelle le Parti communiste à organiser la Résistance à l'occupation allemande.

Pour cela ils mettent en exergue la phrase suivante :

"Déjouant les provocations et actions prématurées néanmoins indispensable soutenir et organiser résistance masses contre mesures violence, spoliations, arbitraire envers peuple de la part envahisseurs."

Tout d'abord, on notera que l'envahisseur n'a ni nationalité, ni idéologie, ni chef.

Ensuite, l'IC recommande de résister aux envahisseurs dans l'hypothèse où ils commettraient des actes de violence à l'égard de la population. Sur ce point particulier, on citera le rapport du 18 juillet 1940 adressé à l'IC dans lequel Jacques Duclos décrit le comportement bienveillant des soldats allemands qui gardent les prisonniers de guerre français : "Pour ce qui est des soldats allemands qui gardent les prisonniers ils sont « chics » et se conduisent humainement. Ces soldats s'efforcent de faciliter aux femmes qui vont voir soit un fils soit le mari soit un frère l'approche du camp et permettent de passer lettres et paquets « à la sauvette »." (3)

Ajoutons que dans le paragraphe suivant de sa Directive, l'IC prescrit aux militants communistes de fraterniser avec les soldats allemands dans le but de prévenir tout comportement violent :  

"Indispensable organiser travail correspondant parmi armée occupation et utilisation tout contact population civile avec soldats allemands pour les inciter à renoncer commettre actes de violence et leur faire comprendre que assujettissement peuple français est contraire véritables intérêts peuple allemand. "

Enfin, dans une lettre du 3 juillet 1940 adressée à Martha Desrumeaux, responsable de la région Nord-Pas-de-calais du PCF, Jacques Duclos formule plusieurs recommandations tirées de la Directive du 22 juin 1940 dont celle concernant la fraternisation avec les soldats allemands :

"De plus il faut recommander aux travailleurs le contact avec les soldats occupants de façon à établir des liens fraternels étant bien entendu que rien de ce qui opprime le peuple français ne sert le peuple allemand." (4)

Ainsi, non seulement la Directive du 22 juin 1940 n'appelle pas à la Résistance mais en plus elle encourage les militants communistes à fraterniser avec les soldats allemands !!!

Cette recommandation sera d'ailleurs réaffirmée dans la Directive du 19 juillet 1940 : "Organisation conversations amicales population civile, particulièrement femmes bien préparées, avec soldats occupants représente tâche capitale." (5)

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, pp. 241-242.
(2) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, p. 209.
(3) Ibid. p. 221.
(4) Ibid. p. 208.
(5) Ibid. p. 231.


24 juin 1940
● Article "Construire la Paix" :
"L'armistice est signé.
Ah, certes nous serrons les poings à la pensée qu'une autre paix eut pu être conclue en Septembre-Octobre dernier comme la proposaient les Communistes. Mais à cette époque Daladier jugeait que les ordres de la Cité de Londres devaient être obéis.
Construire la Paix ! Voilà donc la tâche urgente. [...]
Pour négocier la paix, il faut pouvoir parler au nom du peuple. On ne parle pas au nom du peuple quand on tient en prison et dans les camps des milliers de militants du peuple. Seul, sera digne de négocier une paix équitable, le gouvernement qui rendra au prolétariat ses droits et sa liberté."
(L'Humanité n° 57 du 24 juin 1940)
Dans son numéro du 24 juin 1940, l'Humanité publie un article intitulé "Construire la Paix" dans lequel non seulement elle approuve la signature de l'armistice franco-allemand mais en plus elle affirme que seul le Parti communiste est légitime pour négocier un traité de Paix avec Hitler au motif qu'il est le seul parti à s'être opposé à la guerre.

Le texte fait aussi référence à la lettre du 1er octobre 1939 dans laquelle les députés communistes demandaient une délibération du Parlement sur d'imminentes propositions de Paix. L'Humanité attribue l'échec de cette initiative pacifiste à la soumission du Gouvernement Daladier aux "ordres de la Cité de Londres".

Télégramme n° 1212 de Schulenburg, ambassadeur d'Allemagne à Moscou adressé au ministère des Affaires étrangères à Berlin :
"L'information suivante a été publiée par Tass dans la presse soviétique du 23 juin, et diffusée précédemment à la radio le 22 juin :
« Dans le cadre de l'entrée des troupes soviétiques dans les pays baltes, des rumeurs ont récemment encore été propagées affirmant que 100 à 150 divisions ont été concentrées à la frontière lituano-allemande, que cette concentration des troupes soviétiques était due à l'insatisfaction de l'Union soviétique devant les succès de l'Allemagne à l'Ouest, et que cela révélait une détérioration des relations gemano-soviétiques, et était conçu pour exercer une pression sur l'Allemagne. Récemment, différentes versions de ces rumeurs ont été répétées presque tous les jours dans la presse américaine, japonaise, anglaise, française, turque et suédoise.
Tass est autorisé à déclarer que toutes ces rumeurs, dont l'absurdité est de toute façon évidente, ne correspondent en rien à la vérité. Dans les pays baltes il n'y a, en fait, ni 100, ni 150 divisions, mais, en tout, pas plus de 18 à 20 divisions, et ces divisions ne sont pas concentrées à la frontière lituano-allemande, mais dans différents districts des trois républiques baltes, et leur but n'est pas d'exercer une "pression" sur l'Allemagne, mais de fournir une garantie pour l'exécution des pactes d'assistance mutuelle entre l'URSS et ces pays.
Les cercles dirigeants soviétiques sont d'avis que la propagation de ces rumeurs absurdes vise en particulier à obscurcir les relations germano-soviétiques. Ces personnes, cependant, prennent leurs désirs secrets pour la réalité. Apparemment, ils sont incapables de saisir le fait évident que les relations de bon voisinage, résultant de la conclusion du pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne, ne peuvent pas être altérées par des rumeurs ou une insignifiante propagande empoisonnée, parce que ces relations ne sont pas fondées sur des motifs d'opportunisme, mais sur les intérêts fondamentaux de l'URSS et l'Allemagne »."
L'agence de presse officielle soviétique Tass diffuse le 22 juin à la radio un communiqué, repris le lendemain dans les journaux, qui dément les rumeurs de la presse étrangère concernant la dégradation des relations germano-soviétiques. Le communiqué souligne que ces relations ne peuvent être altérées au motif qu'elles sont fondées sur "les intérêts fondamentaux de l'URSS et l'Allemagne". Dans un second télégramme du 24 juin 1940 numéroté 1213, Schulenburg mentionne le communiqué du 22 juin de l'agence Tass avec ce commentaire : "je déduis de la formulation du communiqué que Staline lui même est l'auteur".

Dans son discours prononcé le 1er août 1940 devant le Soviet suprême, Viatcheslav Molotov, chef du gouvernement soviétique, qualifie les relations entre l'URSS et l'Allemagne dans les mêmes termes que le communiqué du 22 juin : "à la base des relations amicales et de bon voisinage qui se sont établies entre l'URSS et l'Allemagne, se trouvent non seulement des éléments fortuits de conjoncture, mais des intérêts fondamentaux de l'Union soviétique comme de l'Allemagne".

● Signature de l'armistice franco-italien.


25 juin 1940
● Entrée en vigueur des armistices franco-allemand et franco-italien.
L'entrée en vigueur des armistices franco-allemand et franco-italien marque la fin de la Bataille de France et met par ailleurs un terme à la Campagne de France qui a débuté le 10 mai 1940. Désormais, l'objectif des pacifistes, qu'ils soient pétainistes ou communistes, sera la signature d'un Traité de Paix entre la France et l'Allemagne qui mettra un terme définitif à l'engagement français dans cette guerre intra-européenne.

Appel au "Peuple de Paris !" :
L'armistice est signé. Nos soldats ne se battent plus et, tandis qu'a cessé le bruit du canon, nos pensées vont à tous ceux qui sont restés sur les champs de bataille, aux mères, aux veuves, aux orphelins, aux mutilés, à toutes les pitoyables victimes de la guerre.
C'est en vain que les agents de l'impérialisme britannique essayent maintenant de persuader le Peuple de France qu'il doit poursuivre la guerre pour le compte des financiers de la Cité et, tandis que ces messieurs tentent d'étendre le feu de la guerre aux colonies, les communistes disent aux peuples coloniaux : "Mettez à profit les difficultés de vos oppresseurs pour briser vos chaînes, pour vous libérer, pour conquérir votre indépendance".  [...]
Le gouvernement que le pays attend et que les événements imposent, c'est un gouvernement populaire démocratique, s'appuyant sur le peuple, lui inspirant la confiance, lui donnant des raisons de travailler et d'espérer, un gouvernement de lutte contre la ploutocratie, composé d'hommes courageux, honnêtes, ayant donné des preuves de leur dévouement à la cause du peuple,un gouvernement décidé à maintenir la paix, un gouvernement décidé à poursuivre avec l'URSS, pays du socialisme, une politique d'amitié qui compléterait heureusement le pacte germano-soviétique et contribuerait à créer les conditions d'une paix juste et durable.
Le 25 juin 1940 - soit le jour de l'entrée en vigueur de l'armistice franco-allemand - la Région Paris-Ville du Parti communiste publie un Appel au "Peuple de Paris !" dans lequel elle condamne le Général de Gaulle, célèbre le pacifisme du Parti communiste pendant la guerre de 1939-1940 et enfin plaide pour la constitution d'un gouvernement communiste "décidé à maintenir la paix" avec l'Allemagne nazie". 

Arrêtés par la police française les 20 et 21 juin 1940 pour leur tentative de faire reparaître l'Humanité avec l'accord de la Propoganda Staffel, Maurice Tréand, Denise Ginollin, Jeanne Schrodt et Valentine Grunenberger sont libérés le 25 juin 1940 après l'intervention d'Otto Abetz, le représentant d'Hitler en France.


26 juin 1940
Début de la seconde négociation entre le PCF et les autorités allemandes.
Le 26 juin 1940, Otto Abetz reçoit à l'ambassade d'Allemagne deux membres du Comité central du Parti communiste français : Maurice Tréand et Jean Catelas.

Cette rencontre marque le début de la seconde négociation entre le Parti communiste et les autorités allemandes. Comme la première elle portera sur la reparution de l'Humanité. Toutefois, face au refus des Allemands de légaliser l'organe central du PCF, les communistes demanderont à partir du 4 juillet l'autorisation de reprendre la publication de l'autre quotidien communiste : le journal Ce Soir. Dans ces pourparlers qui prendront fin le 27 août seront aussi abordés les points suivants : libération des militants et élus communistes, reconnaissance des Comités populaires, rétablissement des municipalités communistes et enfin, le plus surprenant, constitution d'un gouvernement révolutionnaire avec la participation de communistes.

Portant principalement sur la reparution de l'Humanité, les discussions qui se déroulent entre le 26 juin et le 4 juillet 1940 ont pour cadre la Lettre du 26 juin 1940 dans laquelle Maurice Tréand et Jean Catelas demandent officiellement aux autorités allemandes "l'autorisation de publier l'Humanité sous la forme dans laquelle elle se présentait à ses lecteurs avant son interdiction par Daladier au lendemain de la signature du pacte germano-soviétique".



27 juin 1940
● Foissin remet à Abetz la demande de parution légale de l'Humanité.
Le 27 juin 1940, le Parti communiste demande officiellement l'autorisation de faire paraître l'Humanité sous censure allemande en remettant à Otto Abetz une lettre signée par deux membres de son Comité central, Jean Catelas et Maurice Tréand.


28 juin 1940
Lettre de Abtez du 28 juin 1940 adressée au Dr Harald Turner
"Je vous envoie ci-joint la copie d'une lettre arrivée hier [Lettre du 26/06/40], dans laquelle trois représentants du Bureau central du parti communiste français exposent les motifs et le programme d'une reparution de l'Humanité et plaident pour la libération des communistes incarcérés par le gouvernement français ainsi que pour la réinstallation des fonctionnaires communistes déposés au début de la guerre. 
La lettre est de Maurice Tréand et Jean Catelas et a été apportée personnellement par Robert Foissin. [...]
Les trois personnes nommées ne m'ont pas donné l'impression que l'on pourrait les amener à s'écarter de leur doctrine.
Par contre elles paraissent susceptibles de nous rendre d'utiles services dans le cadre d'un accord clair pour remettre en marche l'économie française et rétablir une situation sociale plus saine. [...]
Foissin, Tréand et Catelas demandent une entrevue avec la personnalité compétente de l'Administration militaire." (1)
Le 28 juin 1940, Abtez transmet la demande de reparution de l'Humanité au Dr Harald Turner, Chef des Verwaltungsstabesbeim Militärbefehlshaber Paris (Chef de l'Etat-Major administratif du Commandant militaire de Paris) accompagnée d'une lettre.  

Dans cette lettre datée du 28 juin 1940, Abetz résume les demandes du Parti communiste : reparution de l'Humanité, libération des militants communistes et retour dans leurs municipalités des élus communistes déchus de leurs mandats. Il met ensuite en évidence l'intérêt pour les autorités allemandes d'un accord avec les communistes : reprise de l'activité économique et garantie de la paix sociale. Enfin, il indique que les trois délégués du Parti communiste souhaitent rencontrer un responsable allemand afin de finaliser un accord.

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, 1983, p. 288 (texte intégral).

●  Foissin se rend à l'ambassade d'Allemagne pour connaitre la réponse des autorités allemandes. Abetz lui indique qu'aucune décision n'a encore été prise.


30 juin 1940
● Le matin paraît le premier numéro de La France au Travail dirigée par André Picard,
Ce journal lancé par les allemands vise avec un contenu anti-capitaliste le même public que la presse communiste. Il se caractérise aussi par son discours antisémite. 

La parution le matin de La France au Travail a des conséquence sur les négociations pour la reparution légale de l'Humanité. Les autorités allemandes ajoutent désormais une seconde condition pour autoriser un quotidien communiste : une parution le soir. Rappelons la première : un changement de titre.

● Lettre de Jacques Duclos du 30 juin 1940 addressée à l'IC :
"En bref, la population parisienne n'aime pas les occupants, elles se sent profondément humiliée, mais cependant, et c'est très heureux, on voit se généraliser des attroupements d'ouvriers conversant avec des soldats allemands et les amenant "au bistrot du coin" pour parler plus à l'aise devant une tournée; les conversations de cet ordre roulent toujours sur le capitalisme, sur le socialisme, sur l'URSS pays du socialisme, sur les communistes et d'une manière générale les ouvriers parisiens ne sont pas à court d'arguments dans les discussions avec les soldats allemands. [...]

En tout cas la rupture entre le gouvernement Pétain et l’Angleterre s'élargit, un des pro-anglais de l’équipe ministérielle Paul Baudoin représentant du capital colonial a été obligé de parler publiquement contre l’Angleterre et le général de Gaulle au service des britanniques qui croyait pouvoir compter sur des gouverneurs de colonies, sur le général Mittelhauser de l'armée du Levant, voit ses efforts énergiquement contrecarrés par le gouvernement Pétain. [...]

Pour ce qui est de notre programme revendicatif voici où nous en sommes.

Politique intérieure
Libération de tous les défenseurs de la paix, communistes et autres, jetés en prison ou internés dans les camps de concentration pour avoir combattu la guerre. [...]

Politique Extérieure 
Maintien de l'armistice et répression énergique de toute action tendant à entraîner à nouveau le peuple français dans la guerre.
Soutien des peuples coloniaux dans la lutte pour leurs revendications et leur indépendance
Conclusion d'un pacte d'amitié avec l'URSS qui compléterait le pacte germano-soviétique et constituerait un important facteur de pacification européenne". (1)
Le 30 juin 1940, Jacques Duclos rédige à l'attention de l'IC un long et détaillé rapport, co-signé par Maurice Tréand, sur la situation de Paris ainsi que les activités légales et illégales du Parti communiste depuis sa prise de fonction le 15 juin 1940.

Dans l'extrait cité, Jacques Duclos décrit des scènes de fraternisation entre "soldats allemands" et "ouvriers parisiens" avec ce commentaire : "c'est très heureux". Il mentionne ensuite le Général de Gaulle en indiquant qu'il est "au service des britanniques". Enfin, il ébauche un "programme revendicatif" dans lequel il demande notamment en politique intérieure la libération des "défenseurs de la paix", autrement dit des militants et élus communistes emprisonnés ou internés "pour avoir combattu la guerre", et formule en politique extérieure les revendications suivantes :
1) "maintien de l'armistice" franco-allemand du 22 juin 1940 et "répression énergique" de toute forme de Résistance,
2) indépendance des peuples coloniaux pour qu'ils ne soient pas engagés dans la guerre contre l'Allemagne,
3) pacte d'amitié avec l'URSS "qui compléterait le pacte germano-soviétique" et constituerait "un important facteur de pacification européenne".

La ligne politique défendue par le Parti communiste à partir de juin 1940 est claire et sans aucune ambiguïté :
- Le Parti communiste approuve l'armistice franco-allemand.
- Le Parti communiste condamne le Général de Gaulle parce que ce dernier appelle à poursuivre le combat contre l'Allemagne.
- Le Parti communiste appelle à l'indépendance des peuples coloniaux pour empêcher l'implantation de la France Libre du Général de Gaulle dans les territoires de l'Empire français.
- Le Parti communiste plaide pour la conclusion d'un Pacte franco-soviétique en précisant qu'il serait un complément au Pacte germano-soviétique et qu'il garantirait la Paix en Europe.

Ces éléments sont-ils caractéristiques de la Collaboration ou de la Résistance ?

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes Le PCF et l'Internationale n° 52-53, 2e et 3e trimestre 1993, pp. 187-201.


Fin juin 1940
Tract "Appel au Peuple de France" (Bordeaux) :
"Ils ont livré à HITLER et à MUSSOLINI : l’ESPAGNE, l'AUTRICHE, l’ALBANIE et la TCHECOSLOVAQUIE. [...]
ET MAINTENANT, ils LIVRENT LA FRANCE. [...]
Pour un gouvernement populaire s'appuyant sur les masses, libérant les travailleurs, rétablissant la légalité du PARTI COMMUNISTE, luttant contre le fascisme hitlérien et les 200 familles, s'entendant avec l'URSS pour une paix équitable, luttant pour l'indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes." (1)
A la fin de juin 1940 ou au début de juillet 1940, le Parti communiste diffuse dans la région de Bordeaux un "Appel au Peuple de France" dans lequel il appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui négociera une "paix équitable" avec l'Allemagne nazie grâce au soutien de l'URSS.

Ce tract bordelais est conforme à la ligne fixée par la direction centrale du PCF.

Précisons que les mots "fascisme hitlérien" désignent le gouvernement du Maréchal Pétain et non les armées allemandes. Pour étayer cette affirmation on citera la brochure "Union du peuple pour libérer la France" d'août 1940 dans laquelle Charles Tillon décrit le pouvoir du Maréchal Pétain en ces termes : "l'Ordre nouveau du gouvernement de la 5e colonne, c'est le fascisme hitlérien !" (2). 

Le tract ronéoté "Appel au Peuple de France" sera falsifié après la guerre pour tenter d'en faire un Appel à la Résistance sous le titre "Appel de Charles Tillon". L'exemplaire unique de ce faux tract imprimé sera ensuite versé aux archives du Centre Jean Moulin de Bordeaux sans aucun contrôle quant à son authenticité.

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 41.
(2) Ibid., p; 48.



JUILLET 1940



1er Juillet 1940
● Article "Pas pour l'Angleterre"  :
Le Général de Gaulle et autres agents de la finance anglaise voudraient faire battre les Français pour la City et ils s'efforcent d'entraîner les peuples coloniaux dans la guerre.
Les Français répondent le mot de Cambronne à ces Messieurs; quant aux peuples coloniaux ils pourraient bien profiter des difficultés que connaissent leurs oppresseurs pour se libérer. VIVE L'INDEPENDANCE DES PEUPLES COLONIAUX.
(L'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940)
Dans son numéro du 1er juillet 1940, l'Humanité mentionne pour la première fois le Général de Gaulle.

Pour l'organe central du Parti communiste français, le chef de la France Libre n'est pas un patriote qui a créé en Angleterre une organisation ayant pour objectif de libérer la France par les armes mais un vulgaire "agent de la finance anglaise" qui par vénalité veut "faire battre les Français pour la City".

Cet argument justifiant la condamnation du mouvement gaulliste est résumé dans le titre du texte : "Pas pour l'Angleterre".

Quant aux Appels du Général de Gaulle, l'Humanité répond clairement et avec vulgarité par la négative en invoquant le "mot de Cambronne".

Dernier élément, le journal communiste plaide en faveur de "l'indépendance des peuples coloniaux" pour empêcher d'une part l'implantation de la France Libre dans les territoires de l'Empire français et d'autre part leur engagement dans la guerre contre l'Allemagne nazie

Acte de naissance de l'anti-gaullisme du Parti communiste français, l'Humanitén° 58 du 1er juillet 1940 sera suivi d'autres numéros dans lesquels le Général de Gaulle et la Résistance seront insultés et calomniés.

● Article "Les revendications du peuple de France" :
"Le Peuple de France soucieux d'assurer le redressement économique et moral du pays demande :
1°) La libération de tous les défenseurs de la Paix et le rétablissement dans leurs fonctions des élus du peuple déchus pour avoir défendu la Paix. [...]
7°) Le maintien de la Paix et la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique et qui permettrait la conclusion d'un accord commercial avec l'Union soviétique pour éviter la famine."
(L'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940)
Sous le titre "LES REVENDICATIONS DU PEUPLE DE FRANCE" l'Humanité détaille les mesures qui forment le projet du Parti communiste.

En matière de politique extérieure, l'Humanité demande "le maintien de la Paix" et la conclusion d'un "pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique".

L'organe centrale du Parti communiste français défend une ligne clairement pro-allemande.

Sur le plan intérieur, l'Humanité demande la libération "de tous les défenseurs de la Paix" autrement dit des militants et élus communistes qui ont été condamnés ou internée pour défaitisme. Elle plaide ainsi pour le rétablissement dans leurs fonctions des élus communistes déchus de leurs mandats "pour avoir défendu la Paix" autrement dit l'abrogation de la loi du 20 janvier 1940.

Article "Ceux qui ont le doit de parler" :
""L'HUMANITE" interdite, en août dernier, par Daladier pour avoir défendu le pacte germano-soviétique, "l'HUMANITE", interdite pour avoir défendu la Paix, ne peut toujours pas paraître normalement.
Par contre, deux journaux bien connus pour leurs mensonges, "Le MATIN" et "PARIS-SOIR" peuvent paraître, mais ils ne parviendront jamais à faire oublier leur triste besogne d'excitation à la guerre.
Et voici que, maintenant, parait aussi une feuille de la bande à Doriot, de cette bande dont on sait que, depuis le premier jour de la guerre, elle a fait chorus avec les fauteurs de massacres.
Cette bande, écrivait le 7 juin dernier : "En frappant la colonne hitléro-thorezienne on est sur de ne pas se tromper", dans le but évident de déclencher l'assassinat en masse des emprisonnés et de désigner les communistes, courageux défenseurs de la Paix, aux poteaux d'exécution du sinistre Mandel.
Le Peuple de France n'aime pas les chiens couchants, ceux qui sont toujours du coté du manche. Il ne peut avoir que mépris pour ceux qui ont hurlé à la guerre, qui ont été les soutiens dociles de la clique Daladier-Reynaud-Mandel.
Les valets des fauteurs de guerre peuvent se répandre aujourd'hui, en bavardages, ils ne feront pas oublier leur attitude d'excitateurs à la guerre.
Un journal a le droit de parler, un journal a le droit de dire leur fait aux responsables des malheurs de la France; ce journal c'est "l'HUMANITE" qui a défendu la grande cause de la liberté et de la Paix, a lutté pour le socialisme contre le capitalisme générateur de misère et de guerre.
"L'HUMANITE" doit pouvoir paraître normalement. Voilà ce que pensent, ce que demande les masses populaires de France."
(L'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940)
Dans son numéro du 1er juillet 1940, l'Humanité clandestine publie un plaidoyer pour sa légalisation intitulé "Ceux qui ont le droit de parler" dans lequel elle invite les autorités allemandes a agir en matière de presse suivant un principe simple : interdire tous les journaux qui étaient bellicistes pendant la guerre de 1939-1940 et autoriser le seul journal qui s'est mobilisé pendant toute la durée du conflit en faveur de la Paix.

Ce journal c'est l'organe central du Parti Communiste Français : l'Humanité.

Dans son rapport à l'IC du 30 juin 1940, Jacques Duclos évoque la diffusion de l'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940 en ces termes :

"Considérant qu'en tout état de cause notre Parti devait parler et ne pas se laisser lanterner [référence aux négociations avec les Allemands] nous avons publié un premier tract de la Région Paris-Ville et comme un journal doriotiste « La Vie Nationale » est paru samedi [samedi 29 juin 1940], les vendeurs étant accompagnés pour éviter de se faire casser la gueule, nous avons fait paraître (1) aussitôt un numéro de « l'Humanité » ronéotypée à grand tirage (100 000 exemplaires) avec le contenu suivant « Ceux qui ont le droit de parler. L'armée Rouge en Bessarabie. Les revendications du peuple de France. Pour remettre la France au Travail. Tous dans le bain. La grande misère des chômeurs. Le gouvernement qu'il nous faut ».
En attaquant à fond le « Matin » et « Paris-Soir » qui continuent à paraître avec l'autorisation des autorités allemandes en attaquant la bande à Doriot et en soulignant que seuls les communistes ont le droit de parler parce qu'ils ont été les seuls à lutter contre la guerre nous indiquons que « l'Humanité » ne peut toujours pas paraître normalement alors que c'est ce journal qui attend le peuple de France." (2)

Dans ce rapport le responsable du Parti communiste clandestin souligne l'importance de l'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940 en indiquant que ce numéro a été tiré à 100 000 exemplaires. A cette période, chaque numéro de l'Humanité clandestine était tiré entre 70 000 et 100 000 exemplaires. Il détaille aussi le contenu de ce numéro et notamment l'argumentaire développé dans l'article "Ceux qui ont le droit de parler".

On retiendra de cet argumentaire le point suivant : "seuls les communistes ont le droit de parler parce qu'ils ont été les seuls à lutter contre la guerre".

(1) Rédigé le dimanche 30 juin 1940 le rapport de Duclos été expédié le mardi 2 juillet 1940. Ce délai a permis au dirigeant communiste d'ajouter le mot "paraître" au dessus de la phrase "nous avons fait aussitôt fait un numéro de « l'Humanité »".
(2) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 52-53, 1993, p. 205.

 Tract "Les bourreurs de crâne au pilori" :
"Les bourreurs de crâne doivent être cloués au pilori et seul un journal peut le faire. Ce journal c'est le grand journal de Jaurès et de Vaillant-Couturier, le journal qui fut le seul à se dresser en 1923 contre l'occupation de la Rhur par Poincaré, le journal qui a toujours fait flotter bien haut le drapeau de la fraternité des peuples, le journal qui, en Août dernier, défendit contre tous le pacte germano-soviétique.
Travailleurs, hommes et femmes du peuple qui voulez un journal en qui vous pourrez avoir confiance, demandez aux autorités que soit enfin autorisée la publication normale de l'HUMANITE, Journal du Peuple, au Service du Peuple.
Diffusé à la même période que l'Humanité du 1er juillet 1940, le tract "Les bourreurs de crâne au pilori" appellent les travailleurs à se mobiliser pour obtenir des autorités allemandes la légalisation de l'Humanité.

Pour justifier son appel, le Parti communiste avance l'argument suivant : les journaux Le Matin et Paris-Soir - ces "bourreurs de crâne" qui ont soutenu la guerre contre l'Allemagne en propageant les mensonges des bellicistes - ont été légalisés. En revanche, les communistes qui ont lutté en faveur de la Paix, pendant toute la durée du conflit et dans la clandestinité, n'ont toujours pas obtenu "des autorités que soit enfin autorisée la publication normale de l'HUMANITE, Journal du Peuple, au Service du Peuple".

Le tract fait aussi référence à la période légale de l'Humanité en rappelant ses positons pro-allemandes : dénonciation de l'occupation de la Rhur par les armées françaises en 1923, célébration de la fraternité entre le peuple français et le peuple allemand et enfin approbation du Pacte germano-soviétique d'août 1939.

Pour le Parti communiste, la mobilisation des masses doit constituer un atout supplémentaire dans les négociations qu'il vient d'engager avec les Allemands.

Tract "La bande à Doriot" :
"Rien n'est plus répugnant que la lâcheté, mais si on veut avoir une idée de ce qu'est la lâcheté, si on veut saisir sur le vif des âmes de lécheurs de bottes, si on veut mettre des noms sur des faces de pleutres il faut regarder la bande à Doriot dans ses contorsions et exhibitions. [...]
Ainsi cette bande s'est enlisé jusqu'au cou dans la politique de guerre des Daladier et des Reynaud et voici que maintenant, elle essaie de donner de la voix en changeant de disque. [...]
Dans l'avilissement des consciences et l'étalage de la méprisable lâcheté, un Parti s'est dressé seul dans la tempête, c'est le Parti Communiste; les hommes ont tout bravé, la prison, la mort, pour dire la vérité, dénoncer les fauteurs de guerre capitalistes, défendre le pacte germano-soviétique et demander la Paix; ces hommes ce sont les communistes avec à leur tête Thorez, Dusclos, Marty Frachon, Bonte, etc...
C'est vers ces hommes qui n'ont pas courbé la tête, que monte la confiance du peuple de notre pays qui veut en finir avec le capitalisme pour se sauver, qui sait qu'un pacte d'amitié franco-soviétique, complétant le pacte germano-soviétique ouvrirait une ère de Paix, et qui sait aussi que si on a conduit la France à la catastrophe sous le de l'anti-soviétisme on ne pourra la relever que sous le signe de la fraternité des peuples et de l'amitié de l'URSS." (1)
Diffusé à la même période que l'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940, le tract "La bande à Doriot" est une réaction à la publication le 29 juin 1940 du premier numéro de La Vie Nationale, hebdomadaire fondé par des partisans de Jacques Doriot.

Indigné que les doriotistes puissent s'exprimer dans un journal autorisé par les Allemands, ce tract dénonce avec virulence leur chef - Jacques Doriot - en rappelant qu'il a été un fervent belliciste pendant la guerre de 1939-1940.

Il affirme en outre que seuls les communistes devraient bénéficier d'une tribune légale en raison de leur attitude pendant le conflit franco-allemand qui s'est caractérisée par la dénonciation des "fauteurs de guerre capitalistes" autrement dit des impérialistes franco-anglais, le soutien au "pacte germano-soviétique" et enfin la défense de "la Paix".

Dernier intérêt de ce tract, il définit clairement le projet du PCF : la Révolution socialiste (libération sociale) et la Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale).

Pour convaincre les Français d'adhérer à son projet pacifiste, il affirme "qu'un pacte d'amitié franco-soviétique, complétant le pacte germano-soviétique ouvrirait une ère de Paix".

Le pacte d'amitié signé entre la France et l'URSS serait donc non seulement conforme aux intérêts de l'Allemagne mais en plus inciterait l'Angleterre à faire la Paix.

Au vu de sa signification, cette revendication, présente dans plusieurs textes de juin et juillet 1940, sera amendée par l'IC dans sa Directive du 19 juillet 1940 : "Juste proposer entente avec URSS mais sans la présenter comme un complément pacte germano- soviétique et sans parler de pacification Europe." (2)

Pour terminer on indiquera que la diffusion du tract "La bande à Doriot" est attestée par plusieurs rapports de Jacques Duclos. On citera celui du 2 juillet 1940 adressé à Eugen Fried :

"En tout cas nous continuons à éditer notre Huma ronéotypée à grand tirage et nous avons fait deux tracts un contre les bourreurs de crane (le Matin et Paris-Soir) et un contre la bande à Doriot qui vient de sortir une feuille hebdomadaire « La Vie nationale »." (3)

(1) Texte conservé dans les archives de l'IC / Tract conservé dans les archives de l'IC.
(2) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 52-53, 1993, p. 231.
(3) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 52-53, 1993, p. 205.


 3 Juillet 1940
● Une proposition communiste : l'Humanité du soir.
N'ayant toujours pas reçu de réponse de l'administration militaire allemande, Robert Foissin informe André Picard, qui sert d'intermédiaire avec Otto Abetz, que ses camarades acceptent de faire paraître l'Humanité le soir sous le titre l'Humanité du soir.

Les communistes espèrent ainsi maintenir le titre l'Humanité en cédant sur l'une deux conditions posées par les autorités allemandes : une parution le soir.


4 Juillet 1940
Article "Le peuple de France veut la paix" :
"Il demande d'énergiques mesures contre tous ceux, qui par ordre de l'Angleterre impérialiste, voudraient entraîner à nouveau les Français dans la guerre.
Il demande la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique et serait la garantie de la paix en Europe.
Il demande la conclusion d'un accord commercial avec l'URSS en vue d'aider notre pays à surmonter ses difficultés de ravitaillement."
(L'Humanité n° 59 du 4 juillet 1940)
Dans son numéro du 4 juillet 1940, l'Humanité affirme que "le peuple de France veut la paix" avec l'Allemagne nazie et qu'en conséquence il exige "d'énergiques mesures" contre le Général de Gaulle qui est non seulement un belliciste puisqu'il veut "entraîner à nouveau les Français dans la guerre" mais en plus un traître puisqu'il agit sur "ordre de l'Angleterre impérialiste".

En d'autres termes, l'organe central du PCF encourage les autorités allemandes et le Gouvernement Pétain à réprimer le mouvement gaulliste qui constitue en juillet 1940 l'embryon de la Résistance !!!

Outre la condamnation de la Résistance ce journal pro-allemand plaide pour la signature "d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique et serait la garantie de la paix en Europe".

En clair, la signature d'un Pacte d'amitié entre la France et l'URSS serait non seulement conforme aux intérêts de l'Allemagne mais en plus inciterait l'Angleterre à faire la Paix.

--------------------------------------------

On rappellera les "énergiques mesures" prises par le Gouvernement Pétain puis le Régime de Vichy contre le Général de Gaulle en raison de son engagement à poursuivre le combat contre l'Allemagne nazie :

1) Annulation de sa promotion au grade de général de brigade à titre temporaire (décision ministérielle du 22 juin 1940).

Au début de mai 1940, le colonel de Gaulle a été nommé à la tête de la 4e Division cuirassée (4e DCR) dont le commandement requiert le grade de général de brigade. C'est pour cette raison qu'il a été promu à la fin mai à ce grade à titre temporaire. Le Journal officiel du 26 mai 1940 officialise cette promotion :

"Par application du décret du 4 octobre 1939 relatif aux nominations et promotions à titre temporaire pendant la durée de la guerre, ont été promus, pour prendre rang du 1er juin 1940 :

Au grade de général de brigade à titre temporaire. [...]
M. le colonel d'infanterie breveté d'état-major de Gaulle (Charles-André-Joseph-Marie)."

Le 22 juin 1940, soit le jour de la signature de l'armistice franco-allemand, le Général Colson, ministre de la Guerre dans le Gouvernement Pétain, annule la promotion du Général de Gaulle. Il justifie sa décision en arguant d'une part que cet officier supérieur français a rejoint Londres le 17 juin 1940 sans son autorisation et d'autre part que son Appel du 18 juin 1940 est un "acte politique" de" nature à jeter le trouble dans l'armée et à gêner l'action du gouvernement français".

Le Journal officiel du 24 juin 1940 enregistre cette décision ministérielle :

"Par décision ministérielle du 22 juin 1910, la promotion au grade de général de brigade à titre temporaire de M. le colonel d'infanterie breveté de Gaulle (Charles-André-Joseph- Marie) est annulée."

En rétrogradant le général de Gaulle au rang de colonel, le Gouvernement Pétain entend discréditer son action dans la population française en le présentant comme un officier félon et en lui retirant un grade qui donnait de la valeur à son appel du 18 juin puisqu'il avait été lancé par un homme inconnu des Français.

2) Mise à la retraite d'office du colonel de Gaulle par mesure disciplinaire (décret du Président de la République du 23 juin 1940).

Cette seconde sanction marque la fin de la carrière militaire du Général de Gaulle... du moins officiellement.

Elle est annoncée au Journal officiel du 24 juin 1940 :

"Par décret en date du 23 juin 1940. M. le colonel d'infanterie breveté d'état-major de Gaulle (Charles-André-Joseph-Marie) est admis d'office à la retraite, par mesure de discipline."

3) Condamnation par contumace à 4 ans d'emprisonnement et 100 francs d'amende pour refus d'obéissance en présence de l'ennemi et provocation de militaires à la désobéissance (jugement du 4 juillet 1940 prononcé par le Tribunal militaire de la 17e Région siégeant à Toulouse).

Le Général de Gaulle est condamné pour deux motifs : son refus d'exécuter l'ordre du Général Weygand du 19 juin 1940 lui demandant de rentrer en France et ses Appels lancés à la BBC les 18 et 22 juin 1940.

On notera l'ironie d'être condamné "pour refus d'obéissance en présence de l'ennemi" quand on s'engage à poursuivre le combat contre celui-ci.

4) Condamnation par contumace à la peine de mort, à la dégradation militaire et à la confiscation de ses biens pour trahison, atteinte à la sureté extérieure de l'Etat et désertion à l'étranger en temps de guerre (jugement du 2 août 1940 prononcé par le Tribunal militaire de la 13e Région siégeant à Clemont-Ferrand).

Cette condamnation à la peine de mort marque le terme de la seconde procédure ouverte par la justice militaire contre le Général de Gaulle sur les instructions du Général Colson qui a conservé le ministère de la Guerre dans le premier Gouvernement de Vichy formé le 12 juillet 1940.

Le Général de Gaulle est condamné pour désertion en temps de guerre en raison de son départ pour l'Angleterre le 17 juin 1940.

Sa condamnation pour trahison est fondée sur les alinéas 4 et 5 de l'article 75 du code pénal :

"Sera coupable de trahison et puni de mort : [...]
Tout Français qui, en temps de guerre, provoquera des militaires ou des marins à passer au service d'une puissance étrangère, leur en facilitera les moyens [...]
5° Tout Français, qui en temps de guerre, entretiendra des intelligences avec une puissance étrangère ou avec ses agents, en vue de favoriser les entreprises de cette puissance contre la France."

Le tribunal militaire a jugé d'une part que ses Appels exhortaient les Français à rejoindre une force militaire qu'il avait constituée au profit de l'Angleterre et d'autre part qu'ils favorisaient les agissements du gouvernement anglais contre la France.

Enfin la condamnation du Général de Gaulle pour atteinte à la sûreté extérieure de l'Etat s'appuie sur l'article 79 alinéa 2 du code pénal aux termes duquel sera puni de ce crime toute personne "Qui aura, par des actes non approuvés par le Gouvernement, exposé des Français à subir des représailles".

Le conseil de guerre a estimé que ses discours à la Radio de Londres pouvaient laisser croire à l'Allemagne que les clauses de l’armistice ne seraient pas appliquées par le gouvernement français et que de ce fait ils exposaient les Français à des représailles allemandes.

A toutes ces mesures prises contre la personne du Général de Gaulle viendra s'ajouter la création le 24 septembre 1940 d'une Cour martiale chargée de juger la dissidence gaulliste. Cette juridiction d'exception sera la seconde créée par le Régime de vichy après la Cour suprême de justice de juillet 1940.

● Article "Travailleurs français et soldats allemands" :
"Il est particulièrement réconfortant, en ces temps de malheurs, de voir de nombreux travailleurs parisiens s'entretenir amicalement avec des soldats allemands, soit sur la rue, soit au bistrot du coin.
Bravo, camarade, continuez, même si cela ne plait pas à certains bourgeois aussi stupides que malfaisants.
La fraternité des peuples ne sera pas toujours une espérance, elle deviendra une réalité vivante."
(L'Humanité n° 59 du 4 juillet 1940)
Outre un plaidoyer en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie ("Le peuple de France veut la paix") l'Humanité du 4 juillet 1940 publie aussi un texte célébrant les contacts entre la population parisienne et la Wehrmacht sous le titre "Les travailleurs français et les soldats allemands".

Dans ce texte l'Humanité fait le constat que dans les rues ou dans les bistrots de Paris les travailleurs français s'entretiennent "amicalement avec les soldats allemands".

Elle résume d'un mot le sentiment que ces scènes de fraternisation entre l'occupant et l'occupé suscite au Parti communiste : "réconfortant".

Pour ce dernier les soldats allemands ne sont pas des envahisseurs mais des prolétaires avec lesquels il faut s'unir pour combattre l'ennemi commun : le capitalisme.

Illustration de cette lutte des classes, l'Humanité souligne que seuls "certains bourgeois aussi stupides que malfaisants" condamnent cet accueil chaleureux que le prolétariat parisien a réservé aux conquérants nazis.

Pour toutes ces raisons, l'Humanité non seulement félicite "les camarades" qui sympathisent avec les Allemands mais en plus les encourage à amplifier le mouvement pour réaliser cette espérance communiste : "la fraternité des peuples".

Le thème de la fraternité des peuples, qui signifie avant tout la fraternité franco-allemande, sera une constante de la propagande communiste jusqu'au... 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes. Pour comparaison, on citera la Une de l'Humanité du 24 août 1944 : "Pour en finir avec l'envahisseur exécré : A chaque Parisien son Boche !"

● Lettre de Robert Foissin du 4 juillet 1940 adressée à André Picard :
"J'ai mené de longues négociations avec mes camarades qui ont tout d'abord maintenu le titre l'Humanité et la parution le matin, pour des raisons sérieuses qu'il est inutile de te rappeler. Puis prenant en considération l'aggravation rapide de la situation politique et économique du pays, la nécessité de pouvoir publiquement orienter les masses vers une oeuvre immédiatement constructive, l'urgence de les détourner d'actions anarchiques et des provocations policières, que la presse clandestine est toujours incapable de ruiner dans l'oeuf, en les dénonçant au grand jour par la voie de la presse, mes camarades ont accepté et de paraître le soir et de modifier le titre du journal ainsi : l'Humanité du soir. Je t'ai transmis ces décisions dès hier matin [...].
Tu m'as loyalement mis au courant des manœuvres qui cherchent à étouffer la voix du seul parti qui a su définitivement tuer la haine entre les masses françaises et le peuple allemand, qui est capable de faire accepter la paix sans idée de revanche chauvine. [...]
Conformément à la demande de l'ambassade, j'ai remis le 27 juin une lettre de deux membres du Comité central du Parti communiste français. Je te prie de bien vouloir insister pour qu'une réponse, quelle qu'elle soit, y soit donnée. Nous restons évidemment mes camarades et moi, prêts à discuter, mais la situation générale impose une réponse immédiate". (1)
La lettre de Robert Foissin du 4 juillet 1940 illustre parfaitement les positions pro-allemandes du Parti communiste à l'été 1940.

Dans ce courrier adressé à André Picard, il rappelle notamment la proposition des communistes concernant l'Humanité du soir en soulignant que ce journal aura pour mission de contribuer à la reprise de l'activité économique et au maintien de la paix sociale.

Il célèbre aussi le pacifisme du Parti communiste en affirmant qu'il est le "seul parti qui a su définitivement tuer la haine entre les masses françaises et le peuple allemand, qui est capable de faire accepter la paix sans idée de revanche chauvine".

Enfin preuve de la volonté de collaboration des communistes, il insiste pour que ses camarades obtiennent rapidement des autorités allemandes une réponse à leur requête.

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, 1983, pp. 297-298.

- Début des négociations pour la reparution de Ce Soir (4 juillet 1940 - 27 août 1940).
Dans la soirée du 4 juillet, Abetz reçoit Foissin à l'ambassade d'Allemagne pour lui renouveler l'impossibilité politique de laisser paraître l'Humanité même dans une formule du soir. le représentant du Parti communiste lui répond que, dans ce cas, ses camarades acceptent de changer de titre et demandent l'autorisation de reprendre la publication de l'autre quotidien communiste : le journal Ce Soir.

Les communistes ont donc accepté les deux conditions posées par les autorités allemandes : un changement de titre et une parution le soir. La réponse d'Abetz à la nouvelle proposition communiste sera rapide et favorable.


5 Juillet 1940
● Abetz demande à Foissin de préparer le 1er numéro de Ce Soir.
Le 5 juillet, nouvelle réunion à l'ambassade d'Allemagne au cours laquelle Abetz, tenant compte des concessions communistes de la veille, demande à Foissin de préparer le 1er numéro du journal Ce Soir.


6 Juillet 1940
● Les communistes soumettent à la censure allemande le premier numéro de Ce Soir.
Accompagné de Jules Dumont, nommé directeur de Ce Soir, Foissin se rend à l'ambassade d'Allemagne pour remettre à Abetz la morasse du 1er numéro de Ce Soir qui est daté du lundi 8 juillet 1940.

Au cours de la conversation, Foissin indique que si les autorités allemandes autorisent la parution de Ce Soir, les communistes cesseront de diffuser l'Humanité clandestine ainsi que leurs tracts. (Lettre Abetz du 7 juillet 1940).

- Lettre de Jacques Duclos du 6 juillet 1940 adressée à l'IC :
"Dans une telle situation les autorités occupantes ne sont pas hostiles, au contraire, au développement d'initiatives privées pour résoudre des problèmes comme celui du ravitaillement, de l'aide etc. et ces autorités savent qu'elles ne parviendront pas à créer des comités de masse avec leurs hommes, elles savent que seuls nous pouvons réaliser cela. Cela explique à notre avis, pourquoi après avoir refusé de faire paraître « l'Humanité » ils ont consenti à laisser paraître « Ce Soir » dont nous allons nous efforcer de faire le centre de ralliement des comités populaires de solidarité et d'entraide en poursuivant une politique très ferme contre les responsables de la catastrophe et pour l'indépendance de la France. [...] 
Le Parti n'est pas directement engagé dans la parution de « Ce Soir » [...].
Naturellement Gregoire [Maurice Tréand] et Catelas ont depuis l'entrevue dont il question dans la première lettre [Lettre du 30 juin] cessé tout rapport avec les représentants des occupants chargés de la presse, c'est Foissin qui a reçu l'autorisation pour « Ce Soir » [...].
Comme il fallait quelqu'un pour « Ce Soir » et que nous n'avons pas beaucoup de monde sous la main, nous avons pris Dumont [...].
Les députés emprisonnés dont on nous avons dit qu'ils étaient à Angers n'y sont pas en réalité et d'après certaines informations ils auraient été amenés en Angleterre, tandis que d'après d'autres informations ils seraient à fond de calle dans un bateau se trouvant en Méditerrannée. Dans le premier numéro de Ce Soir nous posons la question au gouvernment Où sont les députés communistes." (1)
Dans son rapport à l'IC du 6 juillet 1940, Jacques Duclos fait le point sur les négociations avec les autorités allemandes sur la base des compte rendus de Maurice Tréand.

Il indique que les Allemands ont accordé au journal Ce Soir l'autorisation de paraître. Dans les faits les communistes ont obtenu un accord de principe d'Abetz, mais le premier numéro de Ce Soir daté du 8 juillet 1940 qu'ils viennent de soumettre à la censure allemande n'a pas encore été validé.

Il décrit avec justesse leurs motivations : s'appuyer sur les communistes pour régler les problèmes auxquels la population est confrontée comme les difficultés de ravitaillement.

Enfin, il souligne - point important - que le Parti communiste n'est pas directement engagé dans ces négociations. Il justifie ce point avec les éléments suivants : Catelas et Tréand qui ont participé à la réunion du 26 juin ont cessé tout contact avec les Allemands, l'autorisation de faire paraître Ce Soir a été négociée par Foissin, avocat communiste, et enfin la direction du journal a été confiée à Dumont, militant communiste. Rappelons que la première négociation entre le PCF et les autorités allemandes avait été menées par une militante communiste : Denise Ginollin.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, pp. 215-216 (texte intégral).


7 Juillet 1940
●  Abetz transmet la morasse de Ce Soir aux autorités militaires accompagnée d'une note datée du  7 juillet 1940 dans laquelle il recommande d'autoriser le journal Ce Soir :
"4° Autorisez un journal portant le titre de l'une des feuilles les plus connues du Front populaire Ce Soir pour éveiller d'emblée la confiance dans les masses imprégnées de marxisme.
Les journalistes désignées par le mouvement communiste pour la direction de la rédaction se sont déjà déclarés prêts à soumettre chaque projet d'article avant impression et à s'aligner au plus près pour le traitement des questions politiques les plus importantes sur le journal la France au Travail que nous rédigeons nous mêmes.
Le Parti communiste s'engagerait en outre à renoncer aux tirages illégaux de l'Humanité et des tracts les plus importants, en cas d'autorisation dudit journal ainsi qu'à prendre toutes les mesures qu'exigent l'exécution de cet engagement." (1)
Dans note sa note du 7 juillet 1940, Abetz estime que le mouvement communiste est susceptible de se développer pour les raisons suivantes : chômage et difficultés de ravitaillement, organisation du PCF et enfin opposition des communistes à la guerre. Pour lutter contre ce danger il propose aux autorités militaires plusieurs mesures. La quatrième recommande d'autoriser la publication du journal Ce Soir. Il précise que les communistes souhaitent obtenir cette autorisation dans le but de transformer ce journal, "tout d'abord apparemment apolitique, orienté seulement dans un sens antiploutocratique et anglophobe", en tribune communiste. Il ajoute que le contrôle allemand permettra au contraire de diffuser progressivement l'idéologie du national-socialisme sous le couvert d'un quotidien communiste.

On notera que pour obtenir l'autorisation de publier Ce Soir les communistes ont accepté de soumettre les articles à la censure allemande comme lors de leur première négociation avec le lieutenant Weber. Toutefois, ils ont fait deux concessions supplémentaires : s'aligner politiquement sur La France au Travail et renoncer à la diffusion de l'Humanité clandestine et des tracts les plus importants.

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, pp. 302-303 (texte intégral).


Vers le 8 juillet 1940
● Instructions de juillet 1940 :

"L'impérialisme français vient de subir sa plus grande défaite de l'Histoire. [...]

La classe ouvrière française et mondiale doit retenir cet événement comme une victoire et comprendre qu'il faut voir là un ennemi de moins. Il importe donc de mettre tout en œuvre pour que la chute de l'impérialisme français soit définitive. Il ressort, à la constatation de cet état de chose, que la lutte du peuple français a eu le même objectif que la lutte de l'impérialisme allemand contre l'impérialisme français. Il est exact qu'en ce sens ce fut un allié occasionnel. 
(Lénine nous a appris qu'il nous faut pas hésiter, lorsque la situation le commande et lorsqu'il y va de l'intérêt du peuple, de s'allier - occasionnellement - même eu diable.) Se souvenir de la lettre de Lénine aux ouvriers américains (1918) et disant que quiconque ne comprend pas cela n'est pas révolutionnaire[...]

CE QUI EN RESULTE . — Le P.C. n'est plus tout à fait illégal. Il est semi-illégal.

Exemple : Des distributeurs de tracts, arrêtés par la police française, sont relâchés le lendemain après intervention de la Kommandantur. Les prisonniers politiques, dans les régions occupées, sauf toutefois tous les députés, sont libérés par les troupes allemandes en même temps que les membres de la cinquième colonne emprisonnés.

En Belgique, Hollande, Danemark et Norvège, le P. C. est légal. La voix du Peuple, organe belge du P.C. paraît. Les communistes se sont emparés de la direction de la ville de Liège et du bassin minier de Charleroi. D'autres communes sont sous la direction des communistes.

En France, nous devons déplorer des fautes politiques. La radio soviétique — le Komintern — avait donné aux militants parisiens le mot d'ordre suivant : Ne pas quitter Paris quoi qu'il arrive.

L'Humanité devait paraître, légalement, aussitôt l'entrée des troupes allemandes, qui se seraient trouvées devant le fait accompli. La copie était prête, mais le personnel faisait défaut.
Le Parti a, ensuite, eu des contacts avec la Kommandantur pour la parution de l'Humanité; la copie était approuvée — les journaux devant subir le visa des autorités d'occupation — mais on invita nos camarades à changer le titre du journal et à abandonner : organe central du P. C., ainsi que la faucille et le marteau, ce que nos camarades refusèrent en considérant comme impossible le fait de changer le titre, l'Humanité étant tout un programme. Les autorités allemandes répliquèrent qu'il leur était difficile d'autoriser l'Humanité sous sa forme légale, parce que Mussolini et Franco — qui ont du lutter contre le communisme — verraient cela d'un mauvais œil.
Alors se posa la question d'un organe du soir, qui fut parait-il accordé, et Ce soir doit paraître incessamment. Sa parution déjà annoncée doit rencontrer des difficultés de tous ordres.

EN RÉSUMÉ, l'objectif immédiat est la lutte pour la légalité, et cela ne sera que dans la mesure où nous serons l'imposer, par une liaison étroite avec la masse; dans la mesure où nous saurons nous organiser et organiser le peuple d'une façon pratique dans des formes appropriées à la situation.
C'est une lutte de vitesse et de finesse. [...]
Le 18 juin 1940, sur les instructions de l'IC, le Parti communiste s'engage dans des négociations avec les autorités allemandes pour obtenir la légalisation de ses activités qui étaient interdites depuis septembre 1939.

Cette tentative de collaboration débute avant même la signature de l'armistice franco-allemand s'achèvera le 27 août 1940 sur un échec.

Malgré cet échec le Parti communiste continuera de se mobiliser pour sa légalisation en appelant les masses à multiplier les démarches auprès de la puissance occupante pour qu'elle autorise ses activités.

Cette ligne légaliste reconnaissant les autorités allemandes comme des autorités légitimes sera formalisée pour la première fois dans ses Instructions de juillet 1940 (1).

Dans ce texte, le Parti communiste célèbre la défaite de la France comme une "victoire" pour "la classe ouvrière française et mondiale", reconnait que dans son combat contre "l'impérialisme français" l'Allemagne nazie a été un "allié occasionnel", fait état de la libération de militants communistes par les autorités allemandes, rend compte de ses négociations avec la puissance occupante et enfin définit sa ligne politique à court terme : "l'objectif immédiat est la lutte pour la légalité".

(1) Le texte fait référence à la publication reportée de Ce Soir dont le premier numéro soumis à la censure allemande était datée du 8 juillet 1940. On peut donc supposer que ces Instructions ont été diffusées dans la deuxième quinzaine de juillet.


10 Juillet 1940
● Vote des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.


11 juillet 1940
● Institution de l'Etat français (régime de Vichy).
Le 11 juillet 1940, le Maréchal Pétain signe les Actes constitutionnels n° 1 et 2 aux termes desquels il est désigné "chef de l'Etat français" cumulant sur sa personne les pouvoir exécutif et législatif.

Sur un plan institutionnel, l''Etat français succède à la IIIe République.


12 Juillet 1940
● Formation du 1er gouvernement de Vichy sous la direction de Pierre Laval.

● Nouvelle rencontre entre Foissin et Abetz.
Le 12 juillet, n'ayant obtenu aucune réponse de l'administration militaire allemande, Catelas et Tréand envoyent Foissin à l'ambassade d'Allemagne pour dire à Abetz qu'ils souhaitent le rencontrer. Le représentant d'Hitler en France accepte de les recevoir le lendemain.


13 Juillet 1940
● Une délégation du Parti communiste est reçue à l'ambassade d'Allemagne.
Le 13 juillet, une délégation du Parti communiste composée de Maurice Tréand, Jean Catelas et Robert Foissin est reçue à l'ambassade d'Allemagne pour une réunion à laquelle sont présents Otto Abetz et Maass de la Propaganda Staffel.

C'est à l'initiative de Tréand et de Catelas que se tient cette deuxième rencontre entre des dirigeants communistes et les autorités allemandes. La première a eu lieu le 26 juin.

La présence de Maass de la Propaganda Staffel répond à la demande des communistes d'avoir "une entrevue avec la personnalité compétente de l'Administration militaire" (lettre d'Abetz du 28 juin 1940). Cette demande peut désormais être satisfaite puisque les communistes ont accepté les conditions allemandes

Dernier élément, Foissin indique dans une note datée du 7 novembre 1944 qu'à cette conférence "la question du journal est de nouveau évoquée ainsi que l'attitude des autorités allemandes vis-à-vis du Parti communiste et les possibilités de propagande de ce dernier." (1)

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, p. 354.

● Article "La fraternité franco-allemande" :
"Les conversations amicales entre travailleurs parisiens et soldats allemands se multiplient.
Nous en sommes heureux. Apprenons à nous connaître, et quand on dit aux soldats allemands que les Députés communistes ont été jetés en prison pour avoir défendu la Paix, quand on leur dit qu'en 1923, les Communistes se dressèrent contre l'occupation de la Rhur, on travaille pour la fraternité franco-allemande."
(L'Humanité n° 61 du 13 juillet 1940)
Dans une France occupée par les armées du IIIe Reich, l'Humanité du 13 juillet 1940 célèbre "la fraternité franco-allemande".

En effet, le constat que "les conversations amicales entre travailleurs parisiens et soldats allemands se multiplient" est agrémenté de ce commentaire enthousiaste et approbateur du journal communiste : "Nous en sommes heureux".

On rappellera que dans son rapport à l'IC du 30 juin 1940, Jacques Duclos a fait le même constat et le même commentaire :

"En bref, la population parisienne n'aime pas les occupants, elles se sent profondément humiliée, mais cependant, et c'est très heureux, on voit se généraliser des attroupements d'ouvriers conversant avec des soldats allemands et les amenant "au bistrot du coin" pour parler plus à l'aise devant une tournée; les conversations de cet ordre roulent toujours sur le capitalisme, sur le socialisme, sur l'URSS pays du socialisme, sur les communistes et d'une manière générale les ouvriers parisiens ne sont pas à court d'arguments dans les discussions avec les soldats allemands".

Pour que ces conversations amicales soient le fondement de la fraternité franco-allemande, l'Humanité lance ce mot-d'ordre : "Apprenons à nous connaître".

Ainsi, pour susciter la sympathie des conquérants nazis, les prolétaires français devront simplement leur rappeler que "les Députés communistes ont été jetés en prison pour avoir défendu la Paix" et "qu'en 1923, les Communistes se dressèrent contre l'occupation de la Rhur".

Cette célébration des engagements pro-allemands du Parti communiste porte sur deux événements particuliers.

Le premier fait référence à la lettre des députés communistes du 1er octobre 1939 dans laquelle ils demandaient au président de la Chambre l'organisation d'une délibération du Parlement sur la Paix et pour laquelle ils furent condamnés en avril 1940 à des peines de prison.

Le second évoque la mobilisation des communistes contre l'occupation de Rhur par les armées françaises en 1923 consécutive au refus du gouvernement allemand de payer les indemnités de réparations fixées par le Traité de Versailles.

Dénoncer l'occupation de la Rhur par les armée françaises en 1923 alors que la France est occupée par les armées allemandes sera une constante de la propagande communiste jusqu'en juin 1941 et l'entrée des communistes dans la Résistance à la suite de l'invasion de leur patrie - l'URSS - par son ancien allié : l'Allemagne nazie.

Ainsi, le programme de gouvernement du Parti communiste de février 1941 intitulé "Pour le salut du peuple de France" proposera la mesure suivante :

"Etablissement de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand en rappelant l'action menée par les communistes et par le peuple français contre le traité de Versailles, contre l'occupation du bassin de la Rhur, contre l'oppression d'un peuple contre un autre peuple".

Dans ses précédents appels à fraterniser, l'Humanité mettaient en évidence que les soldats allemands étaient avant tout des prolétaires avec lesquels il fallait s'unir contre l'ennemi commun : le capitalisme autrement dit les bourgeoisies française et allemande.

Dans ce texte, l'Humanité appelle toujours à l'union avec les ouvriers sous uniforme allemand. Toutefois, l'ennemi désigné dans le cas présent n'est le capitalisme mais l'impérialisme français responsable de la guerre de la guerre de 1939-1940 et de l'occupation de la Rhur en 1923.

En d'autres termes, les soldats allemands qui patrouillent dans la zone occupée ne sont pas des agents de la barbarie nazie mais des victimes de l'impérialisme français !!!


14 juillet 1940
Tract "14 juillet 1789 - 14 juillet 1940":
"La partie de l'Europe où l'incendie de la guerre pouvait éclater, c'était l'Est où sévissait l'intransigeance provocatrice du gouvernement polonais, intransigeance suscitée par l'Angleterre. Aussi, la signature du pacte germano-soviétique aurait-elle dû remplir de joie tous les amis sincères de la paix, mais les capitalistes franco-anglais, les Daladier, les Bonnet, les Chamberlain, et les Halifax, voulaient la guerre et ils la déclarèrent le 3 septembre.
En même temps que ces misérables déclaraient une guerre qu'ils étaient incapables de soutenir, soi-disant pour protéger la Pologne qu'ils n'aidèrent en rien, ce fut le déchaînements de la curée anti-communiste.
"L'Humanité", "Ce Soir", et tous les journaux communistes interdits, des milliers de communistes arrêtés, les députés communistes emprisonnés, déchus pour avoir demandé la paix, le socialiste Bathélémy demandant à la chambre le peloton d'exécution pour les communistes et le socialiste Sérol rédigeant le décret de la peine de mort, voilà ce que notre Parti communiste a connu, mais jamais, et c'est là notre titre de fierté aux yeux des travailleurs du monde entier, jamais nous ne nous sommes inclinés et jamais n'a cessé notre lutte pour la paix.
Aussi, quand de misérables individus comme Rebel, Bonnet, Xavier Vallat, Tixier Vignancourt et autres sénateurs et députés bavardent sur la paix qu'on aurait pu sauver, le peuple leur crie : Silence aux lâches, silence aux valets des fauteurs de guerre. Un seul Parti, avec courage, a lutté pour la paix, c'est le Parti communiste." (1)
Pour fêter le 14 juillet 1940, le Parti communiste publie un tract intitulé "14 juillet 1789 - 14 juillet 1940" / De la naissance de la liberté à la dictature des forbans" dans lequel il célèbre son pacifisme pendant la guerre de 1939-1940 pour justifier l'affirmation qu'il est le seul Parti légitime pour faire la Paix avec Hitler.

Dans l'extrait cité le Parti communiste réussit l'exploit de décrire le déclenchement de la guerre sans faire référence à l'Allemagne nazie !!!

Ainsi, on apprend que le conflit a débuté en Europe de l'Est en raison de "l'intransigeance provocatrice du gouvernement polonais". Doit-on en déduire que la Pologne a envahi l'un de ses voisins ? Une certitude : l'invasion de son territoire par les armées du IIIe Reich n'est pas mentionnée.

Que le Pacte germano-soviétique était un facteur de "paix". En d'autres termes, l'agression de la Pologne n'a pas été pas la conséquence directe de ce pacte qui garantissait aux nazis de ne faire la guerre que sur un seul front dans l'hypothèse d'un conflit avec l'Angleterre et la France.

Que les "capitalistes franco-anglais voulaient la guerre et ils la déclarèrent le 3 septembre". A qui ? On ne le sait pas. Une certitude : la France et l'Angleterre bellicistes étaient les agresseurs .

Il dénonce ensuite la répression de ses activités par le gouvernement de la République :

1) la suspension en août 1939 de l'Humanité et de Ce Soir en raison de leur soutien au Pacte germano-soviétique.

2) les arrestations de militants communistes consécutives à leurs actions en faveur de la Paix.

3) la condamnation des députés communistes en avril 1940 pour la lettre du 1er octobre 1939 dans laquelle ils demandaient au président de la Chambre l'organisation d'une délibération sur la Paix.

4) les propos prononcés à la séance du 21 janvier 1940 par le député socialiste Georges Barthélémy (2).

5) le décret-loi du 9 avril 1940 signé par le ministre de la Justice, le socialiste Albert Sérol, aux termes duquel la propagande défaitiste était assimilée à la trahison et donc passible de la peine de mort.

Il souligne l'inefficacité de cette répression en affirmant que "jamais n'a cessé notre lutte pour la paix."

Cette volonté inébranlable de combattre en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie est célébrée le 14 juillet 1940 en ces termes : "c'est là notre titre de fierté aux yeux des travailleurs du monde entier".

Pour terminer, le Parti communiste dénonce le pacifisme opportuniste des pétainistes pour mettre en évidence qu'il est le seul Parti légitime pour négocier la Paix avec Hitler au motif qu'il est le seul Parti à s'être opposé à la guerre.

On pourra attester de la diffusion du tract "14 juillet 1789 - 14 juillet 1940" / De la naissance de la liberté à la dictature des forbans" en s'appuyant sur des documents du PCF et de l'IC.

Ainsi, dans son rapport à l'IC du 18 juillet 1940, Jacques Duclos dresse la liste des tracts diffusés par le Parti communiste avant et après la signature de l'armistice franco-allemand :

"En plus de ces numéros de l'Huma nous avons tiré plusieurs tracts dont voici l'énumération. Il y a des comptes à régler. Après l'armistice. Les bourreurs de crane au pilori. La bande à Doriot. A bas la Constitution de Vichy. Contre l'équipe Laval. 14 juillet 1789-14 juillet 1940. De la naissance de la liberté à la dictature des forbans." (3)

Dans un document de l'IC en date du 13 septembre 1940 énumérant les documents reçus la veille de Paris, on peut lire sous le chapitre "Tracts" :

"« 14 juillet 1789, 14 juillet 1940 » De la naissance de la liberté à la dictature des forbans (la constitution de Vichy). Mots d'ordre : un gouvernement du peuple au service du peuple (les R.P du P.C) [Les Régions Parisiennes du Parti communiste]" (4)

(1) Tract conservé dans les archives de l'IC.

(2) Conformément à la procédure prévue par la loi du 20 janvier 1940 sur la déchéance des élus communistes, la Chambre a voté le 20 février 1940 à la demande du gouvernement une résolution constatant la déchéance de 60 députés communistes.

Au cours des débats, le rapporteur, le député socialiste Georges Barthélémy a notamment déclaré :

"La commission fait confiance au Gouvernement, mais elle tient à lui dire néanmoins que les soixante députés, dont la déchéance sera prononcée parce qu'ils sont des agents de l'étranger, ne peuvent, après avoir été jetés hors de cette Assemblée, continuer à porter l'uniforme pour poursuivre leur propagande contre notre pays. (Applaudissements à gauche, au centre et à droite.)
Tous sont plus ou moins coupables, mais il y a des chefs, comme Thorez, Catelas et tant d'autres qui devraient être traduits immédiatement devant les tribunaux militaires pour, ensuite, non pas subir le feu d'un peloton d'exécution, ce serait leur faire trop d'honneur, mais être poussés sous le couperet de M. de Paris. (Mouvements divers)" (Journal officiel du 21 février 1940)

On notera qu'il ne recommande la peine de mort que pour les dirigeants communistes et qu'il met en avant un motif précis : la trahison.

(3) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 52-53, 1993, p. 217.


(4) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 40, 1990, p. 106.


18 Juillet 1940
● Lettre de Jacques Duclos du 18 juillet 1940 adresséé à l'IC:
"Dans notre dernière lettre [lettre du 6 juillet 1940] nous vous indiquions que l'autorisation avait été accordé de faire paraître « Ce Soir », mais au dernier moment, sous prétexte de divergences sur cette question dans les milieux allemands, la fameuse autorisation ne fût pas donnée; la question est toujours soi-disant à l'étude, mais nous savons à quoi nous tenir." (1)
Dans son rapport à l'IC du 18 juillet 1940, Jacques Duclos corrige son précédent rapport en indiquant que l'autorisation de faire paraître Ce Soir n'a pas été accordée.

Ce constat ne s'appuie pas sur le rejet explicite de la requête communiste mais sur l'absence de réponse de l'administration militaire allemande. Signalons que dans cette lettre, il ne mentionne pas la rencontre du 13 juillet à laquelle ont participé Tréand et Catelas..

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, pp. 216-217 (texte intégral).


19 Juillet 1940
● Discours de Hitler :
"Au plein milieu de cette lutte titanesque, livrée pour la liberté et pour l'avenir de la nation allemande, je vous ai fait convoquer à cette séance. Les motifs de cette initiative résident dans la nécessité de permettre à notre peuple de se bien pénétrer de l'importance historique, véritable unique, des événements que nous avons vécus, mais en même temps de remercier les valeureux soldats allemands. Ils s'inspirent, en outre, de l'intention de nous efforcer d'adresser un nouvel et dernier appel à la raison universelle. [...]

[Campagne de France]
L'appréhension d'une invasion des soi-disant alliés en Hollande et en Belgique d'un moment à l'autre prit de plus en plus corps les 6 et 7 mai, notamment sur la foi de communications téléphoniques échangées entre Londres et Paris et qui étaient parvenus à notre connaissance. Le jour suivant - le 8 - je donnai en conséquence l'ordre d'attaquer immédiatement le 10 mai à 5 h 35 du matin. [...]
Ainsi nous avons réussi non seulement à envelopper dans son ensemble le front formidable de la résistance française, mais encore à le démembrer et à le contraindre à la capitulation que vous savez. [...]
Lorsque le maréchal Pétain offrit la capitulation de la France, il n'a pas seulement mis bas à ce qui lui restait d'armes, mais il a mis fin aussi à une situation que tout soldat devait regarder comme entièrement intenable. Seul le sanguinaire dilettantisme d'un monsieur Churchill est à même, soit de ne pas saisir cette vérité, soit de la camoufler délibérément par ses mensonges. [...]

[Relations germano-soviétiques]
Les politiciens anglais paraissent fonder leurs derniers espoirs - abstraction faite des nations alliées et associées se composant d'une lignée de Chefs d'Etat sans trône, d'hommes d'Etat sans peuples et de généraux sans armées [le Général de Gaulle] - sur de nouvelles complications qu'ils espèrent pouvoir créer grâce à leur habilité qui a si bien fait ses preuves jusqu'à présent. Parmi ces espoirs,  il y en a un qui est une véritable utopie juive, c'est l'idée que l'on pourrait de nouveau séparer la Russie de l'Allemagne.
Les relations germano-russes sont définitivement scellées. La raison de cette confirmation réside dans le fait que l'Angleterre et la France, soutenues par certains petits États, attribuaient constamment à l'Allemagne des projets de conquêtes dans des régions qui ne présentaient aucun intérêt pour elle. Tantôt on disait que l'Allemagne voulait occuper l'Ukraine, tantôt qu'elle voulait entrer en Finlande; une autre fois, on prétendit que la Roumanie était menacée, enfin on craignit même pour la Turquie.
Dans ces circonstances, je considérai comme juste d'entreprendre avant tout avec la Russie une nette démarcation de nos intérêts, afin de définir, une fois pour toutes, quelles sont les régions que l'Allemagne croit devoir considérer comme intéressantes pour son avenir et quelles sont celles au contraire que la Russie estime nécessaires à son existence. Et c'est sur la base de cette claire délimitation des sphères d'intérêts respectives de l'Allemagne et de la Russie qu'intervint le nouveau règlement des relations germano-russes. En raison de la conclusion de cet accord, il faut être naïf pour espérer une nouvelle tension entre les deux pays. Ni l'Allemagne, ni la Russie n'ont fait un seul pas en dehors de leurs sphères d'intérêts. Mais l'espoir de l'Angleterre de pouvoir arriver  à un allègement de sa propre situation en créant une crise européenne quelconque est un faux argument. Les homme d’État britannique comprennent tout un peu lentement, ils apprendront donc aussi peu à peu à se rendre compte de ce fait.

[Propositions de Paix du 6 octobre 1939]
Dans mon discours du 6 octobre, lorsque je prédit le développement futur de cette guerre, je ne me suis pas trompé.
Je vous assurais, Députés, que je ne pouvais à aucun moment douter de la victoire. Si ce n'est pas spécialement dans les défaites que l'on voit les signes et les garanties de la victoire finale, je crois alors que le développement des événements m'a donné raison, jusqu'à présent. Bien que je fusse persuadé de ce développement, j'avais alors tendu la main à la France et à l'Angleterre pour arriver à une entente. La réponse que je reçus est encore gravée dans votre mémoire. Tous mes arguments tendant à leur montrer la stupidité de continuer cette guerre, à leur prouver qu'elles avaient - même dans les circonstances les plus favorables - tout à y perdre et rien à y gagner que plaies et bosses, furent accueillis avec moquerie et traités avec dérision ou simplement passés sous silence. Je vous ai tout de suite assuré à ce moment-là que je craignais - en raison de ma proposition de paix - d'être même traité de couard qui ne veut plus combattre, parce que qu'il ne le peut plus. Et les choses se sont bien passées ainsi. Je crois toutefois que déjà aujourd'hui la France - certes moins les hommes d’État coupables que le peuple lui même - considère autrement cette date du 6 octobre. Quelles misères sans nom se sont abattues depuis lors sur ce grand pays et sur ce peuple ! Je ne veux même pas parler ici de tout ce que le soldat à dû souffrir pendant cette guerre. [...]
Tout cela, comme nous l'avons dit, n'aurait pas dû arriver. Car, encore mois d'octobre, je n'ai réclamé à la France et à l'Angleterre rien d'autre que la Paix.
Mais Messieurs les munitionnaires voulaient la continuation de la guerre à tout prix et cette guerre, ils l'ont eue.

[Propositions de Paix renouvelées]
Je suis trop soldat moi-même pour ne pas mesurer l'étendue du malheur engendré par de tels événements. Et voici que de Londres je ne perçois qu'un seul cri, qui n'est pas le cri des masses, mais des politiciens. On crie à la continuation de la guerre. [...]
Mister Churchil vient de déclarer une fois encore qu'il veut la guerre. Voilà six semaines qu'il a inauguré sa guerre aérienne dans laquelle il se croit apparemment de première force, notamment la guerre aérienne contre la population civile. Il est entendu qu'il fait cette guerre sous prétexte de s'en prendre aux installations d'importance militaire. Depuis Fribourg, ces installations sont des villes ouvertes, des bourgs, des villages, des habitations, des hôpitaux, des écoles des jardins d'enfants. Je n'ai guère permis jusqu'ici de donner la réplique. Mais cela ne veut pas dire que cela soit ou doive rester ma seule réponse.
Je sais fort bien que la réponse que nous donnerons un jour fera fondre des souffrances et des malheurs sans nom sur des être humains. Naturellement, pas sur Mister Churchill, car il se trouvera certainement alors au Canada, là où l'on a déjà transporté la fortune et les enfants des plus distingués des profiteurs de guerre. Mais pour des millions d'autres gens ce seront d'atroces souffrances. Et Mister Churchil devra m'en croire cette fois peut-être, par exception, lorsqu'en prophète je prévois qu'un grand empire mondial s'en trouvera détruit. Un empire mondial qu'il n' a jamais été dans mes intentions d'anéantir ou même de léser en quoi que ce soit. Seulement je ne me dissimule en aucune façon que la continuation de cette lutte ne pourra se terminer que par la destruction intégrale de l'un des deux adversaires. A Mister Churchill de croire que ce sera l'Allemagne qui sera détruite; je sais, moi, que ce sera l'Angleterre.
A cette heure je me sens tenu en conscience d'adresser une fois encore un appel à la raison, à celle de l'Angleterre. Je crois pouvoir le faire parce que je ne sollicite pas en vaincu mais je parle [avec] raison en vainqueur. Je ne vois aucun motif qui puisse contraindre à poursuivre cette lutte. [...]
Libre à Monsieur Churchill de dédaigner ma déclaration en criaillant qu'elle est le triste fruit de ma peur et de mon doute en la victoire finale. J'aurai alors, du moins, soulagé ma conscience en face des événements à venir."
Le 19 juillet 1940, soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand, le Chancelier Hitler prononce un discours devant le Reichstag dans lequel il célèbre la victoire allemande au cours de la Campagne de France, fait l'éloge des relations germano-soviétiques et enfin appelle l'Angleterre à s'engager dans des négociations de Paix.

Il fait aussi référence au Général de Gaulle en dénonçant les "généraux sans armées" qui se sont alliés à l'Angleterre pour combattre l'Allemagne.

Outre son contenu, l'intérêt de ce discours réside dans le fait qu'il présente de nombreuses similitudes avec la propagande communiste diffusée sur la même période.

- Maass de la Propaganda Staffel annonce à Tréand que Ce Soir est autorisé à paraître.
Le 19 juillet 1940, c'est-à-dire le jour même où Hitler s'exprime devant le Reichstag pour célébrer la victoire allemande de juin 1940, Tréand se rend au domicile de Foissin pour rencontrer Maass de la Propaganda Staffel qui lui annonce les décisions des autorités allemandes concernant les demandes communistes.

Tout d'abord, Ce Soir est autorisé à paraître sous censure allemande. Ensuite, les prisonniers communistes encore détenus en zone occupée doivent être libérés. Rappelons que des centaines de communistes incarcérés ont déjà été bénéficié de cette mesure. De même, les prisonniers communistes détenus en zone non-occupée et condamnés pour leur soutien au Pacte germano-soviétique doivent être élargies. Enfin, les communistes doivent développer leurs Comités populaires d'usine afin d'accélérer la réouverture des entreprises et permettre ainsi le redémarrage de l'activité économique.

Le lendemain, Tréand rédige une lettre à l'attention de l'IC dans laquelle il détaille le contenu de cette 3ème rencontre avec les Allemands.


20 Juillet 1940
● Lettre de Maurice Tréand du 20 juillet 1940 adressée à l'IC :
"Comme je n'ai pu voir Jac. [Jacques Duclos] hier et qu'aujourd'hui ce seras impossible, je veux compléter votre lettre [lettre de Duclos du 18/7/40] avant le départ de notre ami. [...]
[...] Après la réunion avec les allemands hier (dont je vous parlerais après) nous avons hier soir décidé d'aller encore plus vite. [...].
Je veux immédiatement vous donner l'essentiel de notre 3ème entrevue avec les allemands car je dois donner cette lettre dans une heure.
Chez Foissin nous avons reçu le chef de la propagande du Parti Nazi de [en] France un certain Maès. Voici sa conversation :
Pour le journal Ce Soir c'est d'accord pour sa reparution. Pour les affiches et les municipalités Abetz est parti à Berlin causé avec Hitler. Mardi soir nous vous donnerons la réponse.
Nous avons posé différentes questions, voici ces réponses :
1. Pour la libération des emprisonnés qui reste dans la zône occupé mais non condamné a cause du pacte germano-soviétique ils doivent être libérés, vous devez nous donner des faits précis et insiter auprès de autorités  allemandes pour leur libérations.
Sont dans ces conditions : Sémard, Tournemaine, les conseillers de Paris en prison à Bourges, les mutiles député Roca ect. à l'Île de Ré, des femmes à la prison de Libonne ect, ect.
2. Les prisonniers l'autre côté condamné en ce qui concerne le pacte germano-soviétique doivent être libérés à vous de faire pression auprès de Noël [Délégué de Vichy à Paris] pour leur libération. [...]
4. Nous pensez que vous devez faire plus pour faire marcher les usines ! Formé des comité populaire, et si des patrons ne sont pas là faîte marché l'usine. Nous vous créerons aucune difficulté dans ce sens. Il faut faire vite. Le peuple crève de faim. [...]
8. Votre tract sur la lettre des députés au président de la Chambre na pas assez grand tirage, diffusez en plus ajoutez les passages d'Hitler sur son discours pour la paix d'aujourd'hui [discours du 19/7/40] et multipliez le.
Vous pensez bien qu'il n'y aura aucune suite." (1)
Le 20 juillet 1940, Maurice Tréand transmet à l'Internationale communiste le rapport de Jacques Duclos du 18 juillet 1940, qu'il a d'ailleurs co-signé, accompagné d'une lettre non datée dans laquelle il relate sa "3ème entrevue avec les allemands" qui s'est tenue la veille au domicile de Foissin.

C'est en effet le 19 juillet 1940, c'est-à-dire le jour où Hitler s'exprime devant le Reichstag pour célébrer la Campagne de France victorieuse, que Maass, représentant de la Propaganda Staffel, annonce à Tréand les décisions des autorités allemandes concernant les demandes communistes.

Décision la plus importante : le journal Ce Soir est autorisé à paraître sous censure allemande. Par contre, les décisions concernant le rétablissement des municipalités communistes et la légalisation de la propagande communiste par voie d'affiche dépendront des résultats de la rencontre entre Abetz et Hitler. D'ailleurs, Tréand mentionne le départ de Abetz a quitté Paris pour Berlin le 20 juillet 1940.

Ensuite, les autorités allemandes acceptent de libérer les prisonniers communistes qui sont encore détenus en zone occupée. Les demandes de libération devront leur être impérativement soumises. Rappelons que des centaines de communistes condamnés pour défaitisme ont déjà bénéficié de cette mesure.

Parmi les communistes qui pourraient ainsi être libérés, Tréand cite les noms de Pierre Sémard et de Raymond Tournemaine, respectivement secrétaire général et trésorier général de la Fédération CGT des cheminots, qui ont été condamnés en avril 1940 à 3 ans de prison pour infraction au décret de dissolution du Parti communiste.

De même, les prisonniers communistes détenus en zone non-occupée et condamnés pour leur soutien au Pacte germano-soviétique doivent être élargies. Dans ce cas, les demandes de libération devront être présentées au délégué de Vichy à Paris, Léon Noël.

De plus, les autorités allemandes encouragent fortement les communistes à développer leurs Comités populaires d'usine afin d'accélérer la réouverture des entreprises et permettre ainsi le redémarrage de l'activité économique.

Enfin, Maass fait référence à la diffusion par le Parti communiste d'un tract reprenant la lettre au président Herriot du 1er octobre 1939 dans laquelle les députés communistes demandaient au président de la Chambre d'organiser une délibération du Parlement sur "les propositions de paix qui [allaient] être faites à la France" grâce "aux initiatives diplomatiques de l'URSS". Ces propositions ont été finalement formulées par Hitler dans son discours du 6 octobre 1939.

Maass approuve le contenu de ce tract diffusé clandestinement, regrette la faiblesse du tirage et suggère même de publier une nouvelle édition qui intégrerait des passages du discours prononcé par Hitler le 19 juillet 1940 dans lequel il rappelle ses propositions de Paix du 6 octobre 1939 et le refus du gouvernement français. Tréand indique en commentaire qu'il n'y aura pas de suite à cette suggestion.

(1) Cahiers d'histoire de l'IRM, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, p. 229.

Télégramme de l'IC du 20 juillet 1940 signé par Dimitrov et Thorez :
"Reçu vos matériaux jusqu'au six juillet. Considérons juste ligne générale.
Indispensable redoubler vigilance contre manœuvres des occupants. Etait juste entreprendre démarches pour obtenir presse légale, mais entrevue avec Abetz faute, car danger compromettre parti et dirigeants. [...] Organisation conversations amicales population civile, particulièrement femmes bien préparées, avec soldats occupation représente tâche capitale. Nécessaire corriger formule sur maintien armistice qui peut laisser croire que vous en approuvez les conditions. Préférable garder silence sur Degaule et de pas mettre l'accent contre Angleterre afin de ne pas faciliter politique Petain et ses protecteurs. Juste proposer entente avec URSS mais sans la présenter comme un complément pacte germano- soviétique et sans parler de pacification Europe. [....]
Juste utiliser toutes possibilités légales, mais en renforçant organisations illégales." (1)
Le 19 juillet 1940, l'IC adopte une Directive sur le Parti communiste en s'appuyant notamment sur les rapports de Jacques Duclos des 30 juin, 3 juillet et 6 juillet 1940.

Cette directive est envoyée le lendemain à Paris dans un télégramme signé par Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC, et Maurice Thorez, secrétaire général du PCF.

On retiendra de ce télégramme du 20 juillet 1940 les points suivants :

1) négociation avec les Allemands.

Tout d'abord, l'IC adresse un satisfecit à Duclos pour les négociations avec les autorités allemandes (la première avec Weber et la seconde qui est toujours en cours). La seule critique ("faute") porte sur l'entrevue entre les dirigeants communistes et Abetz.

Illustration que la rencontre du 26 juin était pour l'IC une faute, le commentaire qu'a noté Maurice Thorez dans son carnet à la date du 12 juillet quand il a pris connaissance de l'événement : "Tentative collaborer avec le Parti. Le compromettre parce qu'il reste la seule force". (2)

On peut constater - comme pour le télégramme du 22 juin 1940 - qu'il y a un accord clair entre Jacques Duclos, Maurice Thorez et Georges Dimitrov pour que les communistes négocient avec les Allemands à la condition que le Parti ne soit pas directement engagé.

D'ailleurs l'IC réaffirme son soutien à cette ligne légaliste à la fin de son télégramme : "Juste utiliser toutes possibilités légales".

2) Fraternisation franco-allemande.

L'IC prescrit au Parti communiste d'encourager les Français et surtout les Françaises à fraterniser avec les soldats allemands : "Organisation conversations amicales population civile, particulièrement femmes bien préparées, avec soldats occupation représente tâche capitale."

3) Programme de politique extérieure du PCF.

L'IC corrige le programme de politique étrangère que Jacques Duclos a défini dans son rapport du 30 juin :

Politique Extérieure

Maintien de l'armistice et répression énergique de toute action tendant à entraîner à nouveau le peuple français dans la guerre.
Soutien des peuples coloniaux dans la lutte pour leurs revendications et leur indépendance.
Conclusion d'un pacte d'amitié avec l'URSS qui compléterait le pacte germano-soviétique et constituerait un important facteur de pacification européenne".

L'IC écarte la formule "maintien de l'armistice" qui laisse supposer que la Paix communiste serait identique à la Paix pétainiste.

Elle invite à garder le silence sur le Général de Gaulle et l'Angleterre pour que l'anglophobie et l'antigaullisme du Parti communiste ne servent ni les Allemands ni le Gouvernement Pétain qui a rompu le 4 juillet 1940 ses relations diplomatiques avec Londres à la suite de l'attaque d'une escadre anglaise contre la flotte française qui stationnait à Mers-el-Kébir, près d'Oran

C'est la première mention du Général de Gaulle dans un télégramme de l'IC.

Enfin - point important - Moscou rejette toute référence au pacte germano-soviétique et à la pacification de l'Europe dans la revendication d'un pacte d'amitié franco-soviétique.

Dans sa forme initiale cette revendication signifiait que la signature d'un pacte d'amitié entre la France et l'URSS serait non seulement conforme aux intérêts de l'Allemagne mais en plus inciterait l'Angleterre à faire la Paix.

Elle a été mentionnée dans plusieurs textes de juin et juillet 1940 :

- Appel au "Peuple de Paris" du 25 juin 1940 :

"Le gouvernement que le pays attend et que les événements imposent, c'est un gouvernement populaire, démocratique, [...] un gouvernement décidé à poursuivre avec l'URSS, pays du socialisme, une politique d'amitié qui compléterait heureusement le pacte germano-soviétique et contribuerait à créer les conditions d'une paix juste et durable."

- Demande de parution de l'Humanité sous censure allemande du 26 juin 1940

"L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de poursuivre une politique de pacification européenne et de défendre la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui serait le complément du pacte germano-soviétique et ainsi créerait les conditions d'une paix durable."

- Article "Les revendications du peuple de France" (l'Humanité n° 58 du 1 juillet 1940) :

"7) Le maintien de la Paix et la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique et qui permettrait la conclusion d'un accord commercial avec l'Union soviétique pour éviter la famine."

- Tract "La bande à Doriot" de juillet 1940 :

"C'est vers ces hommes qui n'ont pas courbé la tête, que monte la confiance du peuple de notre pays qui veut en finir avec le capitalisme pour se sauver, qui sait qu'un pacte d'amitié franco-soviétique, complétant le pacte germano-soviétique ouvrirait une ère de Paix [...]."

- Article "Le peuple de France veut la paix" (l'Humanité n° 59 du 4 juillet 1940) :

"Il demande la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique et serait la garantie de la paix en Europe."

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 265.
(2) Stéphane Courtois, Le bolchévisme à la française, 2010 p. 161.

- Abetz est convoqué à Berlin. Il sera absent pendant 3 semaines.

27 Juillet 1940
● Article "Une conversation avec un soldat allemand" :
"Nous avons eu l'occasion d'entendre une conversation entre un travailleur parisien et un soldat allemand. L'ouvrier parisien disait : "Nous sommes les ennemis des capitalistes français et les amis de tous les peuples, allemand, italien, anglais etc... ainsi que des peuples coloniaux. Quand les impérialistes français occupèrent la Rhur, les travailleurs français, derrière le Parti Communiste combattirent l'occupation, car nous savions qu'un peuple qui en opprime un autre ne peut être libre. Les impérialistes français ont voulu la guerre, mais des milliers d'ouvriers ont lutté pour la paix et sont emprisonnés.
Cà, c'est la vraie France, France de la liberté et de l'indépendance des peuples."
(L'Humanité n° 65 du 27 juillet 1940)
L'Humanité du 27 juillet 1940 met en scène une conversation entre "un travailleur parisien et un soldat allemand" pour illustrer les thèmes suivants :

1) la fraternité des peuples et notamment la fraternité franco-allemande : les communistes sont "les amis de tous les peuples, allemand, italien, anglais etc... ainsi que des peuples coloniaux".
2) la condamnation du capitalisme français : les communistes sont "les ennemis des capitalistes français". Les capitalistes allemands ne sont pas nommés. Un oubli sûrement....
3) la condamnation de l'impérialisme français :
- "Quand les impérialistes français occupèrent la Rhur, les travailleurs français, derrière le Parti Communiste combattirent l'occupation". Par contre, le Parti communiste ne combat pas les impérialistes allemands quand ils occupent la France.
-  "Les impérialistes français ont voulu la guerre" autrement dit ils portent la responsabilité du conflit franco-allemand de 1939-1940.
4) la Paix avec l'Allemagne : "des milliers d'ouvriers ont lutté pour la paix et sont emprisonnés". Rappel que depuis septembre 1939 les militant communistes défendent la Paix avec l'Allemagne et que nombre d'entre eux ont été condamnés par les tribunaux de la République pour cet engagement. Ce rappel vise aussi à mettre en évidence l'opportunisme des pétainistes dont le pacifisme date de juin 1940.
5) le Parti communiste est le seul parti français : "Cà, c'est la vraie France". La vraie France du Parti communiste, autrement dit la France qui fraternise avec les allemands, s'oppose à celle du Maréchal Pétain et à celle du Général de Gaulle. La France du Maréchal Pétain est dénoncée par les communistes parce qu'elle est capitaliste. Quant à la France du Général de Gaulle elle est condamnée par les communistes parce qu'elle incarne le refus de l'armistice franco-allemand.


30 Juillet 1940
 A Berlin, Abetz rédige un mémorandum à l'attention de Hitler dans lequel il recommande entre autres d'autoriser le journal Ce soir :
"Il serait donc recommander : [...]
3. De publier un quotidien au titre accrocheur, bien connu du temps du Front populaire, tel que Ce Soir, et d'y commencer un travail d'éducation antimarxiste. Les travailleurs pourraient prendre une telle feuille pour un journal communiste et seraient plus accessible aux articles qui y seront publiés." (1)
Dans ce texte titré "Travail politique en France", Abetz met en évidence "le danger du chauvinisme" qui pourrait conduire à la lutte armée en soulignant que le Parti communiste constitue une opposition naturelle au développement d'un tel mouvement. Toutefois, estimant qu'il n'est pas dans "l'intérêt de l'Allemagne d'avoir un voisin bolchévique à l'ouest" il propose des mesures pour lutter contre le communisme. C'est dans ce cadre qu'il propose à Hitler d'autoriser la reparution de Ce Soir dans le but de diffuser sous couvert d'un quotidien communiste une propagande pro-nazie.

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, 1983, p. 309.

15 - 31 : Foissin rencontre le chargé d'affaires soviétique de passage à Paris.
Dans la deuxième quinzaine de juillet, Foissin rencontre le chargé d'affaires soviétique de passage à Paris. Il l'informe du contenu des négociations avec les allemands. Ce dernier, selon Foissin, lui indique qu'il peut continuer à la condition de ne pas être "prisonnier moral des allemands" (1).

Le compte rendu de Foissin sera l'une des sources d'informations de l'Internationale communiste quant au contenu des négociations entre le Parti communiste et les autorités allemandes.

(1)  Le Mouvement social n°113 oct-dec 1980 p. 75.


Fin Juillet 1940
Appel au "Peuple de France !" (dit Appel du 10 juillet 1940) :

PEUPLE DE FRANCE !

Notre Pays connait maintenant les terribles conséquences de la politique criminelle suivie par des gouvernements indignes, responsables de la GUERRE, de la DÉFAITE, de L’OCCUPATION. [...]

Une Paix véritable
Le Peuple français qui paie si cher les crimes des fauteurs de guerre, veut de toutes ses forces la Paix dans l’indépendance complète et réelle de la France. Il n’y a de Paix véritable que dans l’indépendance des peuples et les Communistes qui revendiquent pour la France le droit à son indépendance, proclament aussi le droit à l’indépendance des peuples coloniaux asservis par les impérialistes. [...]
En défendant le pacte germano-soviétique, en Août 1939, nous avons opposé à la politique des fauteurs de guerre, la politique stalinienne de paix et aujourd’hui, nous avons conscience de servir la cause de la paix et de l’indépendance de notre pays, en demandant la conclusion d’un pacte d’amitié franco-soviétique. [...]

Un Gouvernement du Peuple
Pour relever la France, pour remettre la France au travail, pour assurer son indépendance dans la Paix, pour assurer la sauvegarde des droits du Peuple, pour libérer notre Pays des chaînes de l’exploitation capitaliste et de l’oppression il faut chasser le Gouvernement de traîtres et de valets dont le chef Pétain a dit cyniquement aux blessés, aux réfugiés, à ceux qui ont tout perdu :  « l’Etat ne pourra rien pour vous ». [...]
C’est un tout autre gouvernement qu’il faut à la France.
Un gouvernement que l’unité de la Nation rendra possible demain; un gouvernement qui sera le Gouvernement de la renaissance nationale composé d’hommes honnêtes et courageux, de travailleurs manuels et intellectuels n’ayant trempé en rien dans les crimes et combinaisons malpropres de la guerre; un gouvernement du Peuple, tirant sa force du Peuple, du Peuple seul et agissant  exclusivement dans l’intérêt du Peuple. [...]
Sous le signe de la lutte contre le régime capitaliste générateur de misère et de guerre, d’exploitation et de corruption, qui a déjà disparu sur un sixième du Globe en URSS, sous le signe de l’unité et de l’indépendance de la Nation; sous le signe de la fraternité des Peuples, nous serons  les artisans de la renaissance de la France.

Au nom du Comité Central 
du Parti Communiste Français :

MAURICE THOREZ                                            JACQUES DUCLOS
                     Secrétaire Général                                                      Secrétaire
A la fin de juillet 1940 - soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand - le Parti communiste publie un Appel au "Peuple de France !" dans lequel il affirme que "seuls, les Communistes ont lutté contre la guerre !" et qu'en conséquence seuls les communistes sont en mesure de négocier avec Hitler une "Paix" qui garantira "l’indépendance complète et réelle de la France".

Plaidoyer pour un Gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste, cet Appel sera pourtant célébré par l'historiographie officielle comme l'acte fondateur de la Résistance communiste sous le titre "Appel du 10 juillet 1940" en référence à un faux numéro de l'Humanité du 10 juillet 1940 dans lequel est reproduit un extrait falsifié du texte original.

● Appel à la "Jeunesse de France" de juillet 1940 :

JEUNESSE DE FRANCE !

Au milieu des désastres qui se sont abattus sur notre pays, au milieu des ruines et des deuils, la jeunesse de France se demande de quoi demain sera fait, elle se demande quelle est la voie à suivre pour sortir du chaos, du désordre, de la misère dont le monde capitaliste donne le répugnant spectacle. [...]

JEUNES GENS ET JEUNES FILLES peuvent voir que la guerre a été faite pour le profit de quelques parasites capitalistes dont Daladier (1), Reynaud (2), Mandel (3) et Cie ont été les fondés de pouvoir. [...]

JEUNES GENS ET JEUNES FILLES ne peuvent ignorer que seuls les communistes ont eu le courage de réclamer la paix.

JEUNES GENS ET JEUNES FILLES ne peuvent ignorer que pour avoir défendu la paix les communistes ont été emprisonnés par milliers, qu'ils ont été odieusement persécutés, et que le ministre Sérol porte devant l'Histoire la terrible responsabilité d'avoir pris contre les communistes le décret de la peine de mort (4)[...]

Assez de tous les vieux boniments ! Assez de tous ceux qui aujourd'hui rangés derrière PÉTAIN et son LAVAL, étaient hier derrière DALADIER. Silence aux lâches et aux chiens couchants. Seuls ont le droit de parler ceux qui, en pleine guerre, ont eut le courage de lever le drapeau de la paix.

JEUNES DE FRANCE UNISSEZ-VOUS !

Oui Jeunesse de France ardente et courageuse, il faut débarrasser la France de ceux qui ont fait son malheur.

JEUNES OUVRIERS, JEUNES PAYSANS, ÉTUDIANTS, JEUNES FILLES vous qui porter en vous de grandes espérances UNISSEZ-VOUS. Là-bas à l'est de l'Europe l’Étoile Soviétique vous montre le chemin de la libération; entrez dans la lutte avec résolution, avec confiance, avec foi, car vous êtes la génération qui va, avec leurs aînés, faire le monde nouveau.

JEUNES GENS DE FRANCE UNISSEZ-VOUS POUR EXIGER :

LA LIBÉRATION DE TOUS CEUX QUI ONT ÉTÉ EMPRISONNÉS POUR AVOIR DÉFENDU LA PAIX.

LE CHÂTIMENT DES RESPONSABLES DE LA GUERRE ET DE LA DÉFAITE.
 
[...]

JEUNES DE FRANCE UNISSEZ-VOUS POUR EXIGER : [...]

L'OUVERTURE DES STADES ET PISCINES POUR UN SPORT SAIN ET POPULAIRE. [...]

JEUNES DE FRANCE UNISSEZ-VOUS POUR EXIGER :

LA CONCLUSION D'UN PACTE D’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L'UNION SOVIÉTIQUE.

LA CONSTITUTION D'UN GOUVERNEMENT DU PEUPLE AU SERVICE DU PEUPLE SEUL CAPABLE DE RELEVER LA FRANCE, ET D'ASSURER LA PAIX DANS LA LIBERTÉ ET L’INDÉPENDANCE DE NOTRE PAYS. 
[...]

JEUNES DE FRANCE ENROLEZ-VOUS sous les plis du drapeau de notre grand Staline, le drapeau du COMMUNISME. Répondez à l'Appel de la JEUNESSE COMMUNISTE et de son président Raymond GUYOT; Marchez avec Confiance derrière le PARTI COMMUNISTE qui avec ses chefs THOREZ, DUCLOS, MARTY, FRACHON, BONTE, FAJON, donne l'exemple de la fidélité à la cause du Peuple et montre le chemin de l'avenir. [...]

VIVE L'UNION DE LA JEUNESSE DE FRANCE


LA FÉDÉRATION DES JEUNESSES COMMUNISTES DE FRANCE
A la fin de juillet 1940 - soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand - les Jeunesses Communistes lancent un Appel à la "Jeunesse de France" dans lequel elles plaident pour "la constitution d'un gouvernement du peuple au service du peuple seul capable de relever la France et d'assurer la paix dans la liberté et l'indépendance de notre pays".

Ce plaidoyer pour un gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste affirme d'une part que "seuls les communistes ont eu le courage de réclamer la paix" et que "pour avoir défendu la paix les communistes ont été emprisonnés par milliers, qu'ils ont été odieusement persécutés" et d'autre part que "Seuls ont le droit de parler ceux qui, en pleine guerre, ont eut le courage de lever le drapeau de la paix".

En d'autres termes, seul le Parti communiste est légitime pour négocier avec Hitler un traité de Paix au motif qu'il est le seul parti à s'être opposé dès le début du conflit à la guerre contre l'Allemagne nazie. Pacifiste de la dernière heure, le Maréchal Pétain est donc totalement disqualifié pour diriger la France.

Cet argumentaire est identique à celui développé par le Parti communiste dans son Appel au "Peuple de France" diffusé à la même période.

Pour terminer, on fera remarquer qu'à défaut d'appeler à la lutte armée, l'Appel à la "Jeunesse de France" de juillet 1940 incite les "Jeunes de France" à se mobiliser pour exiger... "l'ouverture des stades et piscines pour un sport sain et populaire."

(1) Edouard Daladier : président du Conseil d'avril 1938 à mars 1940.
(2) Paul Reyaud : président du Conseil de mars à juin 1940.
(3) Georges Mandel : ministre des colonies d'avril 1938 à mai 1940 puis de l'Intérieur de mai à juin 1940. ["La terreur policière devait atteindre son paroxysme lorsqu'au mois de mai 1940 Mandel devint ministre de l'Intérieur." (Brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de janvier 1941) - "M. Mandel, promu ministre de l'Intérieur, le 17 mai, dirigeait l'orchestre qui hurlait à la mort contre les communistes." (Brochure "Nous accusons" de janvier 1941)]
(4) Le décret-loi du 9 avril 1940 dit décret Sérol assimilait à la trahison passible de la peine de mort "l'entreprise de démoralisation de l'armée ou de la nation ayant pour objet de nuire à la défense nationale".



AOUT 1940



"La vérité tragique est maintenant perceptible à tous les français honnêtes : les communistes accusés de trahison parce qu'ils s'opposaient aux plans criminels des 200 familles, condamnés à des siècles de prison pour avoir réclamé la paix quand elle était possible sans désastre, et pour s'être opposés à la transformation de la France en Dominion de l'Angleterre, les communistes étaient et demeurent les véritables patriotes dont l'amour véritable de la Patrie exige que celle-ci soit libérée de ses exploiteurs et de ses traîtres." (1)
En septembre 1940, dans la région de Bordeaux, le Parti communiste diffuse à 300 exemplaires une brochure intitulée "Union du peuple pour libérer la France".

Rédigée par Charles Tillon, responsable inter-régional du PCF pour tout le Sud-Ouest, cette brochure datée d'août 1940 a deux objectifs : 1) faire connaître aux cadres communistes la position du Parti dans une France défaite et occupé par les armées allemandes, 2) leur permettre de diffuser sous forme de tract les textes composant cette publication.

Son contenu est conforme à la ligne pacifiste, anglophobe et anti-républicaine fixée par la direction centrale du Parti communiste. Il n' y a donc aucune divergence politique entre Paris et Bordeaux.

Dans ses ouvrages publiés après la guerre, Charles Tillon décrira cette brochure, rebaptisée "le manifeste de Bordeaux", comme un plaidoyer pour... la Résistance.

Revenant sur l'action du Parti communistes au cours de la guerre de 1939-1940, le dirigeant communiste affirme - dans l'extrait cité - que les communistes étaient et demeurent les "véritables patriotes" au motif qu'ils ont combattu l'impérialisme anglais et défendu la paix avec les nazis !!!

En d'autres termes, l'ennemi n'était pas l'Allemagne d'Hitler mais la France républicaine accusée de bellicisme et d'être soumise à l'Angleterre capitaliste.

Au sens communiste du terme, le député de la Seine mérite pleinement le titre de "patriote" puisqu'il a été condamné par contumace en avril 1940 à la "prison pour avoir réclamé la paix".

On rappellera une autre imposture sémantique des communistes : celle qui consistait à qualifier de fascistes et d'hitlériens tous ceux qui étaient favorable à la guerre contre le IIIe Reich.

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 56.


-------------------------------------


1  : Discours de Molotov prononcé à la 7e session du Soviet suprême de l'URSS :
"Au cours des 4 mois qui se sont écoulés après la 6e session du Soviet Suprême, des événements d'une grande importance se sont déroulés en Europe.

[France]
[...] Dès le printemps de cette année, la guerre se développait à une cadence accélérée. Sans s'arrêter aux événements qui ont eu lieu en Norvège, au Danemark, en Belgique et en Hollande, il convient de noter particulièrement la rapide défaite et la capitulation de la France : en un mois et demi à peine, l'armée allemande a non seulement brisé la résistance de la France, mais elle l'a contrainte à signer un armistice aux conditions duquel une grande partie du territoire français, avec Paris, continue à être occupée par les troupes allemandes. Néanmoins, la France, ayant obtenu l'armistice, n'a pas encore la paix. On ne sait encore rien, en général, des conditions de paix.
Des deux alliés adversaires de l'Allemagne et de l'Italie, il n'en reste plus qu'un, l'Angleterre, qui a décidé de continuer la guerre en bénéficiant de l'aide des Etats-Unis. [...]

[Angleterre]
L'Allemagne a obtenu de grands succès dans la guerre contre les Alliés, mais elle n'a pas encore atteint le but fondamental, c'est-à-dire la cessation de la guerre aux conditions qu'elle désire. Le 19 juillet, le Chancelier du Reich a de nouveau adressé un appel à l'Angleterre [Discours de Hitler du 19/07/40], lui proposant de s'entendre au sujet de la Paix. Mais comme on le sait, le gouvernement anglais a repoussé ces propositions, voyant là une demande de capitulation et y a répondu en déclarant qu'il continuerait la guerre jusqu'à la victoire; il est même allé jusqu'à la rupture des rapports diplomatiques avec son alliée de la veille, la France.
Cela signifie que le gouvernement de l'Angleterre n'a pas voulu céder les colonies qu'il possède dans toutes les parties du globe, et s'est déclaré prêt à continuer la guerre pour son hégémonie mondiale, bien qu'après la défaite de la France et l'entrée en guerre de l'Italie aux côtés de l'Allemagne cette lutte soit devenue beaucoup plus difficile pour l'Angleterre. [...]

[Allemagne]
Tous les événements mentionnés n'ont pas changé la politique extérieure de l'Union Soviétique. Fidèle à sa politique de paix et de neutralité, l'Union Soviétique ne participe pas à la guerre. Nos relations avec l'Allemagne, après le tournant qui s'est opéré il y a près d'un an, continuent à se maintenir entièrement comme prévues par l'accord germano-soviétique.
Cet accord que le gouvernement soviétique a observé strictement, a écarté la possibilité de friction dans les relations germano-soviétiques, lors de l'application des mesures le long de notre frontière occidentale. En même temps, il assure à l'Allemagne une certitude de calme à l'Est. Le cours des événements en Europe non seulement n'a pas affaibli l'accord, mais au contraire, a souligné l'importance de son existence et de son développement ultérieur.
Ces derniers temps, la presse étrangère, et surtout la presse anglaise et anglophile a souvent spéculé sur la possibilité de divergences s entre l'Union Soviétique et l'Allemagne cherchant à nous effrayés par la perspective d'un renforcement de la puissance de l'Allemagne. Ces tentatives ont été plus d`une fois dénoncées et rejetées, aussi bien par nous que par l'Allemagne. Nous pouvons seulement confirmer qu'à notre avis, à la base des relations amicales et de bon voisinage qui se sont établies entre l'URSS et l'Allemagne. se trouvent non seulement des éléments fortuits de conjoncture, mais des intérêts d'Etat fondamentaux de l'Union Soviétique comme de l'Allemagne."
Le  1er août 1940, Viatcheslav Molotov prononce à la 7e session du Soviet suprême un discours sur la politique extérieure de l'URSS.

Comme les précédents, ce discours se caractérise par son contenu totalement pro-allemand.

Les succès militaires de l'Allemagne nazie au Danemark, en Norvège, en Belgique, en Hollande, au Luxembourg et enfin en France ne suscite chez le dirigeant soviétique aucune indignation, aucune condamnation, aucune inquiétude.

A l'inverse, il dénonce le gouvernement anglais pour avoir rejeté les propositions de paix formulées par le chancelier du Reich dans son discours du 19 juillet 1940. L'Angleterre démocratique est donc synonyme d'impérialisme et l'Allemagne d'Hitler de pacifisme !!!

Dernier élément, évoquant les relations germano-soviétiques, Molotov affirme que l'URSS a "strictement" observé les accords signés avec l'Etat allemand - Pacte de non-agression du 23 août 1939 et Traité de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939 - garantissant ainsi à "l'Allemagne une certitude de calme à l'Est" autrement dit de ne faire la guerre que sur un seul front.

En outre, le chef du gouvernement soviétique rejette les affirmations de la presse étrangère sur l'existence de tensions entre l'URSS et l'Allemagne en déclarant qu' "à la base des relations amicales et de bon voisinage qui se sont établies entre l'URSS et l'Allemagne se trouvent non seulement des éléments fortuits de conjoncture, mais des intérêts d'Etat fondamentaux de l'Union Soviétique comme de l'Allemagne".

------------------------------------

Après le refus de l'Ambassade d'Allemagne d'autoriser la publication du discours prononcé par Molotov le 1er août 1940, le Parti communiste le publiera sous forme de brochure en mentionnant à la dernière page l'échec de sa démarche auprès des autorités allemandes :

 "Discours du camarade Molotov édité illégalement par le Parti communiste français, l'Ambassade d'Allemagne ayant refusé l'autorisation de le faire imprimer normalement".

Jacques Duclos, responsable du Parti communiste clandestin, mentionne cette initiative dans son rapport à l'IC du 5 août 1940 : "nous somme en train d'éditer le discours du camarade Molotov et nous allons essayer de le faire vendre dans la rue". (1)

Dans un télégramme du 8 août 1940 envoyé au secrétaire général de l'IC, Georgi Dimitrov, il apporte les précisions suivantes : "Le discours de Molotov est publié légalement sans demande permission en 35 mille exemplaires et on continue". (2)

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, 1940, n° 42, 1990, p. 96 (texte intégral).
(2) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 283.

2  : A Moscou, Thorez note dans son carnet le contenu de la communication de Dimitrov :
"Com [Communication] Df [Dimitrov] Intrigues A. [Abetz] continuent [...]. Danger grave. Foissin. Un gouvernement national révol. [révolutionnaire] avec comm. [communistes]. Avertissement catégorique. Exclusion de ceux qui seraient compromis." (1)
Maurice Thorez est informé par Georgi Dimitrov, secrétaire général de l'IC, que la direction parisienne du PCF négocie avec les autorités allemandes sa participation à un gouvernement national révolutionnaire. On peut supposer que cette information est tirée du rapport que Foisson a fait au représentant soviétique dans la deuxième quinzaine de juillet. Considérant que ce point particulier sort du cadre de négociation autorisé par l'IC et que surtout il constitue une compromission pour le PCF, Maurice Thorez envisage l'exclusion de Foissin.

(1) Stéphane Courtois, Le Bolchévisme à la française, 2010, p 169-170.

5 : - Lettre de Robert Foissin du 5 août 1940 adressée à André Picard :
"2° Depuis 15 jours  tout  le  monde  dit que l'autorisation de sortir le journal Ce Soir est un fait acquis. Mais jusqu'à maintenant, Ce Soir ne peut paraître parce que personne n'en a encore donné l'autorisation officielle et formelle.
3° Des centaines de prisonniers politiques se trouvent encore dans la zone occupée. Bien qu'un memo ait été remis à ce sujet aux autorités allemandes, depuis plus de 10 jours mes camarades sont toujours détenus ou internés pour avoir défendu dès sa signature le pacte germano-soviétique, pacte dont les développements prochains viennent d'être si heureusement soulignés par Hitler et par Molotov dans leur plus récents discours.
4° Alors qu'on nous avait formellement assuré que nous étions couverts jusqu'à l'issue des pourparlers que tu sais, une centaine de militants ont été incarcérés depuis le 13 juillet pour avoir diffusé nos écrits qui ne peuvent être que clandestins, toute liberté de presse étant toujours supprimée en ce qui nous concerne. Il sont déférés aux autorités militaires allemandes. Nous ignorons l'objet de leur inculpation, les pénalités qu'ils, peuvent encourir et les conditions dans lesquelles ils peuvent se défendre et être défendus. Nous savons seulement que l'un d'entre eux a été condamné à six mois de prison alors que les tracts distribués ne contiennent absolument rien à l'encontre soit du Reich soit des autorités et troupes d'occupation. [...]
En conséquence, si aucune décision n'intervient cette semaine, je me verrai dans l'obligation de demander à mon Parti de ma décharger de ma mission, mission que d'ailleurs il ne confiera à personne d'autre. 
Tu sais avec quel foi j'ai agi jusqu'à maintenant et les discours d'Hitler [discours du 19/7/40] et de Molotov [discours du 1/8/40] m'ont confirmé dans l'opinion que l'amitié entre le Reich et l'URSS doit avoir de profondes répercussions même sur l'évolution de la politique de la France.
Je reste persuadé que c'est aussi et toujours ton sentiment. A toi de faire de ton côté tous les efforts que, du mien, j'ai multiplié depuis plus de six semaines." (1)
Le 5 août 1940 Foissin écrit à Picard pour dénoncer le comportement des autorités allemandes qui ne respectent pas leur engagements, et demander une dernière fois que les revendications communistes soient satisfaites.

Dans sa lettre Foissin exprime plusieurs griefs illustrant les ambiguïtés des autorités allemandes.

D'abord, il indique que Ce Soir n'a toujours pas reçu officiellement l'autorisation de paraître alors que, depuis le 20 juillet et les annonces de Maass, les autorités allemandes ont donné leur accord à cette parution.

Ensuite, il mentionne que les communistes encore détenus en zone occupée n'ont toujours pas été libérés en précisant qu'il a, conformément aux exigences de Maass, remis aux autorités allemandes un memo demandant leur libération et en soulignant que tous ces militants sont détenus "pour avoir défendu dès sa signature le pacte germano-soviétique". Rappelons qu'en zone occupée les allemands ont déjà libéré un grand nombre de militants communistes condamnés pour défaitisme.

Enfin, il écrit que des distributeurs de tracts communistes ont été arrêtés alors que les autorités allemandes s'étaient "formellement" engagées à tolérer les activités du PCF pendant la durée des pourparles et que de plus ces tracts ne contenaient "absolument rien à l'encontre soit du Reich soit des autorités et troupes d'occupation".

Fort de ce constat, Foissin insiste auprès de Picard pour que les revendications communistes soient rapidement satisfaites faute de quoi les négociations seront définitivement rompus.

Pour obtenir satisfaction, il met aussi en avant que les rapports entre les autorités allemandes et le PCF devraient s'inscire dans le cadre de "l'amitié entre le Reich et l'URSS" autrement dit tenir compte des bonnes relations qui existent désormais entre l'Union soviétique et l'Allemagne nazie et dont la solidité a été réaffirmée à la fois par le Chanchelier Hitler le 19 juillet 1940 et Viatcheslav Molotov, Chef du gouvernement soviétique, le 1er août 1940 :

- Discours du Chancelier Hitler prononcé le 19 juillet 1940 à Berlin devant le Reichstag :
"Les politiciens anglais paraissent fonder leurs derniers espoirs  - abstraction faite des nations alliées et associées se composant d'une lignée de Chefs d'Etat sans  trône, d'hommes d'Etat sans peuples et de généraux sans armées [le Général de Gaulle] - sur de nouvelles complications qu'ils espèrent pouvoir créer grâce à leur habilité qui a si bien fait ses preuves jusqu'à présent. Parmi ces espoirs,  il y en a un qui est une véritable utopie juive, c'est l'idée que l'on pourrait de nouveau séparer la Russie de l'Allemagne.
Les relations germano-russes sont définitivement scellées. La raison de cette confirmation réside dans le fait que l'Angleterre et la France, soutenues par certains petits États, attribuaient constamment à l'Allemagne des projets de conquêtes dans des régions qui ne présentaient aucun intérêt pour elle. Tantôt on disait que l'Allemagne voulait occuper l'Ukraine, tantôt qu'elle voulait entrer en Finlande; une autre fois, on prétendit que la Roumanie était menacée, enfin on craignit même pour la Turquie.
Dans ces circonstances, je considérai comme juste d'entreprendre avant tout avec la Russie une nette démarcation de nos intérêts, afin de définir, une fois pour toutes, quelles sont les régions que l'Allemagne croit devoir considérer comme intéressantes pour son avenir et quelles sont celles au contraire que la Russie estime nécessaires à son existence. Et c'est sur la base de cette claire délimitation des sphères d'intérêts respectives de l'Allemagne et de la Russie qu'intervint le nouveau règlement des relations germano-russes. En raison de la conclusion de cet accord, il faut être naïf pour espérer une nouvelle tension entre les deux pays. Ni l'Allemagne, ni la Russie n'ont fait un seul pas en dehors de leurs sphères d'intérêts."

- Discours de Viatcheslav Molotov, Chef du gouvernement soviétique, prononcé le 1er août 1940 à Moscou devant le Soviet suprême :
"Ces derniers temps, la presse étrangère, et surtout la presse anglaise et anglophile a souvent spéculé sur la possibilité de divergences s entre l'Union Soviétique et l'Allemagne cherchant à nous effrayés par la perspective d'un renforcement de la puissance de l'Allemagne. Ces tentatives ont été plus d`une fois dénoncées et rejetées, aussi bien par nous que par l'Allemagne. Nous pouvons seulement confirmer qu'à notre avis, à la base des relations amicales et de bon voisinage qui se sont établies entre l'URSS et l'Allemagne. se trouvent non seulement des éléments fortuits de conjoncture, mais des intérêts d'Etat fondamentaux de l'Union Soviétique comme de l'Allemagne".

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, 1983, pp. 314-316 (lettre intégrale)

- Lettre de Jacques Duclos du 5 août 1940 adressée à l'IC :
"Nous avons reçu de vos nouvelles et comme vous pouvez le penser nous avons examiné avec le plus grand soin les conseils que vous nous donner concernant le renforcement de la vigilance contre les manœuvres des occupants ainsi que vos observations relatives à la conversation que nous vous avons relatée. Nous comprenons toute l'importance qu'il y a à ne pas nous laisser compromettre mais le déroulement des événements est tel que l'on peut dire que ce danger a été évité."  (1)
Dans son rapport à l'IC du 5 août 1940, Jacques Duclos répond au télégramme de Dimitrov et Thorez du 20 juillet 1940, qui mentionnait que "entrevue avec Abetz faute, car danger compromettre parti et dirigeants", en affirmant que le Parti  a su éviter le "danger" de la compromission dans ses négociations avec les autorités allemandes. 

Précisons que "la conversation que nous vous avons relatée" fait référence à la rencontre du 26 juin 1940 entre Abetz et deux dirigeants communistes : Tréand et Catelas.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, 1940, n° 42, 1990, p. 92 (texte intégral).

- A Moscou, l'Internationale communiste réagit vigoureusement à la participation de Tréand à deux rencontres supplémentaires avec les autorités allemandes ainsi qu'au contenu des négociations qui porterait, au-delà de la reparution de la presse communiste, sur la constitution à Paris d'un gouvernement populaire avec des communistes.
Elle adopte une Directive qui affirme d'emblée : "il est évident que le parti est menacé de graves dangers de la part des manœuvres des occupants".
Tout en jugeant indispensable d'éviter "articles, déclaration, pourparlers, entrevues tels qui pourraient avoir le caractère expression de solidarité avec les occupants", elle recommande de "poursuivre les efforts pour obtenir légalisation presse ouvrière".
Informée d'un "projet constitution gouvernement populaire", elle prescrit de repousser toute tentative de pourparlers avec les occupants "au sujet de la tactique ou d'autres problèmes du parti. Les intermédiaires de pareilles tentatives doivent être immédiatement dénoncés à la direction du Parti. L'attitude de l'avocat Foissin laisse croire qu'il est un agent des occupants". (1)
La Directive du 5 août 1940 est transmise au PCF dans un télégramme du 7 août 1940 signé par Dimitrov et Thorez.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, p. 234-236 (texte intégral).

- Retour d'Abetz qui a été nommé au rang d'Ambassadeur le 3 août.

21 : Télégramme de la direction parisienne du PCF adressé à l'Internationale communiste :
"Tous pourparlers ont cessé après communications antérieures. Prenons mesures renforcement vigilance. Renseignements donnés par d'autres concernant soi-disant gouvernement de Paris sont contraires vérité. [...] Sommes surpris qu'on ait pu penser que nous pourrions devenir jouets des occupants . Parti uni derrière direction.
En réponse aux critiques de la Directive du 5 août 1940, la direction  parisienne du  PCF informe l'Internationale communiste, dans un télégramme du 21 août 1940 signé par Duclos, Tréand et Frachon, que "tous pourparlers ont cessé après communications antérieures" et que "les renseignements donnés par d'autres concernant soi-disant gouvernement de Paris sont contraires vérité". (1)

(1) Stéphane Courtois, Le Bolchévisme à la française, 2010, p. 172.

22 : Abetz convoque Foissin pour lui annoncer les résultats de ses conversations à Berlin avec
Ribbentrop et Hitler concernant les demandes du Parti communiste (formation des comités populaires d'usines, légalisation de Ce Soir, libération des militants) :
"1° Accord sur le développement du mouvement des comités d'entreprise.
2° Impossibilité de la reparution de Ce Soir trop marqué par sa position lors de la guerre d'Espagne mais entrée à "La France au Travail" qui sera profondément remaniée.
3° Accord sur la libération des détenus de la zone non occupée."
(Note de Foissin du 7 novembre 1944)

25 : Foissin transmet les contre-propositions allemandes à Catelas qui lui demande de prendre
       rendez-vous avec Abetz pour le 27 août.
      
27 : Catelas ne se présente pas chez Foissin qui l'attend pour se rendre au rendez-vous avec Abetz.
       Fin de la 2de négociation pour obtenir la reparution de l'Humanité/Ce Soir.

31 : Foissin est exclu du Parti communiste.
Cette exclusion sera publiée dans le numéro spécial du 27 septembre 1940 de l'Humanité clandestine : "L'avocat Foissin qui, bien que sachant parfaitement que le Parti Communiste combat et dénonce le journal La France au Travail, a collaboré à cet organe de presse, est chassé des rangs du Parti."

La décision d'exclure Foissin a été prise par la direction moscovite du PCF (Thorez) qui lui reproche d'avoir mené des discussions d'ordre politique avec les autorités allemandes (la constitution à Paris d'un gouvernement populaire) au cours des négociations concernant la reparution de l'Humanité. Ne pouvant reconnaître la réalité de ces négociations ainsi que le rôle de Foissin, le Parti communiste justifie l'exclusion de Foissin en invoquant sa participation au journal La France au Travail.



SEPTEMBRE 1940



16 : "M. Diodati qui signe Charles Dieudonné dans la "FRANCE AU TRAVAIL" a été touché par les
accusations portées contre son journal par notre Parti. [...] 
A la vérité, M. Diodati est une sorte de nouveau Blum. Comme le chef socialiste traître, il est contre la nationalisation sans indemnité des banques, Cies d'assurances, mines, chemins de fer et autres grande entreprises capitalistes.
Blum agissait en défenseur des intérêts capitalistes sans distinction de religion ou de race. Il était l'homme de la City, mais cela ne l'empêchait pas de prétendre représenter les travailleurs. Aujourd'hui, M. Diodati fait une même besogne de défense capitaliste pour d'autres oligarchies. Aux boniments anticommunistes et "pseudo-démocratiques" de Blum, M. Diodati substitue des boniments anticommunistes et "pseudo-révolutionnaires".
(L'Humanité n° 77 du 16 septembre 1940.)
L'Humanité compare Léon Blum à Georges Oltramare (Diodati et Charles Dieudonné sont des pseudonymes), l'un des principaux animateurs du journal anticapitaliste et antisémite La France au Travail.

23 : Bataille de Dakar
Le 23 septembre 1940 une flotte française dirigée par le Général de Gaulle arrive au large de Dakar accompagnée d'éléments de la marine anglaise. Son objectif est rallier l'Afrique Occidentale Française (AOF) à la France Libre en débarquant dans sa capitale : Dakar. Les rejets par le Gouverneur général Boisson de l'ultimatum du Général du Gaulle puis de celui du commandant de la flotte anglaise déclencheront des combats navals et aériens qui prendront fin le 25 septembre 1940 avec le retrait des forces gaullistes et anglaises.

Ainsi, la tentative du Général de Gaulle de rallier l'Afrique Occidentale Française à la France Libre se soldera par un échec.

Première juridiction d'exception instituée par le Régime de vichy, la cour martiale créée par la loi du 24 septembre 1940 sera chargée de réprimer la dissidence gaulliste. En effet cette cour est instituée au lendemain de l'opération de débarquement lancée à Dakar par le Général de Gaulle pour rallier l'Afrique Occidentale Française à la France Libre.

26 : Article "A bas la guerre impérialiste" :
"Nous communistes, nous qui avons lutté contre la guerre impérialiste depuis septembre 1939, nous disons à tous les va-t-en guerre avec la peau des autres "PAS UN HOMME, PAS UN SOUS". Nous voulons que la France reste en dehors du conflit en même temps que nous demandons pour tous les peuples coloniaux le droit à disposer d'eux-mêmes contre ceux qui voudraient faire couler encore du sang français pour le plus grand profit des capitalistes : le peuple français doit se dresser avec le mot d'ordre "A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE"".
(L'Humanité du 26 septembre 1940)
Analysant la Bataille de Dakar comme la volonté du régime de Vichy de s'engager militairement au profit de l'Allemage, l'Humanité du 26 septembre 1940 réaffirme avec force sa condamnation de la guerre impérialiste et son opposition en conséquence à toute participation de la France au conflit qui oppose désormais le capitalisme allemand au captialisme anglais.

Elle précise même que les communistes se mobiliseront comme ils l'avait fait dès septembre 1939 pour dénoncer l'engagement militaire de la France au profit de l'Angleterre impérialiste.

Ainsi, au mot d'ordre "A bas la guerre impérialiste", qui d'ailleurs n'était plus un élément déterminant de la propagande communiste depuis la défaite de la France, vient désormais s'ajouter "PAS UN HOMME, PAS UN SOUS" pour la guerre.

27 : Signature du Pacte tripartite entre l'Allemagne, le Japon et l'Italie.
Le Pacte tripartite est avant tout une alliance militaire qui vise à dissuader les Etats-Unis d'entrer en guerre. L'article 3 stipule en effet que l'Allemagne, le Japon et l'Italie prennent l'engagement de "s'assister mutuellement par tous les moyens politiques, économiques et militaires, au cas où l'une des trois puissances contractantes serait attaquée par une puissance non impliquée actuellement dans la guerre européenne ou dans le conflit sino-japonais". Pour éviter toute équivoque quant à la finalité de cette alliance militaire l'article 4 précise que les clauses du Pacte tripartite "ne portent en aucune manière atteinte aux statuts politiques existant actuellement entre chacune des trois puissances contractantes et la Russie soviétique". D'ailleurs, en novembre 1940, l'URSS entamera des négociations avec l'Allemagne dans le but d'adhérer au Pacte tripartite.



OCTOBRE 1940



13 : - "Et maintenant les Doriot, les Gitton et les De Gaulle voudraient nous faire recommencer la
guerre au profit d'une des nations belligérantes.
Comme le disait Vaillant-Couturier Jeunesse de France, UNISSONS-NOUS POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE ET POUR LA PAIX." 
"La Jeunesse de France ne veut faire la guerre ni pour De Gaulle, ni pour les maîtres de Doriot, elle veut la Paix dans l'indépendance."
(L'Avant-Garde n° 20 du 13 octobre 1940)
L'Avant-Garde appelle la "Jeunesse de France" à s'unir pour un objectif clair et précis : "LA PAIX" avec l'Allemagne nazie. C'est d'ailleurs parce qu'il défend la Paix avec l'Allemagne nazie, que l'organe central des Jeunesses communistes condamne sans aucune ambigüité le Général de Gaulle et tout engagement de la "Jeunesse de France" dans la Résistance à l'occupation allemande. Enfin, ce numéro est daté du 13 octobre 1940 qui correspond fortuitement au jour de l'arrestation de Guy Môquet pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 qui proscrit toute activité communiste.

- Arrestation de Guy Môquet.
Militant des Jeunesse communistes, Guy Môquet est arrêté le 13 octobre 1940 par la police française pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 qui proscrit toute activité communiste.

On rappelera que le Régime de Vichy et le Parti communiste partagent le même objectif de politique extérieure : la Paix avec l'Allemagne nazie.

Ce qui les distingue c'est la nature de la Révolution anit-républicaine qu'ils veulent mettte en oeuvre sur le plan intérieur. Pour Pétain c'est la Révolution nationale, pour le Parti communiste c'est la Révolution socialiste.

En d'autres termes, le Régime de Vichy réprime les communistes parce qu'ils sont des militants de la Révolution socialiste. Quant au Parti communiste, il condamne le Régime du Maréchal Pétain parce qu'il incarne le capitalisme.

Prosper Môquet et Guy Môquet : Tel père, tel fils

24 : Rencontre entre le Maréchal Pétain et le Chancelier Hitler à Montoire-sur-le-Loir.
A la suite de sa renconte avec le Chancelier Hitler le 24 octobre 1940, le Maréchal Pétain prononce le 30 octobre 1940 une allocution radiodiffusée dans laquelle il annonce sa volonter de collaborer avec les autorités allemandes : "C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française, une unité de dix siècles, dans le cadre d'une activité constructive du nouvel ordre européen, que j'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration".

25 : Article "Misère - Esclavage - Trahison"
"Ne serait-il pas juste, alors que tant de gens souffrent, d'exproprier les grands capitalistes aryens et juifs pour donner du pain et du travail à tous ?
Le peuple pense que ce serait juste, et il sait que les communistes le feraient s'ils étaient au pouvoir."
(L'Humanité du n° 85 du 25 octobre 1940)
L'Humanité mentionne un exemple précis de mesure que prendraient les communistes "s'ils étaient au pouvoir" : exproprier "les grands capitalistes aryens et juifs". Cette mesure correspond au projet du Parti communiste qui en matière de politique intérieure propose la Révolution socialiste. Toutefois, on notera l'utilisation d'un vocabulaire emprunté au nazisme puisque les capitalistes sont divisés en "aryens" et "juifs" pour souligner que les mesures d'expropriations s'appliqueront aussi aux capitalistes "juifs". Tous ces éléments seront repris dans le programme publié par le Parti communiste en février 1941 sous le titre Pour le salut du peuple de France.

Précisons que les communistes analysent l'antisémitisme comme un produit du capitalisme qui vise à diviser la classe ouvrière et à la détourner de ses véritables ennemis : les capitalistes. Dès lors, le prolétaire juif est avant tout un prolétaire qui doit être défendu contre toute forme d'exploitation ou de discrimination, par contre le capitaliste juif reste avant tout un capitaliste qui doit être combattu au nom de la lutte des classes.

31 : Article "A bas la diplomatie secrète" :
"Veut-on créer une situation qui aboutirait à entraîner dans la guerre les marins et les aviateurs français d'abord, et peut-être aussi les soldats par la suite ? Veut-on que la population française qui souffre déjà du fait que la France est utilisée comme base d'opérations militaires ait encore à souffrir davantage ?
Tels sont les problèmes posés et à cela, le Parti Communiste répond très nettement. De même que notre Parti s'est dressé contre la guerre impérialiste faite pour le compte de la finance anglaise, de même il se dresse contre l'entrée en guerre de la France pour le triomphe d'un soit-disant "nouvel ordre européen" qui serait la consécration de la vassalisation de la France.
Nous ne voulons pas que des soldats français se fassent tuer, ni pour de Gaulle, ni pour Doriot et Déat, car ce n'est pas en associant son destin à un des groupes impérialistes en guerre que la France pourra se sauver; elle ne se sauvera qu'en se débarrassant de l'odieux régime capitaliste. [...]
C'est un odieux régime intérieur pire que celui de Daladier et Mandel, pourtant bien abject, qui est imposé à notre pays sous prétexte de "nouvel ordre". C'est pour que les ploutocrates aient tous les droits et que les travailleurs soient traités en esclaves que le tandem Pétain-Laval voudrait lancer la France dans la guerre, mais le peuple ne veut pas remettre "sac au dos". Les Français savent qu'ils ont été roulés en tant que "soldats de la liberté" pour l'Angleterre; ils n'ont nulle envie d'être les "soldats du nouvel ordre européen" pour l'Allemagne.
Ce que la France espère et veut, ce n'est ni un gouvernement Pétain-Laval, ni un "conseil" de de Gaulle, mais un gouvernement du peuple seul capable d'être un gouvernement français parce que soustrait à toutes les influences capitalistes et impérialistes.
A bas la diplomatie secrète
A bas la guerre impérialiste
Vive la France libre et indépendante."
(L'Humanité n° 86 du 31 octobre 1940
Suite à sa rencontre avec le Chancelier Hitler, le 24 octobre 1940, dans la ville de Montoire-sur-le-Loir, le Maréchal Pétain annonce dans un discours radiodiffusé le 30 octobre 1940 qu'il entre "dans la voie de la collaboration" sans en préciser le contenu et notamment le volet militaire.

Le lendemain, l'Humanité dénonce dans l'article "A bas la diplomatie secrète" le projet caché du gouvernement Pétain-Laval d'engager la France dans la guerre impérialiste au profit de l'Allemagne. Elle indique que le Parti communiste s'oppose à cet engagement comme il s'est opposé à la guerre impérialiste "faite pour le compte de la finance anglaise" entre septembre 1939 et juin 1940. Autrement dit les Français, "qui ont été roulés en tant que "soldats de la liberté" pour l'Angleterre", n'ont aucune envie d'être "les "soldats du nouvel ordre européen" pour l'Allemagne". L'Humanité ajoute que le Parti communiste refuse que "des soldats français" se fassent tuer "pour de Gaulle" qui sert l'impérialisme anglais ou "pour Doriot et Déat", un ancien communiste et un ex-socialiste, qui servent l'impérialisme allemand. Enfin, l'Humanité plaide pour "un gouvernement du peuple", le seul capable "d'être un gouvernement français" car il ne sert aucun intérêt impérialiste étranger contrairement au "gouvernement Pétain-Laval" et au « "conseil" de de Gaulle » (référence au Conseil de la défense de l'Empire créé le 27 octobre 1940).

C'est la première mention du Général de Gaulle dans l'Humanité depuis l'édition n° 58 du 1 juillet 1940. On rappelera que les communistes ont dénoncé dès le 25 juin 1940 dans un tract diffusé à Paris 1940 le Général de Gaulle et ses appel à la Résistance et qu'en juillet 1940, ils ont cessé leurs attaques au motif que ces appels restaient sans échos dans la population.



NOVEMBRE 1940



8  : Manifestation d'une cinquantaine d'étudiants communistes devant le Collège de France pour
      protester contre l'arrestation du Pr. Paul Langevin.

11 : Manifestation patriotique des lycéens et des étudiants parisiens sur les Champs-Elysées pour
      commémorer l'armistice victorieux de 1918.

12-14 : Molotov séjourne à Berlin pour négocier avec Hitler l'adhésion de l'URSS au Pacte tripartite.

25 : Contre-propositions de Molotov à Hitler pour l'adhésion de l'URSS qui resteront sans réponse.



DECEMBRE 1940



"Respect de l'indépendance de la France, indépendance des peuples opprimés des colonies, alliance avec le premier état socialiste, entente internationale des peuples, voilà les éléments inséparable de la politique capable de faire régner la paix dans le monde, et de combler le fossé entre les belligérants d'hier. C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie."
(La Politique communiste n° 1 de décembre 1940)
Le Parti communiste publie en décembre 1940 la brochure "La Politique communiste" qui consacre son premier numéro à "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir" autrement dit à l'engagement pris par le Maréchal Pétain de s'engager dans la voie de la collaboration avec l'Allemagne. La première partie du texte est une condamnation de cette politique de collaboration au motif qu'elle n'apportera pas la paix avec l'Allemagne. La seconde partie propose comme alternative la politique du Parti communiste qui permettra, contrairement à celle du Maréchal Pétain, de conclure la Paix avec l'Allemagne : "C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie".


Appel aux "Etudiants ! de décembre 1940" :

Etudiants !

Le 11 novembre, vous avez, malgré l'interdiction de l'occupant, célébré le souvenir de vos pères et de vos frères aînés tués dans l'autre guerre. [...]

JEUNES AMIS,
Assurer l'indépendance de la France, c'est permettre à ce pays d'être libéré de la sujétion de l'impérialisme britannique.
Dans une France meurtrie par la défaite où l'ont entraînée des politiciens tarés et des généraux traîtres ou incapables, l'indépendance de la France doit être recouvrée dans la paix. Soucieux, comme vous, de rendre à la France son indépendance et de la soustraire au vasselage et à la colonisation que lui préparent les hommes de Vichy et leurs maîtres de Paris, les Communistes vous disent :
 Ce n'est pas par la guerre que la France vaincue redeviendra libre et indépendante.
CEST PAR LA REVOLUTION SOCIALISTE [...]

Maître du pouvoir en France, les communistes, observant les mêmes principes, feraient de la France un pays libre, digne et respecté.
Ils défendraient la vraie collaboration internationale fondée sur l'égalité des droits entre les peuples telle que l'a proclamée la Constitution de l'URSS. [...]

Les Régions Parisiennes du Parti Communiste Français (SFIC)
Les Régions Parisiennes de la Jeunesse Communiste de France
En décembre 1940, le Parti communiste et les Jeunesses communistes signent un Appel aux "Etudiants" (document 1) dans lequel ils s'adressent directement aux étudiants qui ont participé à la manifestation du 11 novembre 1940 pour les convaincre de soutenir leur projet de libération qui prévoit sur le plan intérieur la Révolution socialiste (libération sociale) et sur le plan extérieur la Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale).



-------------------------------------


5  :  Après sa conversation téléphonique avec le général Keitel sur des incidents répétés à la frontière
entre les parties allemande et soviétique de la Pologne, Weizsäcker, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères allemand, écrit :
"L'expulsion des juifs vers le territoire russe, en particulier, ne s'est pas déroulée aussi facilement qu'il était apparemment attendu. En pratique, la procédure était, par exemple, qu'à un endroit tranquille dans la forêt, un millier de juifs étaient expulsés de l'autre coté de la frontière russe; 15 kilomètres plus loin, ils revenaient avec le commandant russe qui tentait de forcer le commandant allemand à reprendre le groupe."
(Memorandum n° 949 du 5 décembre 1940)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire